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Réchauffement climatique : la fonte du permafrost menace plusieurs villages suisses

Images du col de la Flüela, situé dans le canton des Grisons.
Images du col de la Flüela, situé dans le canton des Grisons.
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En Suisse, les températures moyennes augmentent plus vite qu'ailleurs avec le dérèglement climatique. Ce réchauffement a des conséquences sur le permafrost: en dégelant, il libère des tonnes de matériaux, menaçant les infrastructures et des zones habitées dans plusieurs localités. Reportage et sujet de nos confrères de la RTS,

Julien von Roten et Miroslav Mares.

C'est au col de la Fluela, qui est situé à 2400 mètres d'altitude dans le canton des Grisons, que l'on a étudié pour la toute première fois le permafrost en Suisse. Aussi nommé pergélisol, ce terme géologique désigne un sol dont la température se maintient en dessous de 0 degré pendant plus de deux ans consécutifs.

Ici, grâce à un forage de 20 mètres de profondeur, on peut mesurer et analyser le développement des températures du permafrost. Le sol est encore en train de se réchauffer, cela prend six mois pour que la chaleur descende en profondeur.
Marcia Phillips, cheffe du groupe de recherche du Réseau suisse de surveillance du pergélisol.

"Ici, grâce à un forage de 20 mètres de profondeur, on peut mesurer et analyser le développement des températures du permafrost: le sol y est gelé en permanence", explique dimanche dans le 19h30 Marcia Phillips, cheffe du groupe de recherche du Réseau suisse de surveillance du pergélisol (PERMOS).
 

Vue aérienne du col de Flüel l'hiver.<br />
 
Vue aérienne du col de Flüel l'hiver.
 
DR.

Les conséquences de l'été caniculaire de 2022 sur le permafrost ne sont pas encore connues, poursuit la chercheuse: "Le sol est encore en train de se réchauffer, cela prend six mois pour que la chaleur descende en profondeur."

Une fine couche de glace

En Suisse, la fonte du permafrost a commencé à intéresser les scientifiques seulement au début des années 2000. Depuis lors, 30 points d’étude ont été installés dans toute la région alpine. Aujourd'hui, la Suisse dispose de la plus grande collecte de données de montagne au monde.

Ces données démontrent un même phénomène sur l'ensemble du territoire, les températures au sol augmentent. "Chaque été, la couche qui se dégèle en surface est de plus en plus épaisse, (...) le permafrost qui est au sommet de la montagne, dans les rochers, où il y a peu de glace, se réchauffe beaucoup plus rapidement", alerte Marcia Phillips.

Des régions en alerte

Situé sous une couche de terre ou de cailloux, invisible, le permafrost recouvre environ 5% de la surface du pays et 22% de la surface terrestre. Sa fonte est un autre défi de taille apporté par le dérèglement climatique, certain avançant le terme de bombe à retardement, qui pourrait encore accélérer le réchauffement de le planète.

Pendant des centaines et des milliers d’années, on avait ce glacier rocheux, mais la glace était très froide, donc peu de matériel pouvait se détacher, alors qu'aujourd'hui elle fond.
Guillaume Favre-Bulle, chef de la section des dangers géologiques et des ressources du sous-sol du canton du Valais.

En outre, la fonte du pergélisol pourrait mettre en danger certaines zones habitées. Ainsi, au-dessus du village de Zinal, en Valais, un glacier rocheux est sous contrôle permanent. En 2012, une lave torrentielle spontanée, liée à la fonte du permafrost, a marqué les esprits et elle a mis la région en alerte.

"Pendant des centaines et des milliers d’années, on avait ce glacier rocheux, mais la glace était très froide, donc peu de matériel pouvait se détacher, alors qu'aujourd'hui elle fond", témoigne Guillaume Favre-Bulle, chef de la section des dangers géologiques et des ressources du sous-sol du canton du Valais.

"C'est un mélange de glace, de blocs et de sable qui avancent ensemble", explique-t-il en commentant des images filmées par drone, où l'on voit une coulée proche des habitations.

Des murs élevés pour se protéger

Pour limiter les dangers, les autorités de la commune valaisanne ont sorti les gros moyens: quatre ans de travaux et 4 millions de francs ont été nécessaires pour construire une immense infrastructure qui permet de sécuriser les voies de communication et la zone à bâtir du village de Zinal.

"Ce grand dépotoir, qui fait 40'000 mètres cubes, a été construit pour sécuriser toute cette zone du village", montre fièrement David Zufferey, conseiller communal en charge de la sécurité de la commune d’Anniviers.