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Réforme des retraites : reprise des négociations entre le gouvernement et les syndicats

Le Premier ministre Edouard Philippe et le ministre des Affaires étrangères, arrivant à l'Elysée à Paris, le 6 janvier.
Le Premier ministre Edouard Philippe et le ministre des Affaires étrangères, arrivant à l'Elysée à Paris, le 6 janvier.
©AP Photo/Michel Euler, Pool

Après 34 jours de contestation, le gouvernement reçoit, ce mardi, syndicats et patronat pour une nouvelle série de concertations.  Invité sur RTL ce matin, le premier Ministre Edouard Philippe a fait un pas vers la CFDT et s'est dit "ouvert à des discussions sur beaucoup de sujets". Le premier syndicat français reste par ailleurs opposé à l’instauration d’un âge pivot.

 

"Je suis ouvert à des discussions sur beaucoup de sujets et j'entends parfois d'excellentes idées", a déclaré sur RTL le Premier ministre, au 34e jour consécutif de grève. Le chef du gouvernement a ainsi répondu favorablement à Laurent Berger, le numéro un de la CFDT. Ce dernier avait plaidé dimanche pour l'organisation d'une "conférence de financement" du système de retraite distincte du projet de loi en préparation, le premier syndicat français restant opposé à l'instauration d'un âge pivot pour inciter les Français à travailler plus longtemps dès 2022.

"Je ferai des propositions aux organisations syndicales dans deux heures qui nous permettront peut-être de donner un contenu, un calendrier, un mandat à cette conférence de financement, et donc d'avancer", a poursuivi le Premier ministre, avant de se rendre au ministère du Travail où il reçoit les partenaires sociaux.

Sont également  présents Agnès Buzyn (Solidarités), Laurent Pietraszewski (Retraites), Olivier Dussopt (Fonction publique), mais aussi Muriel Pénicaud, la ministre du Travail qui a été, jusqu'alors, peu présente sur le dossier.

Côté patronat, le Medef, la CPME, l'U2P sont de la partie, tout comme les numéros un de la CFDT, de la CFE-CGC, de la CFTC, de l'Unsa. La CGT et Force ouvrière, qui mènent la fronde, sont représentées, mais pas par leurs secrétaires généraux, Philippe Martinez et Yves Veyrier.

Dans la foulée, une autre réunion rue de Grenelle doit se focaliser en fin de matinée sur la pénibilité et l'emploi des seniors. D'autres suivront: Olivier Dussopt recevra mercredi les syndicats de la fonction publique pour discuter de la retraite progressive et de la pénibilité; Agnès Buzyn lancera le 13 janvier le chantier de l'aménagement des fins de carrière à l'hôpital; Laurent Pietraszewski évoquera l'évolution du minimum de pension jusqu'au 17; la semaine du 13 encore, Jean-Michel Blanquer (Education) parlera méthode et calendrier de négociations en vue d'un protocole d'accord en juin pour les enseignants.


Aucune concession concernant le « système universel »


"On a vu que l'âge pivot ne semblait plus être un totem, maintenant (...) ce qu'on veut, c'est qu'il ne soit plus dans le projet de loi", a déclaré le dirigeant du premier syndicat français, réagissant aux déclarations d'Edouard Philippe sur RTL. Laurent Berger, ainsi et le secrétaire général de l'Unsa, Laurent Escure, souhaitent que l'âge pivot soit retiré du projet de réforme des retraites d'ici à vendredi, date de la réunion prévue sur la mise en place d'une "conférence de financement". Laurent Berger a aussi indiqué en sortant de la réunion au ministère du Travail que la CFDT serait "mobilisée" en régions samedi prochain, date de manifestation choisie par l'intersyndicale qui demande le retrait (CGT, FO, FSU, Solidaires, CFE-CGC et organisations de jeunesse).

Pourtant, sur RTL, Edouard Philippe s'est redit "ferme sur l'objectif : nous allons faire un système universel" de retraite par points, "et donc nous allons supprimer les régimes spéciaux". De même, "l'équilibre du système doit être garanti", le Premier ministre n'en "démord pas". "Mais je suis ouvert sur la façon dont on peut y arriver", a-t-il enchaîné.

Toutefois, "il faut que chacun bouge un peu", a-t-il réaffirmé. Et le gouvernement n'entend pas décaler son projet de loi: il sera présenté en Conseil des ministres le 24 janvier, a confirmé Edouard Philippe, qui pense que le texte sera adopté par l'Assemblée nationale "au mois de mars". Il sera examiné par l'Assemblée à partir du 17 février et durant deux semaines, en procédure accélérée, a-t-on appris mardi de source parlementaire.

Des syndicats peu convaincus

Le numéro un de la CFDT, Laurent Berger, n’est pas le seul à ne pas avoir été convaincu par les annonces du premier ministre. "Le seul signe d'ouverture qu'on aurait voulu entendre, c'est +on arrête tout, et on met de l'argent pour financer la Sécurité sociale+", a répliqué sur France Inter le secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez.

"Il n'y a rien de neuf", a réagi sur RTL François Hommeril (CFE-CGC), estimant que le Premier ministre était resté "droit dans ses bottes".

"Le Premier ministre répète qu'il faut du temps, alors nous lui faisons une proposition: arrêter le processus législatif pour pouvoir aller au fond des dossiers", a dit Michel Beaugas (FO).

Du côté des syndicats réformistes, Laurent Escure (Unsa) a noté une "ouverture" de la part du Premier ministre, mais demandé de la "sincérité". "Il est important de ne plus avoir sur la table l'épouvantail de la mesure d'âge", a-t-il souligné.

Des concessions ont déjà été faites par l'exécutif à de nombreux corps de métier, comme les policiers, les danseurs de l'Opéra, les marins, les pilotes... Mais le gouvernement a jusqu'alors échoué à faire cesser la grève illimitée à la RATP comme à la SNCF, la plus longue depuis la création de la compagnie de chemins de fer en 1938.
Le conflit a occasionné 600 millions d'euros de manque à gagner pour la SNCF (hors dédommagements des voyageurs), selon le groupe ferroviaire.