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Santé : y a-t-il pénurie de médicaments ? [à vrai dire]

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© TV5MONDE - L. FACHAUX, S. ALAYRANGUES

"Les Français sont de plus en plus confrontés aux pénuries de médicaments."
Ces mots sont de la ministre française de la Santé, Agnès Buzyn.
Mais, à vrai dire, y a-t-il vraiment pénurie de médicaments ?
 

Vous est-il déjà arrivé de ne pas trouver en pharmacie le médicament prescrit par votre médecin ? D'après une étude réalisée par BVA pour France Assos Santé, près d’ 1 Français sur 4 s'est déjà vu refuser un médicament, pour cause de pénurie. Ce phénomène s'accentue ; en dix ans, les ruptures de stock de médicaments, en France, ont été multipliées par 13. Elles concernaient 44 médicaments en 2008, et 538 en 2017, d'après l'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM).
 

Les causes de la pénurie de médicaments

Les laboratoires pharmaceutiques produisent à flux tendu, pour réduire leurs coûts de production. Ils n’ont presque pas de stock.

Pour Alain Astier, pharmacologue et membre de l'Académie royale de médecine de Belgique, et de l'Académie de Pharmacie en France, les causes de la pénurie sont surtout financières. "Cela revient toujours à un problème de rentabilité. Les laboratoires abandonnent, sciemment et froidement, la fabrication d'un certain nombre de produits anciens parce que cela ne leur rapporte plus assez". Le pharmacologue pointe aussi du doigt "les importations parallèles : certains laboratoires, ou des grossistes, préfèrent approvisionner des pays européens qui paient "mieux", comme l'Allemagne, que la France".
 

Une pénurie seulement en France ?

Ce manque de médicaments ne touche pas uniquement la France. La Belgique est concernée, la Suisse aussi. Le quotidien belge Le Soir titrait en juin 2019 "La pénurie de médicaments s'accroît en Belgique, 428 produits sont indisponibles". La Tribune de Genève publiait le 15 mai 2019 un article sur "les perturbations qui menacent les soins" en Suisse, en raison de cette pénurie de médicaments.

Un autre facteur explique ce manque d’approvisionnement : les médicaments ne sont en grande partie plus fabriqués ni en France, ni en Europe. Un rapport du Sénat français du 27 septembre 2018 montre que 8 principes actifs d’un médicament sur 10 sont fabriqués "en dehors de l’Union [européenne]".

Pour Gérard Delépine, chirurgien, cancérologue et co-auteur de "La face cachée des médicaments", pas de doute : "Il n'y a pas de pénurie de médicaments :
au niveau mondial, il n'y a une pénurie que si on l'organise. Et actuellemement la pénurie, depuis plusieurs années, elle est organisée".

Il n'y a pas de pénurie de médicaments. Au niveau mondial, il n'y a une pénurie que si on l'organise.

Gérard Delépine, chirurgien et co-auteur de "La face cachée des médicaments"

"Les laboratoires peuvent organiser la pénurie, s'ils ne décident de faire qu'une méga-usine en Chine pour le même médicament. S'il y a une inondation ou un tremblement de terre, il y aura une vraie pénurie parce que la seule usine qui le fabriquait est tombée en panne."
Pour le chirurgien, "ce qui décide de l'implantation des usines, c'est avant tout l'absence de règles - le droit de faire n'importe quoi -, et le bas coût de la main d'oeuvre, ce qui permet d'avoir une rentabilité maximale".

Les causes des ruptures de stocks des médicaments sont multiples : délocalisation de la production, ou encore stratégies de ventes des laboratoires au détriment de certains médicaments, comme les anti-cancéreux en France.
Et il y a urgence. Des personnes, parties chercher des médicaments à l’étranger, témoignent dans le journal Le Monde : «J’ai l’impression d’être une dealeuse obligée d’agir dans l’illégalité ».

Lundi 8 juillet 2019, la ministre française de la Santé a proposé des pistes pour lutter contre ces pénuries de médicaments : renforcer la coopération européenne, ou encore promouvoir la transparence, entre les pharmaciens et les laboratoires.