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Royaume-Uni : quels défis attendent le nouveau roi Charles III ?

Le Roi Charles III vient à la rencontre du public qui fait la queue sur le South Bank, près de Lambeth Bridge, attendant de pouvoir atteindre la chapelle ardente de la Reine Elizabeth à Wastminster Hall le 17 septembre. Le roi Charles III doit désormais faire face à la charge de préserver une monarchie vieille de 1000 ans que sa mère a protégé pendant 70 ans. Le défi est immense. 
Le Roi Charles III vient à la rencontre du public qui fait la queue sur le South Bank, près de Lambeth Bridge, attendant de pouvoir atteindre la chapelle ardente de la Reine Elizabeth à Wastminster Hall le 17 septembre. Le roi Charles III doit désormais faire face à la charge de préserver une monarchie vieille de 1000 ans que sa mère a protégé pendant 70 ans. Le défi est immense. 
© Aaron Chown/Pool Photo via AP

Le prince Charles, longtemps dans l’ombre de sa mère, la reine Elizabeth II, accède enfin au trône à l’âge de 73 ans. Jamais un monarque britannique n'avait commencé un règne à un âge aussi avancé. Proclamé officiellement roi ce samedi 10 septembre, Charles III s’est dit “conscient de ce grand héritage, des devoirs et des lourdes responsabilités de la souveraineté” qui reposent maintenant sur ses épaules. Il prend la tête d'un Royaume divisé dans un monde incertain aux défis nombreux.

L'accès au trône de Charles III survient dans une période particulièrement difficile au Royaume-Uni. Le pays fait face à l’une des plus graves crises économiques de ces 40 dernières années, avec des grèves massives du service public. Politiquement, le gouvernement manque de stabilité, quatre Premiers ministres se sont succédés en six ans. Boris Johnson a dû démissionner suite à une série de scandales. La Reine est décédée deux jours après avoir reçu la nouvelle Première ministre conservatrice, Liz Truss.

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Un contexte social et politique troublé

Le gouvernement s'est déclaré "uni dans son soutien au nouveau roi" et a observé un moment de silence lors d'un conseil des ministres extraordinaire le 9 septembre.

Une trêve "sacrée" s'est instaurée pendant la durée des funérailles jusqu'au 19 septembre. La Banque d'Angleterre a reporté d'une semaine sa réunion de politique monétaire, très attendue vue la flambée des prix. Les cheminots et les postiers ont suspendu leurs grèves prévues contre l'inflation. De nombreux syndicats se sont exprimés depuis l’annonce du décès de la reine.

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Ce fut le cas pour le CWU (Communication Workers Union), qui a annulé son appel à la grève pour le 9 septembre. D'autres appels à la grève sont suspendus, notamment ceux prévus les 15 et 17 septembre, lancées par les puissants syndicats RMT (National Union of Rail, Maritime and Transport Workers).

"Nous exprimons nos plus sincères condoléances à sa famille, à ses amis et au pays", a déclaré le syndicat dans un communiqué. Un autre syndicat de transports, la TSSA (Transport Salaried Staffs' Association) a également annulé des contestations prévues ce mois-ci et a annoncé "respecter la période de deuil public"

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C'est dans ce contexte social mouvementé que Charles III commencera son règne, certes sans pouvoir décisionnaire, mais sa popularité sera mise à mal par la grogne sociale. 

Il risque d'avoir aussi des désaccords avec Liz Ttruss. Selon le quotidien britannique The Guardian, le souverain a des opinions assez arrêtées dont plusieurs diffèrent de celles de la Première ministre.

Les questions environnementales

Le Roi a fait son premier discours sur les dangers de la pollution en 1970. Il a rappelé que les gens l'ont pris pour un "dingue" à l'époque. En novembre 2021 lors de la COP26 à Glasgow, le prince avait dit aux chefs d'État qu'ils devaient être "sur le pied de guerre" pour combattre le changement climatique car "il n'y avait plus de temps à perdre." Lizz Truss n'a pas fait de l'environnement sa préoccupation n°1 au contraire, rapporte le Guardian, elle a même nommé Jacob Rees-Mogg, qui a remis en doute le changement climatique, comme secrétaire économique.

Le prince est contraire au gaz de schiste, alors que la Première ministre a décidé de lever le moratoire qui avait mis sur ce mode d'extraction en 2019.

C'est probablement sur le plan politique aussi qu'il risque de se heurter de front avec la Première ministre. Comme sa mère avant lui, le roi Charles III fera tout pour préserver l'avenir de l'union de l'Angleterre, de l'Écosse, du Pays de Galles et de l'Irlande du Nord. Liz Truss, au contraire, ne voudra pas lâcher du lest avec l'Union européenne en ce qui concerne l'accord frontalier avec l'Irlande du Nord.

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Un roi dans le contexte des "Black Lives Matter"

Charles III devra représenter le changement dans la continuité : au Royaume Uni, mais aussi dans les 14 autres royaumes du Commonwealth dont certains aspirent à devenir républiques.

Comme le soulignait auprès d'Associated Press Anna Whitelock, Professeure d'histoire de la monarchy à la City University of London, Charles devra également s'attaquer à la perception de la monarchie en tant qu'institution basée sur le privilège hérité des blancs et à la manière dont cela résonne dans certains pays du Commonwealth, comme ceux des Caraïbes, où le monarque reste le chef de l'État.

"Les dernières années du règne d'Elizabeth II reine font vraiment partie du mouvement Black Lives Matter. Mais la Reine ne s'est pas exprimée sur des questions importantes, comme Windrush, comme le racisme", a explique Anna Whitelock.

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"Le fait que la monarchie est issue d'un privilège hérité des blancs est une notion insoutenable pour eux et qui appelle à des réparations".

Charles, le moins populaire ?

Car l'autre enjeu à surmonter pour Charles, c’est son image. Infiniment moins populaire que sa mère ou même son fils William, Charles III va devoir gagner l’affection de ses sujets.

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Selon un sondage publié en juin 2022 par YouGov, la monarchie est encore largement populaire (à 62%) au Royaume-Uni. Néanmoins,  seulement 33% des 18-24 ans veulent garder cette institution.

Le prince Charles avait quant à lui 54% d'opinions favorables selon un autre sondage de 2021. Il était loin derrière sa mère (80%) ou encore son fils William (78%), ou même sa belle-fille, Kate (75%). Même sa soeur Anne, plus discrète le dépassait avec 65% d'opinions favorables. 

Il n'est pas très apprécié des jeunes. Selon un sondage publié en mai par YouGov, seuls 29% des 18-24 ans estimaient que Charles ferait du bon travail en tant que roi, se montrant ainsi bien plus critiques que toutes les autres tranches d'âge, qui l'estiment en majorité à la hauteur. Cependant, dans un sondage publié quelques jours après la mort de la reine, Charles a gagné 17 points auprès des jeunes, mais n'en convainc toujours pas la majorité.

Un classement réalisé au deuxième trimestre 2022, montre qu'il est parmi les personnalités royales les moins aimées des millenials. Ceux-ci lui préfèrent largement Kate, 40 ans, et son époux le prince héritier William, qui arrivent en 2e et 3e position, juste après la reine. Charles est à la 12e place.

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Pourtant, des portraits de Charles étaient à la une de tous les journaux samedi 10 septembre, louant son premier discours. "Je m'efforcerai de servir avec loyauté, respect, amour" : cette citation de Charles barre les couvertures de The Independent, du Guardian, du Financial Times. 

Pour le tabloïd The Sun, le discours a apaisé certaines craintes que Charles ne soit pas en mesure de combler le vide laissé par le décès d'Elizabeth II. "Charles, avec son premier discours émouvant, nous a donné toute confiance qu'il remplira ce rôle avec sagesse, compétence et compassion", lit-on dans son éditorial. "Nous avons parfois craint qu'il ne soit un roi militant, un risque pour l'avenir de notre monarchie. Mais plus maintenant", ajoute le texte.

Le nouveau roi a été ovationné, à son arrivée à Buckingham vendredi 9 septembre après-midi, à son retour d'Écosse. Accompagné de son épouse Camilla, devenue reine consort, il a serré les mains de dizaines de personnes pressées contre des barrières devant le palais. 

L'écologie, son engagement premier

Mais le nouveau roi est également engagé depuis longtemps pour la lutte contre le changement climatique et la protection de la nature.

Depuis des années, il insiste sur l'urgence face au réchauffement climatique, défend l'agriculture biologique, les médecines douces, les circuits courts. Il publie son bilan carbone depuis 2007.

Écologiste convaincu, il met en avant ses actions sur ses réseaux sociaux personnels depuis de nombreuses années. 

Entre deux photos de rencontres officielles et d'inaugurations, son compte Instagram en tant que Prince de Galles regorgeait de photos le montrant dans la mangrove menacée des îles Saint-Vincent et Grenadines, plantant un arbre pour la Journée mondiale de l'environnement ou exposant les fruits et légumes biologiques de sa résidence de Clarence House.

L'an dernier, lors de la Conférence internationale pour le climat (COP) à Glasgow en Écosse, c'est lui qui prononce le discours d'ouverture, dans lequel il exhorte les chefs d'État et de gouvernement assis devant lui à redoubler d'efforts dans la lutte contre le réchauffement climatique, car "le temps (pour tergiverser) est écoulé".

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Depuis son premier discours public sur le sujet en 1970, le nouveau roi de 73 ans "contribue à la prise de conscience sur tous les aspects liés à l'environnement depuis très longtemps. Sur de nombreux aspects, il a été en avance sur le public et des politiques", autour des enjeux climatiques, explique Bob Ward, de l'Institut de recherche sur le changement climatique et l'environnement Grantham.

"Et il ne s'intéresse pas seulement à l'identification des problèmes, mais à la manière de trouver des solutions", ajoute-t-il. 

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Attaché à adopter un mode de vie "plus soutenable", il a entrepris de verdir ses propriétés royales, en "réduisant l'utilisation des énergies fossiles et en les remplaçant par des énergies renouvelables" à 90%, selon le site internet officiel dédié à son activité passée en tant que Prince de Galles.

Il publie depuis plusieurs années son bilan carbone annuel - voyages non officiels compris - qui s'élevait à 445 tonnes entre mars 2021 et mars 2022.

Sa voiture, une Aston Martin qu'il possède depuis plus de 50 ans, a été modifiée pour pouvoir rouler avec du surplus de vin blanc anglais et du lactosérum provenant du processus de fabrication du fromage. Elle fonctionne avec un mélange de 85% de bioéthanol et 15% d'essence sans plomb.

Président de l'ONG écologique WWF au Royaume-Uni depuis 2011, comme son père le Prince Philip avant lui, parrain de plusieurs autres associations, comme "Surfers against sewage" (Surfeurs contre les eaux usées), il multiplie les interventions et discours pour alerter sur la disparition de la biodiversité, à l'image d'une tribune dans le magazine américain Newsweek en avril dernier.

Un Roi impatient

Habitué à être servi, volontiers maniaque – la rumeur dit qu'un valet repasserait ses lacets – il n'aime guère être contredit.

"Il est un peu égocentrique, il a grandi en étant le centre de son univers, avec des gens qui lui disaient qu'il était merveilleux", explique la journaliste et écrivaine Penny Junor.

Il est aussi impatient, trait de caractère évident lors d'une première semaine épuisante.

Lors de la cérémonie de proclamation à Londres, il fait comprendre par un geste sec et une grimace silencieuse qu'il veut qu’on retire immédiatement un porte-stylo resté sur la table où il doit signer un document. 


En Irlande du Nord, il s'emporte contre un stylo qui fuit. "Mon Dieu, je déteste ça", dit-il en s'essuyant les doigts. "Je ne peux pas supporter ce fichu truc", dit-il avant de quitter la pièce.

"Il veut que les choses soient faites d'ici hier", avait dit de lui Camilla, désormais reine consort, à la BBC pour ses 70 ans. Il "aimerait sauver le monde".

Dans les années 2000, il avait écrit à des ministres pour parler de santé, d'éducation, de la guerre en Irak ou de pêche illégale. Ces "mémos de l'araignée noire", en référence à sa calligraphie, avaient été perçus par certains comme de l'ingérence.

Son train de vie parfois critiqué sera désormais alimenté par l'allocation souveraine - 86 millions de livres (99 millions d'euros) - payée par le contribuable, les revenus du duché de Lancastre - 24 millions de livres par an - et la fortune privée de sa mère.