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Scandale de corruption au Parlement européen: Eva Kaili se défend de toute malversation avec le Qatar

La porte du bureau d'Eva Kaili, eurodéputée socialiste soupçonnée de corruption dans une affaire impliquant l'Etat du Qatar.
La porte du bureau d'Eva Kaili, eurodéputée socialiste soupçonnée de corruption dans une affaire impliquant l'Etat du Qatar.
© AP Photo/Jean-Francois Badias

L'eurodéputée grecque Eva Kaili, mise en cause dans un retentissant scandale de corruption présumée impliquant le Qatar, clame son innocence, assurant ignorer l'existence des sommes d'argent considérables retrouvées à son domicile.

Interpellée le 9 décembre à Bruxelles, Eva Kaili a été démise le 13 décembre de ses fonctions de vice-présidente du Parlement européen. Elle affirme via son avocat à Athènes qu'elle est "innocente" et ignore tout de l'existence des sacs de billets de banque retrouvés à son domicile bruxellois par les enquêteurs belges.

Eva Kaili n'a "aucun rapport avec l'argent retrouvé à son domicile (...) elle ne connaissait pas l'existence de cet argent", assure Michalis Dimitrakopoulos dans un entretien à l'AFP.

La comparution devant la justice belge de l'eurodéputée grecque Eva Kaili, écrouée dans le cadre d'un retentissant scandale de corruption présumée impliquant le Qatar, a été reportée au 22 décembre, indique son avocat André Risopoulos à l'AFP. L'élue, déchue de son poste de vice-présidente du Parlement européen, restera en détention jusque là. 

Son compagnon a également été maintenu en détention.

"Innocente"

Il martèle que sa cliente est "innocente" alors que des sacs remplis de billets d'une valeur de 150 000 euros ont été découverts dans son appartement à Bruxelles, selon une source judiciaire belge. Le juriste, qui a dit s'être entretenu à plusieurs reprises par téléphone avec sa cliente en détention, a souligné que "seul son compagnon", avec qui elle vivait, pouvait fournir "des réponses sur l'existence de cet argent".

Le père de la responsable politique a pour sa part été surpris avec une valise contenant 750 000 euros en liquide.Enfin, 600 000 euros ont été saisis au domicile de Pier-Antonio Panzeri, un ancien eurodéputé socialiste italien désormais à la tête d'une ONG à Bruxelles.

Le Qatar dément fermement les accusations. Mais une source judiciaire en Belgique confirme que ce pays était bien soupçonné par les enquêteurs belges. Devant ce scandale qui menace sa crédibilité, le Parlement européen a déchu mardi l'élue grecque de sa fonction de vice-présidente.

Vice-présidente du Parlement européen, la députée grecque Eva Kaili (ici, le 6 décembre 2022) a été écrouée. Elle est accusée de corruption au profit du Qatar.
Vice-présidente du Parlement européen, la députée grecque Eva Kaili (ici, le 6 décembre 2022) a été écrouée. Elle est accusée de corruption au profit du Qatar.
© EP/­Handout via REUTERS

Cette sanction pour "faute grave" a été approuvée à la quasi-unanimité des députés présents à Strasbourg en séance plénière, soit 625 votes favorables sur 628 exprimés. Eva Kaili, députée européenne depuis 2014 après avoir été députée du Parlement grec (Vouli) entre 2007 et 2012, occupait depuis onze mois seulement l'une des 14 vice-présidences du Parlement. 

Des mesures prises au sein de l'UE

Par ailleurs, le Parlement européen a demandé le 15 décembre de fermer temporairement la porte à tout représentant des intérêts du Qatar et a décidé de suspendre tout travail législatif en lien avec l'émirat. À une quasi-unanimité (541 voix pour, deux voix contre et trois abstentions), les eurodéputés, "consterné(s)" par ces actes présumés de corruption visant en premier lieu l'eurodéputée socialiste grecque Eva Kaili, demandent "instamment la suspension des titres d'accès des représentants d'intérêts qatariens" le temps des enquêtes judiciaires. La décision doit ensuite être prise par la présidente du Parlement européen, Roberta Metsola.

Cette dernière annonce également des réformes "d'ampleur" pour 2023. Roberta Metsola espère en particulier le renforcement de la protection des lanceurs d'alerte et l'interdiction des groupes d'amitié non officiels avec des pays tiers. "Il y a des lacunes qui doivent être comblées, en ce qui concerne par exemple les activités d'anciens membres du Parlement européen, les inscriptions sur le registre de transparence, les personnes autorisées à entrer au Parlement européen", explique-t-elle lors d'une conférence de presse. La présidente du Parlement européen juge que avec cette affaire Eva Kaili est une "attaque" contre la démocratie. 

elon des sources au sein du Pasok-Kinal, le parti politique grec auquel Eva Kaili était affiliée, la direction de cette formation, déjà ébranlée dans son histoire par des affaires de corruption, fait également pression sur Eva Kaili pour qu'elle renonce à son siège de députée européenne. Le dirigeant du Pasok-Kinal, également eurodéputé, Nikos Androulakis a proposé mardi devant l'assemblée plénière du Parlement européen la création d'"un organe spécial chargé d'examiner les actifs des députés européens et la manière dont ils ont été acquis".

Des répercussions jusqu'en Grèce

Ce scandale a également provoqué une onde de choc en Grèce où les affaires et soupçons de corruption gangrènent le pays, suscitant le ras-le-bol de la population. De nombreux Grecs ont exprimé leur honte de voir cette ancienne présentatrice de la chaîne de télévision Mega impliquée dans un tel scandale.

Dès le 12 décembre, l'Autorité grecque de lutte contre le blanchiment d'argent avait gelé tous les avoirs de la députée européenne et de ses proches.  La presse grecque se faisait également l'écho des relations privilégiées d'Eva Kaili avec un sulfureux magnat russo-grec Ivan Savvidis, propriétaire notamment du club de foot de Thessalonique PAOK et ancien élu de la Douma en Russie.  

Le Premier ministre grec, Kyriakos Mitsotakis, resté muet depuis les révélations sur ce vaste scandale, doit retrouver ses pairs ce mercredi à Bruxelles pour un sommet des Vingt-Sept avec les dirigeants de l'Association des nations de l'Asie du Sud-Est (ASEAN).

Le parquet financier d'Athènes a ouvert une enquête préliminaire sur l'eurodéputée grecque incarcérée en Belgique Eva Kaili pour "corruption" et "blanchiment d'argent", en coopération avec la justice belge.