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Samia Ghali, sénatrice atypique au cœur du troisième tour à Marseille

La sénatrice Samia Ghali lors du conseil municipal du 27 janvier 2020 à Marseille
La sénatrice Samia Ghali lors du conseil municipal du 27 janvier 2020 à Marseille
afp.com - GERARD JULIEN
Sortie de conférence de presse à Marseille, le 23 janvier 2020, pendant laquelle Ségolène Royal a apporté son soutien à Samia Ghali pour les élections municipales
Sortie de conférence de presse à Marseille, le 23 janvier 2020, pendant laquelle Ségolène Royal a apporté son soutien à Samia Ghali pour les élections municipales
afp.com - Christophe SIMON

Enfant de la "misère", infatigable "madone" des quartiers populaires du nord de Marseille, insaisissable électron libre politique, la sénatrice ex-PS Samia Ghali jouera un rôle d'arbitre dans l'élection municipale la plus incertaine de France.

"Marseille ne pourra plus se faire sans les quartiers Nord", a-t-elle claironné dimanche soir, à l'annonce de sa victoire dans son secteur des 15-16e arrondissements, qu'elle dirige depuis 2008. Ses huit voix seront décisives pour l'élection du maire de la deuxième ville de France.

A 52 ans, cette mère de trois enfants se définit comme "de gauche" mais aussi comme une "femme libre". Et ne dévoile pas son intention pour le "troisième tour", qui se jouera au conseil municipal samedi, pour désigner le successeur de Jean-Claude Gaudin.

Un premier rôle qui sied à la "madone" de Marseille - comme elle s'est surnommée elle-même -, aux longs cheveux noirs et au large sourire, toujours juchée sur de hauts talons.

Pas de fausse modestie chez Samia Ghali: dès 2017, lors d'un entretien à l'AFP, elle assurait: "Quand je suis à Paris, les gens m'interpellent: +Vous êtes la maire de Marseille!+ Si c'était aussi simple!"

- Enfance "de misère" -

Née en 1968 à Marseille de parents venus d'Algérie, dans un bidonville de Font-Vert (14e), Mme Ghali décrit une enfance "de misère". Tout bébé, elle est abandonnée par son père: "une plaie béante", confie-t-elle dans son autobiographie.

A l'âge de six mois, dénutrie, elle échappe de peu à la mort grâce à l'intervention de son grand-père. Séparée de sa mère, elle sera élevée par ses grands-parents.

Adolescente, elle voit mourir des amis du "fléau de la drogue" dans l'indifférence, ce qui la détermine à une "vie de combat". C'est à ce moment qu'elle prend le goût de la politique, à 16 ans, alors qu'elle assiste à une réunion animée par le socialiste Patrick Mennucci.

Après un CAP de comptabilité, elle devient salariée d'une mutuelle puis agent territorial à la région et "fait son trou", comme elle dit, au Parti socialiste (PS), où elle trouve une "passion", mais aussi "le vrai racisme, celui qui blesse".

L'"Arabe de service" comme la qualifie un militant de l'époque, devient conseillère d'arrondissement du 8e secteur (15-16e), celui de son enfance, en 1995, puis conseillère municipale à la mairie centrale en 2001, vice-présidente de la région en 2004.

En 2008, elle emporte dès le premier tour la mairie de son secteur et accède au Sénat.

- Divorce avec le PS -

En 2014, la guerre intestine de la primaire du PS pour la mairie de Marseille, qu'elle perdra, marque un tournant dans sa carrière. Lors d'un duel fratricide, le député Patrick Mennucci l'accuse d'être la "candidate du système" Jean-Noël Guérini, président du conseil général tombé en disgrâce après ses démêlés judiciaires.

En 2018, elle ne renouvelle pas son adhésion au PS. "Ma personnalité, elle transcende les partis politiques", assure-t-elle à l'AFP.

Celle qui avait marqué les esprits en demandant, en 2012, l'intervention de l'armée dans le nord de la ville, particulièrement touché par les règlements de compte, avait aussi suscité de vives critiques en affirmant "comprendre" l'exaspération d'habitants qui avaient chassé des Roms d'un campement.

Quand le reste de la gauche travaille à un vaste rassemblement pour l'élection municipale en 2020, elle fait encore sécession, en créant son propre mouvement, "Marseille avant tout", qui compte 6.000 adhérents selon elle. Elle prône un doublement du nombre de policiers municipaux, l'uniforme à l'école, mais aussi 25% de logements sociaux dans les huit secteurs de la ville.

Dans son programme aussi: la rénovation des écoles et une limitation des bateaux de croisière, "ces usines à cancer" qui polluent les quartiers qu'elle défend.

Samia Ghali, femme de paradoxes, qui crie son amour pour les Marseillais, "un peuple de souffrance", vit aujourd'hui au Roucas-Blanc, un quartier chic du sud de la ville.

L'union de la gauche du Printemps Marseillais, dont la candidate Michèle Rubirola est arrivée en tête, l'appelle au ralliement.ghali samia

"Qui peut imaginer que Samia Ghali donne les clés de la ville à la droite qu'elle a combattue pendant 25 ans?", a lancé dimanche Benoit Payan (Printemps marseillais), nouveau maire du 2e secteur.