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Salvador - Sri Lanka : deux pays qui ont tenté de dire "non" au glyphosate

En 2015, le Sri-Lanka interdit totalement le glyphosate.
En 2015, le Sri-Lanka interdit totalement le glyphosate.
©AFP/Photo

Bien avant l'Europe, deux pays ont interdit le glyphosate : le Salvador et le Sri-Lanka ont banni, respectivement en 2013 et 2015, le puissant herbicide... avant de revenir en partie sur leur décision.

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Alors que la France peine à interdire le glyphosate, avec un calendrier pour le moins variable - les députés français ont refusé d'inscrire dans la loi son interdiction d'ici 2021 ce mardi -, deux pays ont déjà tenté d'interdire l'herbicide, principe actif du décrié "Round-Up" de la firme américaine Monsanto. En 2013, le Salvador inscrit dans sa loi (en espagnol) l'interdiction de 53 herbicides, pesticides, et engrais pour l'usage agricole, dont le glyphosate, avec une application dans les deux ans. "Nous nous félicitons que la santé du peuple passe avant les intérêts économiques", avait alors déclaré Lina Pohl, vice-ministre de l'Environnement et des Ressources naturelles. Pourtant, deux ans plus tard, un décret dévoilé par l'ancien Président, Mauricio Funes, assouplit la loi (en espagnol). Le glyphosate est toujours utilisé.

Interdiction totale du glyphosate en 2015 au Sri-Lanka

En 2015, le président sri-lankais Mahinda Rajapaksa prend une décision sans concession : l'interdiction totale et immédiate du glyphosate. En cause, une multiplication de maladies chroniques rénales dans le nord du pays, chez les riziculteurs notamment. La maladie touche jusqu'à 20% de la population dans certaines zones rurales. Des villages sont décimés, les malades font dialyse sur dialyse, avant bien souvent de trouver la mort.

C'est alors qu'une étude menée par le chercheur Channa Jayasumana de l'Université Rajarata (en anglais), fait le lien avec l'herbicide. Le scientifique décrit avoir trouvé des taux de glyphosate anormalement élevés dans les échantillons urinaires des patients souffrant de maladies rénales - en grande majorité des fermiers. Les taux sont aussi anormalement importants dans les puits alentours, qui alimentent en eau la population. Selon le Dr Channa, le glyphosate fixerait les métaux lourds, ensuite ingérés dans l'organisme, ce qui entraînerait un dysfonctionnement rénal.

Toute la communauté scientifique et médicale n'est pas convaincue par ces arguments. Mais la majorité des paysans sont persuadés de la responsabilité de l'herbicide, qu'ils ont répandu en larges doses dans leurs champs pendant plus de vingt ans.
 

Pendant vingt ans, les paysans sri-lankais répandent des produits chimiques dans leurs champs, sans aucune protection © AP/PHOTO
Pendant vingt ans, les paysans sri-lankais répandent des produits chimiques dans leurs champs, sans aucune protection © AP/PHOTO

Retournement de situation

Si la France hésite autant sur le glyphosate, c'est notamment face à l'absence d'alternatives valables. Pour une agriculture intensive, aucun herbicide n'est aussi efficace que le glyphosate. C'est l'argument avancé par Benjamin Grivaux, porte parole du gouvernement : "On a dit qu'on allait travailler avec l'ensemble des acteurs de la filière, qu'on allait confier à l'Inra, l'Institut national de recherche agricole, le fait de trouver des solutions alternatives à l'usage du glyphosate", a-t-il déclaré, ce mardi 29 mai.

Le ministre de l'Agriculture Stéphane Travert le rejoint dans ses propos ce mercredi matin : "Il ne fallait pas que l'interdiction repose seulement sur les épaules des agriculteurs. Nous avons besoin de mobiliser la recherche." Les autorités ont notamment peur que les agriculteurs ne s'y retrouvent pas.

Au Sri-Lanka, les mêmes arguments ont, il y a quelques semaines, presque eu raison de l'interdiction. Depuis le 2 mai dernier, le glyphosate reste interdit... sauf pour les plantations d'hévéa et de thé, essentiellement dans le sud du pays.
La grogne et le lobbying des planteurs de thé, envahis par les mauvaises herbes, ont largement pesé dans la balance. Ils affirment que l'interdiction du glyphosate a entraîné une baisse de leur rendements de 20% par an. Dans les collines verdoyantes du centre du pays, recouvertes d'immenses plantations de thé, ils sont obligés depuis 2015 de désherber... à la main !

Pire, un marché noir s'est développé : des bidons de glyphosate vendus sous le manteau. En avril dernier, 10 800 kilos de poudre de glyphosate en provenance d'Inde ont été saisies par les autorités près de Colombo, la capitale sri-lankaise.