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Tchad : comment Mahamat Déby gouverne-t-il, un an après la mort de son père ?

 Mahamat Idriss Deby, chef du Conseil militaire de transition (CMT), lors des funérailles nationales de son père Idriss Déby  nationales à N'Djamena, au Tchad, vendredi 23 avril 2021. 
 Mahamat Idriss Deby, chef du Conseil militaire de transition (CMT), lors des funérailles nationales de son père Idriss Déby  nationales à N'Djamena, au Tchad, vendredi 23 avril 2021. 
Christophe Petit Tesson / AP

Il y a un an, l'armée annonçait la mort du président tchadien Idriss Déby Itno, à la tête d'un pouvoir autoritaire depuis trente ans. Sans aucune expérience politique, c'est son fils, Mahamat Idriss Déby Itno, qui lui succède. Où en est-il un an après ?

20 avril 2021. Le président tchadien Idriss Déby Itno est tué au front à la suite d’une énième rébellion. Son fils Mahamat Idriss Déby Itno, jeune général de trente-sept ans, est alors proclamé chef d'une junte de quinze généraux et Président de la République de transition.

Le nouvel homme fort de N'Djamena dissout immédiatement le Parlement. Il limoge le gouvernement et abroge la Constitution. En contrepartie, il promet des "élections libres et démocratiques" après une transition de dix-huit mois. Le général Déby s'engage aussi à ne pas se présenter à la future présidentielle.

Un militaire propulsé à la tête de l'État 

La transition ne doit pas dépasser les dix-huit mois, promet le général Mahamat Déby à Paris, l'Union Européenne et l'Union Africaine. Des élections doivent être organisées à l'automne 2022. Mais deux mois plus tard, l'ancien général envisage déjà les prolongations. Si les Tchadiens ne sont pas "capables de s'entendre", déclare-t-il. Il "remet à Dieu" son "destin" personnel pour la présidentielle.

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Propulsé à la tête de l'État, il n'avait pourtant jamais approché la politique de près ou de loin. Professionnel de l’armée, le jeune général arbore en revanche déjà quatre étoiles à trente-sept ans. Il s'en est épinglé une cinquième le 21 décembre 2021, devenant général de corps d'armée, le plus haut grade possible. Un an plus tard, Mahamat Déby a pris de de l’assurance. Le chef de l'État copie les attitudes martiales de son géniteur.

Il y a une vraie continuité entre le père et le fils, le système Déby est toujours en place. 

Thierry Vircoulon, spécialiste de l'Afrique centrale à l’Institut français des relations internationales (IFRI).

Dans les pas de son père

Selon Thierry Vircoulon, spécialiste de l'Afrique centrale à l’Institut français des relations internationales (IFR), "il y a une vraie continuité entre le père et le fils, le système Déby est toujours en place (…)." Mahamat Déby a rapidement "consolidé son pouvoir en s'entourant des caciques (chefs, ndlr) de l'ancien régime", assure Thierry Vircoulon.

Sur le plan de la carrière,Idriss Déby, le père, est un ancien rebelle et s'est emparé du pouvoir à trente-huit ans en 1990. Mahamat Déby, le fils, s'est illustré au combat notamment en 2009, dans l'est, contre la rébellion. Il a dirigé les commandos d'élite de la garde présidentielle sous le règne de son père.

Autre point de rapprochement entre les deux hommes : Mahamat Déby a confié les postes clés de l’armée à l'ethnie ultra-minoritaire des Zaghawas, comme l'avait fait son père. "Ce sont toujours les mêmes qui sont au pouvoir, autour des Zaghawas", souligne Roland Marchal, du Centre de recherches internationales (Ceri) de Sciences Po Paris. Le choix n'était pourtant pas si évident pour le jeune président. Sa mère, Mahmat Déby, est issue des Horane, ethnie souvent rivale voire ennemie des Zaghawas.

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Mahamat Déby moins autoritaire que son père 

Certains observateurs notent cependant des différences dans l'exercice du pouvoir entre les deux hommes.  Mahamat Déby "laisse un petit espace pour que les oppositions puissent s'exprimer", admet Roland Marchal.

Il est moins impulsif que le père, plus posé, il écoute plus qu'il ne parle. 

Un proche conseiller du pouvoir tchadien à l'AFP.

Il invite même l'opposition politique et les innombrables groupes rebelles à un "Dialogue national inclusif". "Il est moins impulsif que le père, plus posé, il écoute plus qu'il ne parle", assure anonymement un proche conseiller du pouvoir à l'AFP. Son père, lui, était beaucoup plus catégorique. Il lui interdisait toute manifestation.

Ses relations avec la communauté sont également plus souples. Son rôle dans l’armée tchadienne, réputée comme la meilleure de la région, en fait un pilier de la guerre contre les jihadistes au Sahel au côté selon la communauté internationale.  

"Sur la sécurité, les choses sont assez gérées pour l'instant, les groupes armés ne représentent pas une menace", assure Thierry Vircoulon. Depuis un an, les rebelles n'ont lancé aucune offensive.

(Re)lire : La guerre antijihadiste au Sahel doit être conduite "d'abord" par les armées africaines, selon Paris

Malgré des relations plutôt stable, "le calendrier de la transition ne sera pas respecté", prédit  le spécialiste de l'Afrique centrale à l'IFRI, Thierry Vircoulon."Doha n'avance pas, un accord sera très difficile à trouver, ce qui repousse la transition", abonde Roland Marchal du Ceri. 

Pourtant, samedi 16 avril, la junte a promis que la date du 10 mai sera maintenue. "Le dialogue attendu par tous doit impérativement déboucher sur des institutions démocratiques", martèle le gouvernement de transition nommé par Mahamat Déby à l'adresse des sceptiques.