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Russie : des médias étrangers suspendent leur couverture par crainte des sanctions

Les sanctions contre les médias étrangers en Russie ne sont pas nouvelles, mais une nouvelle loi porte à 15 ans les peines de prison encourues pour la diffusion d'"informations mensongères sur l'armée". AP/ Alexander Zemlianichenko Jr.
Les sanctions contre les médias étrangers en Russie ne sont pas nouvelles, mais une nouvelle loi porte à 15 ans les peines de prison encourues pour la diffusion d'"informations mensongères sur l'armée". AP/ Alexander Zemlianichenko Jr.

Plusieurs médias occidentaux ont décidé de suspendre leur couverture de l'invasion de l'Ukraine depuis la Russie. Une loi a été signée qui menace de prison toute diffusion "d'informations mensongères sur l'armée" russe.

RAI pour l'Italie, Bloomberg News ou CNN aux États-Unis, la BBC pour le Royaume-Uni, CBC au Canada, ARD et ZDF en Allemagne, l'agence Efe en Espagne,... Tous ces médias ont annoncé ces derniers jours suspendre leur couverture de l'actualité depuis la Russie.

Ils réagissent ainsi à la loi signée par Vladimir Poutine vendredi 4 mars qui prévoit des peines de prison, pouvant aller jusqu'à 15 ans de détention, pour la propagation d'informations visant à "discréditer" les forces militaires. La loi qui vient d'entrer en vigueur punit également tout appel à sanctionner Moscou.

"Protéger la sécurité des journalistes"

D'après le rédacteur en chef de l'agence de presse Bloomberg News, "la modification du code pénal, qui semble destinée à faire de tout reporter indépendant un criminel par simple association, rend impossible la poursuite de tout semblant de journalisme normal à l'intérieur du pays".

La chaîne américaine CNN a suspendu dans la foulée la diffusion de ses programmes en Russie, "le temps d'évaluer la situation".

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Ukraine : les combats se poursuivent entre les forces russes et l'armée ukrainienne
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RAI, la chaîne de télévision publique italienne, a ajouté dans un communiqué à propos de sa propre suspension samedi 5 mars : "cette mesure est rendue nécessaire afin de protéger la sécurité des journalistes sur place et la plus grande liberté possible dans l'information concernant ce pays". 

"Les informations sur ce qui se produit dans la Fédération de Russie seront pour le moment fournies sur la base de nombreuses sources des journalistes de la RAI en service dans les pays voisins et dans les rédactions centrales en Italie".

Précautions pour d'autres médias

Le correspond du Monde à Moscou, Benoît Vitkine, a annoncé de son côté ne plus s'exprimer au sujet du conflit sur Twitter, tout en continuant à le couvrir pour le quotidien.
 
Le journal américain Washington Post a décidé quant à lui de supprimer les signatures et les "datelines" (c'est-à-dire où et quand l'article a été rédigé) de ses reportages en Russie, pour protéger les journalistes. 
 

Radio France a décidé d'attendre une expertise juridique pour décider de suspendre ou non la correspondance de ses journalistes en Russie.

Fermeté face aux "fausses informations" selon le Kremlin

Les premiers touchés par ce tour de vis sont les médias russes eux-mêmes. La chaîne de télévision indépendante par internet Dojd avait déjà annoncé jeudi 3 mars la suspension de son activité. L'emblématique station de radio Ekho Moskvy (Echo de Moscou) sa dissolution, après le blocage de leurs sites.

 Le site d'information économique The Bell a aussi indiqué vendredi 4 ne plus couvrir la guerre en Ukraine, afin de protéger ses journalistes des sanctions pénales.

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Russie : le Kremlin durcit la répression envers les opposants

Le Kremlin défend l'adoption de cette loi répressive. "Dans le contexte de la guerre de l'information, il fallait adopter une loi dont la fermeté était adaptée, ce qui a été fait", a déclaré le porte-parole de la présidence russe Dmitri Peskov. Valéri Fadeïev, président du Conseil des droits de l'homme auprès du Kremlin, a pour sa part accusé les médias étrangers de propager de fausses informations sur le conflit.

Des journalistes ont déjà été blessés durant les combats, comme une équipe du média britannique Sky News prise en embuscade lundi 28 février.

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