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Russie : Poutine laisse planer le spectre de l'arme nucléaire

La rencontre entre le président Poutine et le ministre russe de la Défense Sergueï Choïgou et le chef d'état-major des forces armées russes Valeri Guerassimov, Moscou, le 27 février 2022.
La rencontre entre le président Poutine et le ministre russe de la Défense Sergueï Choïgou et le chef d'état-major des forces armées russes Valeri Guerassimov, Moscou, le 27 février 2022.
(Alexei Nikolsky, Sputnik, Kremlin Pool Photo via AP)

Le président russe Vladimir Poutine a annoncé dimanche mettre en alerte la "force de dissuasion" de l'armée russe, qui peut comprendre une composante nucléaire, au quatrième jour de l'invasion de l'Ukraine par Moscou. Washington et l'OTAN ont réagi.

"J'ordonne au ministre de la Défense et au chef d'état-major de mettre les forces de dissuasion de l'armée russe en régime spécial d'alerte au combat", a déclaré M. Poutine lors d'un entretien avec le minstre de la Défense Sergueï Choïgou et le chef d'éta-major des forces armées russes le général Valeri Guerassimov retransmis à la télévision.

"C'est compris", a acquiescé le ministre de la Défense, Sergueï Choïgou.

M. Poutine a justifié cette décision par les "déclarations belliqueuses de hauts responsables des principaux pays de l'OTAN" envers la Russie.

Il a également critiqué les sanctions économiques prises à l'encontre de la Russie pour son invasion de l'Ukraine, selon lui "illégitimes".

Quelles sont les forces de dissuasion russes ?

Les forces de dissuasion stratégique comprennent les forces offensives stratégiques de la (SNC) et les forces de défense stratégique (SOS).

Elles visent à dissuader une agression contre la Russie et à vaincre l'agresseur y compris "dans une guerre avec l'utilisation d'armes nucléaires", selon le ministère de la Défense.

Ces forces sont équipées de missiles, de bombardiers stratégiques, de sous-marins,  de navires et d'avions porteurs de missiles navals dotés d'armes conventionnelles de haute précision à longue portée. 

Sur le plan défensif, elles comprennent un système d'avertissement d'attaque de missiles, un système de contrôle de l'espace, une défense antimissile et anti-spatiale et une défense aérienne.

Dans la vidéo de son discours du 24 février annonçant "l'opération militaire spéciale" dans le Donbass, le président russe Vladimir Poutine avait menacé de représailles jamais connues dans l'histoire contre ceux qui feraient obstacle.

Washington dénonce une escalade "inacceptable"

La mise en alerte de la "force de dissuasion" nucléaire russe représente une escalade "inacceptable", ont dénoncé dimanche les Etats-Unis, accusant Vladimir Poutine de "fabriquer des menaces qui n'existent pas".

"Il s'agit d'un schéma répété que nous avons observé de la part du président Poutine durant ce conflit, qui est de fabriquer des menaces qui n'existent pas afin de justifier la poursuite d'une agression", a dénoncé la porte-parole de la Maison Blanche Jen Psaki.

"A aucun moment la Russie n'a été menacée par l'Otan ou l'Ukraine (...) Nous allons résister à cela. Nous avons la capacité de nous défendre", a-t-elle ajouté, interrogée sur ABC.

Cette annonce de Moscou "signifie que le président Poutine continue l'escalade dans cette guerre, d'une manière qui est totalement inacceptable", a pour sa part déclaré sur CBS l'ambassadrice américaine à l'ONU, Linda Thomas-Greenfield. 

"Nous devons continuer à dénoncer ses actions de la façon la plus sévère qu'il soit", a-t-elle ajouté.

Cela fait clairement entrer en jeu des forces qui, s'il y a une erreur de calcul, pourraient rendre les choses beaucoup, beaucoup plus dangereuses

un responsable de la Défense américain

La mesure russe est propice à "l'escalade", a dénoncé un responsable de la Défense américain, parlant sous couvert d'anonymat. Elle "fait clairement entrer en jeu des forces qui, s'il y a une erreur de calcul, pourraient rendre les choses beaucoup, beaucoup plus dangereuses", a-t-il averti.

Il a également qualifié cette mise en alerte d'"inutile", la Russie n'ayant "jamais été sous une menace de l'Ouest". 

Questionné par des journalistes, il n'a pas voulu dire si les Etats-Unis prévoyaient une réponse impliquant un changement de position concernant leurs propres forces nucléaires.

"Nous restons confiants dans notre capacité à nous défendre et à défendre nos alliés et partenaires. Et cela implique le domaine de la dissuasion stratégique", a-t-il simplement commenté.

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Le secrétaire général de l'OTAN "une conduite irresponsable" de Moscou

Le secrétaire général de l'Otan Jens Stoltenberg a dénoncé dimanche la conduite "irresponsable" de Moscou après la mise en alerte par Vladimir Poutine de la "force de dissuasion" nucléaire de l'armée russe.

"C'est une rhétorique dangereuse. C'est une conduite qui est irresponsable", a déclaré Jens Stoltenberg sur la chaîne CNN.

Selon le secrétaire général de l'organisation, la nouvelle déclaration de Vladimir Poutine vient s'ajouter au discours "très agressif" venant de la Russie "depuis plusieurs mois et particulièrement ces deux dernières semaines".

"Ils ne menacent pas simplement l'Ukraine, mais également les pays alliés de l'Otan, et demandent à ce que nous retirions toutes nos forces armées du flanc est de l'alliance", a-t-il ajouté.

Dans une interview diffusée dimanche sur la BBC, Jens Stoltenberg a également appelé les Etats membres de l'Otan à "faire front commun" face à "rhétorique menaçante" de Moscou.

L'Otan ne veut pas de guerre avec la Russie, nous ne cherchons pas la confrontation. Nous sommes une alliance défensive, mais qu'il n'y ait pas de malentendu ou de mauvais calcul sur notre capacité à défendre les alliés

Jens Stoltenberg, secrétaire général de l'Otan

"Notre message est très clair: les pays de l'Otan se défendent et se protègent les uns les autres. L'Otan ne veut pas de guerre avec la Russie, nous ne cherchons pas la confrontation. Nous sommes une alliance défensive, mais qu'il n'y ait pas de malentendu ou de mauvais calcul sur notre capacité à défendre les alliés" face à d'éventuelles offensives russes, a-t-il insisté.

Face aux accusations émises par Moscou de "déclarations belliqueuses de l'Otan", le secrétaire général de l'organisation a démenti toute responsabilité.

"C'est la Russie qui a engagé la guerre, qui mène une invasion militaire à grande échelle d'une nation souveraine et pacifique, donc il n'y a aucun doute que la Russie est responsable. Le président Poutine est responsable de ce conflit", a insisté Jens Stoltenberg.

"Ce que nous faisons, c'est simplement d'aider l'Ukraine, de l'aider à faire respecter son droit à la légitime défense", a-t-il fait valoir.

Les réactions de tollé se multiplient

"La simple idée d'un conflit nucléaire est tout simplement inconcevable", a déclaré dimanche à l'AFP le porte-parole de l'ONU, Stéphane Dujarric, interrogé sur la réaction du secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, aux déclarations du président russe.

Avec cette annonce, le chef de l'Etat russe "franchit un cap supplémentaire et nous avons l'impression que cela a aussi à voir avec le fait que, dans sa mégalomanie, l'invasion rapide de l'Ukraine a été stoppée par des actions courageuses et déterminées de l'Ukraine", a déclaré pournsa part Christine Lambrecht sur la chaîne de télévision publique allemande ZDF.

La Campagne internationale pour abolir l'arme nucléaire (ICAN), prix Nobel de la paix en 2017, a dénoncé quant à elle le "jeu dangereux" de Vladimir Poutine "en plaçant les armes nucléaires en état d'alerte au combat". 

"Notre campagne condamne fermement cette action et nous appelons à un cessez-le-feu immédiat, comme au retrait des forces russes d'Ukraine", a indiqué Jean-Marie Collin, porte-parole de l'ICAN France, dans une déclaration envoyée à l'AFP.

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