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Soudan : violentes répressions contre les manifestants dénonçant la vie chère

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Depuis une dizaine de jours, des manifestants protestent contre la hausse du prix du pain. Un mouvement violemment réprimé par les forces de l'ordre avec des dizaines de morts, qui ferait vaciller le pouvoir du président Béchir. Les accès à Internet ou aux réseaux sociaux sont coupés au coup par coup pour éviter la propagation des informations sur le mouvement en cours. 

Ce petit soutien diplomatique peut sembler banal mais il est pourtant d'une importance cruciale pour Omar el Béchir, le président soudanais qui savoure discrètement la déclaration de l'un de ses rares soutiens, son voisin : l'Egypte.


L'Egypte a toujours soutenu la stabilité du Soudan, et soutient tous les efforts pour assurer la sécurité et le respect du pouvoir du peuple soudanais. Nous sommes toujours pleinement prêt à fournir notre soutien.Sameh Shoukry, ministre égyptien des Affaires étrangères

Précieux soutien, car après près de 10 jours de fronde, le régime d'Omar el Béchir semble menacé, comme rarement il l'a été.

Dans la capitale Khartoum et dans d'autres villes, des scènes d'émeutes qui auraient fait des dizaines de morts et de blessés. A Atbara, un fief de l'opposition, les manifestants attaquent et incendient le siège du parti au pouvoir. Ce qu'ils réclament désormais : le départ du président, et de son régime.


Internet : les réseaux sociaux gênent le pouvoir

Un groupe de défense des droits numériques rapporte que les autorités soudanaises ont restreint l'accès aux médias sociaux à la suite de la propagation de manifestations antigouvernementales. Access Now et la coalition #KeepItOn - un groupe qui lutte contre les interruptions de la connexion Internet - ont donc appelé les opérateurs de réseau du pays à se protéger de la pression de l'État et à maintenir les personnes en ligne. Le gouvernement a officiellement nié toute action de ce type, alors même que les médias sociaux constituaient un point chaud pour l'organisation de manifestants. 

A l'origine, cette colère est économique. Plombé par la crise et par une inflation qui flirte avec les 70%, le pouvoir d'achat des Soudanais est en berne. Ce qui a mis le feu aux poudres : le prix du pain, qui a triplé, par décison du gouvernement.


Les conditions de vie se détériorent. On fait la queue pour tout ici, aux stations services, aux distributeurs de billets. On ne peut même pas retirer notre argent à la banque. Tout est devenu très cher. On dirait une bombe à retardement et on ne sait pas quand ca va exploser.Une femme, automobiliste

C'est sans doute aussi la question que se pose Omar el Béchir, face a cette fronde qui a reçu le soutien des médecins et des journalistes alors que même l'armée montre des signes d'impatience. Le chef du Parti du Congrès soudanais Omar el-Digeir a été arrêté vendredi par les services de sécurité et "emmené vers une destination inconnue", a affirmé le parti. L'Association des écrivains soudanais a annoncé l'arrestation mardi du poète Mohamed Taha, qui avait participé à une manifestation. "Nous ignorons où il se trouve", a-t-elle affirmé. Le réseau des journalistes soudanais a aussi fait état de l'arrestation de deux journalistes. 

"L'Etat va entreprendre de vraies réformes pour garantir une vie digne aux citoyens", avait promis Omar el Béchir lundi soir, dans une première réaction officielle depuis le début du mouvement. Mais mardi soir, le président dénonçait "des traîtres, des agents, des mercenaires" qui "sabotent" selon lui les installations et les institutions de l'Etat, lors d'une allocution publique retransmise à la télévision.

Omar el Béchir avait pris le pouvoir, il y a 29 ans, suite à des manifestations similaires. A l'époque, il avait déclaré : "Celui qui trahit la nation ne mérite pas la reconnaissance du peuple."