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Rapprochement des deux Corées : vers "une nouvelle ère"?

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©TV5MONDE / Commentaire: K.G Barzegar / Montage : P. Didier

La Corée du Nord a célébré, ce samedi 28 avril 2018, son sommet avec le Sud, saluant "une rencontre historique" qui ouvre la voie à "une nouvelle ère", tandis que Donald Trump se félicitait du déroulement des préparatifs en vue de sa rencontre avec Kim Jong Un.

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A la télévision officielle nord-coréenne ce samedi, pas de défilés militaires ni de tirs de missiles... Juste l'annonce du sommet entre les chefs d'Etat des deux Corées. Vêtue en rose, la présentatrice nord-coréenne annonce que "la Corée du Nord et la Corée du Sud ont confirmé leur objectif commun d'avoir une péninsule coréenne sans nucléaire, grâce à une dénucléarisation totale"

Le sommet entre les deux Corées qui a eu lieu vendredi dans la Zone démilitarisée les séparant a été "une rencontre historique qui a ouvert une nouvelle ère pour la réconciliation et l'unité nationales, la paix et la prospérité", a déclaré pour sa part l'agence officielle de presse nord-coréenne KCNA.

Celle-ci a diffusé le texte intégral de la "Déclaration de Panmunjom" signée à cette occasion par MM. Kim Jong Un et Moon Jae-in. Pendant des années, le régime de Pyongyang a affirmé qu'il ne renoncerait jamais à l'arme atomique, indispensable selon lui pour le protéger d'une possible invasion américaine. Mais il a maintenant proposé qu'elle soit l'objet de négociations en échange de garanties de sécurité, selon Séoul. M. Kim n'en a toutefois pas parlé publiquement au cours du sommet.

Dans un autre communiqué, KCNA a écrit que les deux dirigeants avaient eu "un échange franc et sincère" sur des thèmes comme "assurer la paix dans la péninsule coréenne et la dénucléarisation de la péninsule". Quant au quotidien Rodong Sinmun, l'organe du parti unique nord-coréen, il a consacré samedi quatre de ses six pages à l'événement.

Kim Jong Un soigne son image

Vendredi, Kim Jong Un s'est effectivement rendu chez son voisin et frère ennemi. Une première pour un leader nord-coréen, depuis la guerre de Corée en 1950. En franchissant la bordure de béton de quelques centimètres de haut qui représente la démarcation dans le village de Panmunjom, ce trentenaire est devenu le premier dirigeant nord-coréen à fouler le sol sud-coréen depuis la guerre de Corée (1950-1953).

Vendredi, après une poignée de main très symbolique avec le président sud-coréen, M. Kim a affirmé que la péninsule de Corée était "au seuil d'une histoire nouvelle""Les deux dirigeants déclarent solennellement devant les 80 millions de Coréens et le monde entier qu'il n'y aura plus de guerre sur la péninsule coréenne et qu'en conséquence, une nouvelle ère de paix a commencé", proclament MM. Kim et Moon dans la "Déclaration de Panmunjom".

Après avoir signé ce texte, MM. Kim et Moon, dont les pays, faute de traité, sont toujours aujourd'hui techniquement en guerre, se sont donné l'accolade, au terme d'une journée de chaleureux témoignages d'amitié. Ils se sont engagés à chercher à établir "un régime de paix permanent et solide" sur la péninsule.

Soixante-cinq  ans après la fin de la guerre de Corée, l'humeur était donc au beau fixe... et Kim Jong Un semble avoir réussi son opération séduction.
 
L'image de Kim était pire que celle de son père et de son grand-père, à cause de ses actions impérvisibles ! Mais hier, j'étais surprise: je l'ai trouvé franc et capable de faire des blagues contrairement à son image sévère et effrayante. C'était vraiment l'opposé!Seo Kyung-duk, habitante de Séoul

Espoir et prudence en Corée du Sud

En Corée du Sud, la surprise se mêle à une immense émotion et beaucoup d'espoir, même si de nombreux citoyens restent sceptiques... "Pour les gens âgés comme moi qui ont vécu la guerre des corées, c'est difficile de faire confiance à la Corée du Nord, quand on se rappelle leurs comportements par le passé. Peut-on vraiment leur faire confiance? Si c'est possible, ce sera bien", estime Seo Yeong-su, enseignant à la retraite.

Même prudence du côté des quotidiens sud-coréens, qui soulignent l'absence d'engagement ferme de Pyongyang sur le désarmement nucléaire. Les journaux de samedi relevaient notamment l'absence d'un engagement ferme et explicite du Nord à renoncer à son armement nucléaire. "Il s'agit d'un pas en arrière par rapport à ce qui avait été décidé en 2005" quand la Corée du Nord, rappelle même à cet égard Chosun (conservateur), promettait dans un accord d'abandonner "toutes les armes nucléaires et les programmes nucléaires existants" et de recevoir des inspecteurs chargés de le vérifier.

Vers une rencontre Donald Trump-Kim Jong Un

Reste un premier pas historique, salué par tous : de l'ONU à l'OTAN, en passant par Moscou, Pékin ou Washington. Même Donald Trump semble adouci. "Cette étape importante, ce moment, il a fallu très longtemps, de nombreuses décennies, pour y arriver. Voyons ce qui va se passer maintenant", a déclaré le président américain.

Après s'être copieusement insulté en 2017, le président des Etats-Unis et le leader nord-coréen doivent se rencontrer d'ici juin.
 
Je viens d'avoir une longue et très bonne conversation avec le président Moon (Jae-in) de Corée du Sud. Les choses se passent très bien, la date et l'endroit de la rencontre avec la Corée du Nord sont en train d'être fixés.Tweet de Donald Trump
Donald Trump a aussi dit avoir informé le Premier ministre japonais "des négociations en cours".  Vendredi, le président américain a indiqué que "deux ou trois" sites étaient envisagés pour sa rencontre avec Kim Jong Un, avant d'évoquer "deux pays" possibles. Il avait auparavant parlé de cinq lieux. D'après CBS News, qui cite deux sources anonymes, les deux pays en question sont la Mongolie et Singapour.