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Répression sanglante dans la Bande de Gaza contre des manifestants palestiniens

©AP Photo/Adel Hana

Le Conseil de sécurité de l'ONU doit se réunir mardi au lendemain de violences meurtrières à la frontière de la bande de Gaza, où les soldats israéliens ont tué 59 Palestiniens, lors de heurts et de manifestations contre l'inauguration de l'ambassade américaine à Jérusalem. 

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La journée de lundi a été la plus meurtrière du conflit israélo-palestinien depuis la guerre de l'été 2014 dans la bande de Gaza. La direction palestinienne a dénoncé un "massacre" alors que le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a justifié l'usage de la force par le droit d'Israël à défendre ses frontières contre les agissements "terroristes" du mouvement islamiste Hamas, qui gouverne Gaza et auquel Israël a livré trois guerres depuis 2008.

Les adversaires d'Israël et des organisations de défense des droits de l'Homme ont de nouveau condamné l'Etat hébreu pour usage disproportionné de la force. Ses tirs ont tué 109 Palestiniens depuis le début le 30 mars de la "Marche du retour", qui voit des milliers de Gazaouis se rassembler régulièrement le long de la barrière de sécurité entre Israël et l'enclave palestinienne.

Ce chiffre pourrait augmenter puisqu'une nouvelle mobilisation est prévue près de la frontière mardi, jour où les Palestiniens commémorent la "Nakba", la "catastrophe" qu'a constituée pour eux la création d'Israël en 1948 et qui a été synonyme d'exode pour des centaines de milliers d'entre eux.         

Un "grand jour pour Israël", selon Donald Trump             

Lundi, dans l'enceinte de l'ambassade américaine, dont les alentours avaient été bouclés par des centaines de policiers, rien n'aurait permis de discerner ce qui se passait à Gaza. Seul le conseiller et gendre de M. Trump, Jared Kushner, présent avec son épouse Ivanka --la fille du président américain-- parmi des centaines d'invités, a paru faire une référence oblique aux évènements. "Ceux qui provoquent les violences font partie du problème, pas de la solution", a-t-il dit.
 
©AP Photo/Sebastian Scheiner
Le président américain Donald Trump a de son côté salué le transfert à Jérusalem de l'ambassade des Etats-Unis comme "un grand jour pour Israël". La reconnaissance de Jérusalem comme capitale d'Israël par M. Trump, concrétisée par le transfert de l'ambassade de Tel Aviv à Jérusalem, constitue une rupture avec des décennies de diplomatie américaine et de consensus international. 

La décision américaine comble les Israéliens qui y voient la reconnaissance d'une réalité de 3.000 ans pour le peuple juif. Elle coïncide avec le 70e anniversaire de la création de l'Etat d'Israël.

Une répression sanglante, "par tous les moyens"

Tandis qu'à Jérusalem officiels américains et israéliens célébraient un moment "historique", dans la bande de Gaza, dont la périphérie avait été déclarée zone militaire close, des dizaines de milliers de Palestiniens ont protesté toute la journée de lundi. Les plus résolus ont affronté les tirs des soldats israéliens en allant lancer des pierres et en tentant de forcer la barrière.
 
©AP Photo/Adel Hana
Face à eux, les forces israéliennes ont lancé des gaz lacrymogènes y compris par drones, et surtout ils ont ouvert le feu et tiré à balles réelles sur les manifestants. Au moins 59 Palestiniens ont été tués, en majorité par des tirs de snipers. Un bébé palestinien est décédé après avoir inhalé du gaz lacrymogène pendant les heurts, a annoncé mardi le ministère de la Santé de la Bande de Gaza. Le bébé, Leila al-Ghandour, était âgée de huit mois, selon cette source. Il n'était pas clair dans l'immédiat à quelle distance se trouvaient le bébé et sa famille de la barrière de sécurité.

Israël avait prévenu qu'il emploierait "tous les moyens" pour empêcher toute incursion en Israël de Palestiniens susceptibles de s'en prendre aux populations civiles riveraines. L'armée israélienne a également bombardé lundi plusieurs positions du mouvement islamiste.

Réunion d'urgence du Conseil de sécurité de l'ONU

​Ces évènements ont suscité une vive inquiétude internationale. La Turquie et l'Afrique du Sud ont décidé de rappeler leur ambassadeur en Israël. Le Koweït a demandé une réunion en urgence mardi du Conseil de sécurité de l'ONU : la réunion est programmée à 14H00 GMT, selon des sources diplomatiques.

Pour leur part, les Etats-Unis ont bloqué lundi l'adoption d'un communiqué du Conseil de sécurité qui entendait exprimer son "indignation et sa tristesse face à la mort de civils palestiniens exerçant leur droit à manifester pacifiquement". L'Union européenne et Londres ont appelé à la retenue, Paris a "condamné les violences". L'Iran a dénoncé un "jour de grande honte". La Turquie a accusé Israël de "terrorisme d'Etat" et de "génocide", estimant que les Etats-Unis partageaient la responsabilité du "massacre" à Gaza. L'ONG Amnesty International est allé pour sa part jusqu'à évoquer des "crimes de guerre".

L'Etat hébreu réfute le caractère proclamé pacifiste de la mobilisation à Gaza et dit qu'elle sert de couverture aux tentatives du Hamas de s'infiltrer en Israël.
Selon l'armée israélienne, au moins trois équipes d'hommes en armes ont essayé de disposer des explosifs le long de la barrière et plusieurs membres du Hamas se sont déguisés en civil pour se fondre parmi les manifestants.

Quant au statut de Jérusalem, c'est l'une des questions les plus épineuses de l'insoluble conflit israélo-palestinien. Israël, qui s'est emparé de Jérusalem-Est en 1967 et l'a annexée, considère tout Jérusalem comme sa capitale "éternelle" et "indivisible". Les Palestiniens veulent faire de Jérusalem-Est la capitale de l'Etat auquel ils aspirent. Pour la communauté internationale, Jérusalem-Est reste un territoire occupé et les ambassades ne doivent pas s'installer dans la ville tant que le statut n'en a pas été réglé par la négociation.