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Référendum en Nouvelle-Calédonie : le territoire français décidera de son indépendance le 4 novembre

Le Comité spécial des Nations Unies sur la décolonisation lors de l'ouverture de sa session 2018.
Le Comité spécial des Nations Unies sur la décolonisation lors de l'ouverture de sa session 2018.
© ONU / Eskinder Debebe

Le congrès calédonien a fixé au 4 novembre la date du référendum d'auto-détermination. Ce jour-là, à l'issue d'un long processus, le lointain territoire français décidera, ou non, de devenir un Etat indépendant. La semaine dernière, une délégation spéciale de l'Onu a passé cinq jours dans l'archipel français du Pacifique pour y vérifier la bonne tenue du processus de décolonisation en cours. Sa dernière visite, en 2014, avait donné lieu à un rapport dénonçant d'importantes discriminations envers le peuple autochtone, les Kanak.

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Étrangers à la scène, les étudiants passent sans remarquer la présence d'une délégation de l'Onu dans les allées de l'université de Nouvelle-Calédonie. À la fac, pas grand-monde n'est au courant de la venue de ce comité spécial sur la décolonisation, en visite officielle auprès des représentants institutionnels de l'archipel. Beaucoup d'étudiants sont trop jeunes pour se souvenir de la réinscription en 1986 de la Nouvelle-Calédonie sur la liste des « territoires non autonomes à décoloniser », en plein pendant les « Événements ». Cette période d'affrontements armés avec les forces de l'ordre et entre indépendantistes et non-indépendantistes avait fait 80 morts, selon les chiffres officiels. 
Une conséquence directe de la réinscription de l'archipel sur la liste de l'Onu est pourtant dans  toutes les têtes : dans huit mois se tient une consultation sur l'autodétermination. Les électeurs devront choisir entre accéder à la pleine souveraineté et rester un territoire d'outre-mer au sein de la république française. Ce référendum est prévu depuis trente ans par les Accords de Matignon-Oudinot en 1988 et ses modalités ont été fixées par l'Accord de Nouméa en 1998. 

Interrogations

« Les Calédoniens voteront-ils en toute connaissance de cause ? », s'est interrogé le président de la délégation, le Cubain Humberto Rivero Rosario, relate le gouvernement de Nouvelle-Calédonie sur son site. En envoyant quatre émissaires en Calédonie, le comité spécial sur la décolonisation entend poursuivre sa mission : « faciliter le processus de décolonisation tel que défini dans l'Accord de Nouméa ». 


Pendant cinq jours, les quatre émissaires de l'Onu - le président cubain et trois  représentants irakien, indonésien et papouasien – ont rencontré les différents partis indépendantistes et loyalistes (c'est-à-dire non indépendantistes), le président du Groupement d'intérêt public Cadre Avenir (une formation pour aider les Kanak à devenir cadres de l'administration), le gouvernement local, le Congrès de Nouvelle-Calédonie. 

Décembre 2017, en visite en Nouvelle-Calédonie, le Premier ministre français Edouard Philippe se recueille sur la tombe du leader indépendantiste assassiné Jean-Marie Tjibaou.
Décembre 2017, en visite en Nouvelle-Calédonie, le Premier ministre français Edouard Philippe se recueille sur la tombe du leader indépendantiste assassiné Jean-Marie Tjibaou.
© Capture France 2

L'émissaire papouasien Fred Sarufa s'est dit « ravi du chemin parcouru depuis mars 2014 ». Il fait référence à la dernière visite de l'Onu dans l'archipel. À l'époque, le comité spécial de décolonisation avait produit un rapport qui pointait des « campagnes d’information et de sensibilisation sur le droit de vote à l’intention des électeurs (...) insuffisantes et [pouvant], dans certains cas, prêter à confusion ». 
Le rapport faisait aussi état de multiples dysfonctionnements dans le processus de décolonisation. En premier lieu, des anomalies dans l'attribution du droit de vote : « On a (..) fait observer que les irrégularités constatées dans les listes électorales étaient le résultat d’une démarche discriminatoire », pointe le document. Mais aussi le fait que « le programme « Cadres Avenir » du Gouvernement français [prévu par les accords de Matignon et de Nouméa] devrait être renforcé car il n’avait permis à aucun Kanak de bénéficier d’une formation pour accéder par exemple à des postes de directeur, médecin, avocat ou pilote ». 

Destruction et discrimination

Plus grave encore, le rapport de l'Onu a dénoncé « une politique systématique de destruction du territoire et de discrimination à l’encontre de la population autochtone, qui consistait notamment en la distribution de drogues (tabac et alcool, entre autres), l’élimination des noms de clans kanaks, la mise en place d’un système éducatif non adapté à la culture kanake, l’accroissement de la pollution, qui menaçait le mode de vie kanak, et des mesures faisant du peuple kanak une minorité sur son propre territoire ». 
La Nouvelle-Calédonie est la seule colonie de peuplement (avec l'ancienne Algérie française), et figure en même temps que la Polynésie française parmi les 17 territoires non-autonomes à décoloniser, selon l'ONU. Le nouveau rapport du Comité spécial sur la décolonisation des Nations Unies est attendu avant le référendum.