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Suisse : la Confédération a voté dimanche contre la suppression de la redevance audiovisuelle

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S. Leroyer, M. Mormil

Les Suisses se sont prononcé ce dimanche 4 mars par référendum contre la suppression de la redevance audiovisuelle, un vote qui n'entraînera pas, pour l'heure, la disparition de la seule radio-TV nationale, la SSR, qui diffuse en quatre langues.

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La majorité des Suisses ont voté par correspondance sur cette initiative populaire - un droit donné aux citoyens de faire une proposition de modification de loi - qui a été lancée par le mouvement de jeunesse du parti Libéral Radical. La suppression de la redevance a été refusé à plus de 71% ce dimanche selon les premières tendances publiées après la clôture des bureaux de vote. La participation est estimée à 53%.

Les électeurs se sont  par ailleurs prononcé positivement ce dimanche 4 mars sur le maintien de la TVA et de l'impôt fédéral direct.

Actuellement, la redevance audiovisuelle en Suisse - qui compte 8,4 millions d'habitants - est l'une des plus chères d'Europe et s'élève à 451 francs suisses (392 euros). Dans certains pays européens, comme en Espagne, elle n'existe pas, alors que dans d'autres, comme aux Pays-Bas, elle a été abolie, ou est sur le point de disparaître complètement, comme en Belgique.

Le vote sur la redevance a été suivi de près à Berne car la SSR, diffusée dans les 4 langues officielles (allemand, français, italien et romanche), est financée à 75% par la redevance. 21 radios et 13 télévisions régionales remplissant un mandat de service public en bénéficient aussi.

Au total, 13.500 emplois directs et indirects étaient menacés, selon les autorités fédérales.

La SSR, où travaillent environ 6.000 personnes, "devra rapidement cesser son activité en cas de 'oui' à l'initiative", a indiqué à l'AFP son porte-parole, Daniel Steiner.
"Sans redevance, il serait impossible dans un petit pays quadrilingue comme la Suisse d'avoir une offre audiovisuelle remplissant, ne serait-ce que partiellement, le même mandat de service public qu'aujourd'hui", indique-t-il.
                  

Millenials


Les abolitionnistes de la redevance font eux valoir que l'argent que le citoyen économisera permettra de libérer un "énorme pouvoir d'achat" qui sera réinvesti dans l'économie.

Cette perspective a séduit le premier parti de Suisse, l'UDC (Union démocratique du Centre, droite populiste), le seul toutefois à avoir apporté son soutien à l'initiative.
A l'origine du comité antiredevance, des Millenials, cette génération de jeunes qui ont grandi avec internet et délaissent la télévision traditionnelle au profit des plateformes de vidéo en ligne sur abonnement.

La redevance "n'a plus rien à voir avec notre génération, elle est trop chère et correspond à un système étatique que nous n'avons pas envie de soutenir", explique à l'AFP Nicolas Jutzet, membre du comité à l'origine de l'initiative.
Il faut "payer pour ce que l'on consomme", grâce aux abonnements, explique ce jeune homme de 23 ans, étudiant en économie à l'université de St-Gall.
Outre la suppression de la redevance, l'initiative demande aussi que l'Etat ne subventionne aucune chaîne de radio ou de télévision et qu'il n'exploite pas de chaîne publique en temps de paix.

"Le système idéal, c'est l'abonnement. On choisit tellement d'autres choses: nos vêtements, notre nourriture, notre formation... pourquoi est-ce qu'il faudrait que cela soit différent pour les médias?", fait valoir Louise Morand, étudiante en droit de 20 ans à Genève et membre du comité.
                  

365 francs

Les partisans de la redevance bénéficient du soutien des autorités fédérales à Berne, qui ont assuré que "beaucoup d'émissions, en particulier sur des thèmes politiques et sociétaux importants, disparaîtraient" sans redevance car "la publicité et le sponsoring ne suffisent pas en Suisse pour financer dans tout le pays des programmes diversifiés de bonne qualité".

Une chose est sûre: Berne a déjà décidé que, malgré le maintien de la redevance dans les urnes, son prix sera abaissé à 365 francs dès 2019. Elle devra en revanche désormais être payée par tous, même ceux qui n'ont pas de TV ou de radio.