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Royaume-Uni : L'Eglise anglicane fustige le projet d'envoyer les migrants au Rwanda

L'archevêque de Canterbéry Justin Welby prononce un discours lors d'un service national pour marquer le centenaire de l'armistice à l'abbaye de Westminster, à Londres, le 11 novembre 2018.
L'archevêque de Canterbéry Justin Welby prononce un discours lors d'un service national pour marquer le centenaire de l'armistice à l'abbaye de Westminster, à Londres, le 11 novembre 2018.
(Paul Grover/Photo de piscine via AP)

Les chefs spirituels de l'Eglise anglicane s'en sont vivement pris dimanche 17 avril à l'accord hautement controversé entre le gouvernement de Boris Johnson et Kigali. Il prévoit d'envoyer au Rwanda les demandeurs d'asile arrivés illégalement au Royaume-Uni.

L'accord annoncé jeudi 14 avril fait l'objet de vives critiques, notamment de la part du Haut Commissariat de l'ONU pour les réfugiés et d'ONG.
Il vise à dissuader les dangereuses traversées de la Manche, en pleine explosion malgré les promesses du Brexit de mieux contrôler les frontières.

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Dans son sermon de Pâques, l'archevêque de Canterbury Justin Welby a estimé qu'envoyer des demandeurs d'asile à l'étranger pose de "graves questions éthiques".
"Le principe doit résister au jugement de Dieu et il ne le peut pas", a-t-il déclaré.
"Il ne peut pas porter le poids de la responsabilité nationale de notre pays formé par les valeurs chrétiennes, car sous-traiter nos responsabilités, même à un pays qui cherche à faire le bien comme le Rwanda, est l'opposé de la nature de Dieu qui lui-même a pris la responsabilité de nos échecs", a-t-il poursuivi.

L'archevêque d'York Stephen Cottrell a quant à lui jugé "tellement déprimant et désolant" de "voir que les demandeurs d'asile qui fuient la guerre, la famine et l'oppression" ne "seront pas traités avec la dignité et la compassion qui sont le droit de chaque être humain". "Nous pouvons faire mieux que ça", a-t-il lancé.

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Le ministère de l'Intérieur met en avant la "crise migratoire d'une ampleur sans précédent" à laquelle le monde est confronté. Un porte-parole souligne, lui, les "changements nécessaires pour empêcher les ignobles passeurs de mettre la vie de gens en danger et pour réparer notre système d'asile cassé".

Environ 28.500 personnes ont traversé la Manche sur de petites embarcations en 2021 - année marquée par un naufrage qui a fait au moins 27 morts - contre 8.466 l'année précédente. Depuis le début de l'année, ils sont déjà plus de 6.000.

"Mutinerie"

Selon un échange de lettres publié par le Home Office, le plus haut fonctionnaire du ministère, Matthew Rycroft, a souligné la veille de l'annonce de l'accord avec le Rwanda ses doutes à la fois quant à "l'effet dissuasif" attendu du dispositif et à son coût.
  Ce à quoi la ministre Priti Patel a rétorqué qu'il serait à ses yeux "imprudent" de retarder une mesure qui, "pensons-nous, réduira l'immigration clandestine, sauvera des vies et en fin de compte cassera le modèle économique des bandes de passeurs".
C'est ainsi que la ministre est passée outre ces objections en ordonnant la mise en oeuvre immédiate de la mesure, via une procédure utilisée seulement pour la deuxième fois en 30 ans au ministère de l'Intérieur, selon la presse britannique.

Pour Tahsin Tarek, un vitrier de 25 ans d'Erbil, capitale du Kurdistan en Irak, qui économise pour financer un nouveau voyage vers l'Europe, l'annonce britannique change la donne.
"Je vais réfléchir à un autre pays", a déclaré samedi 16 avril, le jeune homme, pour qui "vivre ici et supporter les difficultés ici, c'est mieux que de vivre au Rwanda""Je ne pense pas que quiconque va accepter cette décision et aller vivre là-bas. S’ils donnent le choix aux réfugiés entre se faire expulser vers le Rwanda ou leur pays, ils choisiront leur propre pays".

Dès l'annonce du dispositif jeudi, le Premier ministre Boris Johnson a dit s'attendre à des recours en justice de la part d'associations. Dans la presse samedi, tant le Guardian (gauche) que le Daily Telegraph (droite) ont évoqué le risque de "mutinerie" au sein de la fonction publique, le secrétaire général du syndicat FDA Dave Penman mettant en avant la perspective que des fonctionnaires demandent à quitter le ministère de l'Intérieur ou même l'administration.

"Sur les politiques qui sèment le plus la division", a-t-il déclaré dans le Guardian, "le choix des fonctionnaires est de les mettre en oeuvre ou de partir".