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RDC : au moins 17 morts suite à une embuscade dans le parc national des Virunga

Un garde du parc national des Virunga passe derrière un gorille des montagnes. Le parc concentre un tiers de leur population mondiale. Fermé jusqu'au 1er juin 2020 pour cause de Covid-19, la réserve demeure malgré tout le terrain d'action de dizaines de groupes armés actifs dans la région.
Un garde du parc national des Virunga passe derrière un gorille des montagnes. Le parc concentre un tiers de leur population mondiale. Fermé jusqu'au 1er juin 2020 pour cause de Covid-19, la réserve demeure malgré tout le terrain d'action de dizaines de groupes armés actifs dans la région.
AP Photo/Jerome Delay, 11 décembre 2012

Dix-sept personnes ont été tuées vendredi dans une embuscade tendue par un groupe armé à l'intérieur du parc national des Virunga, joyau naturel et touristique dans l'est de la République démocratique du Congo, à la frontière du Rwanda.

Outre les douze gardes, tous des hommes âgés de 23 à 31 ans, un chauffeur du parc a été tué ainsi que quatre civils "sans lien avec le parc", ont communiqué en soirée les Virunga sur leur site, en pointant la responsabilité de rebelles hutus rwandais.

"Trois autres gardes ont été grièvement blessés. Le pronostic vital est engagé pour deux d'entre eux", a ajouté le parc précisant qu'ils ont été hospitalisés. Deux autres civils ont été blessés.

Une des attaques les plus lourdes à l'encontre des rangers 

C'est l'une des plus lourdes attaques visant les quelque 700 rangers des Virunga, dont 176 ont été tués en 20 ans, dans cette région du Kivu déstabilisée par la violence des groupes armés depuis un quart de siècle.

L'attaque a été menée près du quartier général des Virunga à Rumangabo, dans les montagnes du territoire du Rutshuru.

"Alors qu'ils revenaient d'une mission vers le quartier général, les gardes ont été victimes d'une attaque lancée par des individus, en nombre et lourdement armés. Les échanges de feu ont duré 30 minutes et furent d'une violence inouïe", détaille le parc des Virunga. Les rangers sont eux-mêmes généralement armés pour leur mission.

"Un véhicule de civils se trouvait à proximité et avait déjà été pris pour cible par les assaillants avant l'arrivée des gardes", selon la même source.

"Des indications précises obtenues ces dernières heures désigne le groupe armé FDLR-FOCA comme l'auteur de cette tuerie", avance les Virunga, affirmant que "l'attaque est une embuscade dont les motifs ne sont pas établis à ce stade".

Le Front démocratique de libération du Rwanda (FDLR) est un groupe de rebelles hutus rwandais réfugiés en RDC, dont certains fondateurs au début des années 2000 ont participé au génocide contre les Tutsis en 1994. Le chef des FLDR Sylvestre Mudacumura a été tué dans le Nord-Kivu le 18 septembre, avaient annoncé les autorités congolaises, félicitées pour l'occasion par Kigali.

Depuis plusieurs mois, des rumeurs persistantes font état d'une présence directe de l'armée rwandaise sur le sol congolais pour mener l'offensive contre le FDLR avec les forces congolaises. D'une superficie de 7.769 km2, les Virunga couvrent une partie de la province du Nord-Kivu (près de 60.000 km2), surtout le long de la frontière avec le Rwanda et l'Ouganda.
 

Groupes armés actifs 

Plus ancienne réserve naturelle d'Afrique inagurée en 1925, le parc est un sanctuaire des gorilles de montagnes.

Les grands singes sont l'une de ses attractions touristiques, avec la spectaculaire ascension du volcan Nyiaragongo, et un bivouac nocture à la lueur rouge de son cratère en activité à plus de 3.000 m d'altitude. Mais le parc est aussi le terrain d'action de dizaines de groupes armés actifs dans la région.

Institut de tutelle des Virunga, l'Institut congolais pour la conservation de la nature (ICCN) a recensé toutes les menaces pèsant sur son joyau naturel: "production illégale de charbon de bois", "braconnage des grands mammifères, notamment l’hippopotame", "pêche clandestine" ainsi que la "présence des groupes armés" et l'"envahissement par des creuseurs clandestins des minerais".

En mai 2018, le parc des Virunga avait suspendu son activité touristique, à la suite de l'enlèvement de deux touristes britanniques, finalement libérés. Une éco-garde avait été tuée dans cette attaque. Le parc avait rouvert son activité aux touristes en février 2019.

En 2014, le directeur du parc, Emmanuel de Mérode, avait été blessé dans une attaque armée. Cette même année, le parc avait encore gagné en notoriété dans le monde avec le documentaire Virunga produit en 2014 par l'acteur américain Leonardo Di Caprio. 

L'entreprise des Virunga s'est aussi lancée dans la construction de centrales hydro-électriques, pour la production et la distribution d'électricité à Goma et sa région. Les visites étaient suspendues depuis le 19 mars dans le cadre des mesures de prévention  prises par les autorités face à l'épidémie de coronavirus."Toutefois, le personnel et les équipes techniques sont seuls habilités à circuler sur ces aires, tout en respectant les mesures prônées par nos dirigeants", précisait l'organisme de tutelle du parc.