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Travailleur étranger : la galère des titres de séjour

Florencia Valdés-Andino est mexicaine. Cela fait douze ans qu'elle vit en France et que, chaque année, elle doit renouveller son"titre de séjour" qui lui permet de rester légalement en France. Là où vit son mari et est née sa fille. 
Florencia Valdés-Andino est mexicaine. Cela fait douze ans qu'elle vit en France et que, chaque année, elle doit renouveller son"titre de séjour" qui lui permet de rester légalement en France. Là où vit son mari et est née sa fille. 
© Florencia Valdés-Andino / TV5MONDE

Florencia Valdés-Andino, journaliste mexicaine, vit en France depuis douze ans.  Chaque année, elle doit renouveler son titre de séjour à la préfecture. Un parcours administratif laborieux et stressant partagé par tous les autres étrangers comme elle. Récit. 

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Son bac en poche, Florencia Valdés-Andino quitte le Honduras, où elle a vécu plusieurs années, pour Toulouse dans le Sud de la France. A 19 ans, elle vient y poursuivre ses études en classe préparatoire littéraire, puis dans une université parisienne avant d’intégrer l'Ecole de Journalisme de Lille (ESJ), reconnue par la profession. Elle retourne ensuite à Paris, travailler, entre autres, à la rédaction de TV5MONDE puis de RFI. Un parcours brillant. 

Comme d’autres étudiants étrangers, Florencia, d'origine mexicaine, renouvelle son titre de séjour chaque année. « Il me permettait de travailler un peu et d’être en situation régulière. Pendant cinq ans, j’étais boursière du gouvernement français. C’est le Centre régional des œuvres universitaires et scolaires de Paris (CROUS) qui faisait les démarches pour moi à la préfecture. Je n'avais, ensuite, qu'à me rendre à la préfecture pour récupérer mon titre de séjour, ça allait vite. »
 

Peu importe, les études brillantes, le parcours professionnel, c’est compliqué pour tout le monde.

 Florencia Valdés-Andino, journaliste mexicaine en France. 

Sa situation administrative évolue quand elle commence à travailler en tant que journaliste. Désormais, c’est un titre de séjour « vie privée, vie familiale » qu’elle doit demander car son conjoint avec qui elle se pacse alors, est français. Une démarche « très stressante ».

« A chaque fois, je dois justifier ma vie commune avec mon compagnon, des factures, un bien acheté ensemble, notre enfant... Quand on arrive le dossier doit être nickel, complet et avec les documents classés dans l’ordre dans lequel on nous demande qu’ils soient. Parfois, on fait face à du personnel très sévère de la préfecture de Paris... Peu importe, les études brillantes, le parcours professionnel, c’est compliqué pour tout le monde de changer de statut. A cette époque, en 2011, il y avait l’histoire des circulaires Guéant qui devaient durcir les critères de délivrance des titres de séjour pour les étudiants non européens. Le climat était très tendu. Des étudiants de Sciences Po, d’écoles d’ingénieurs étaient en sursis ... » , nous rappelle-t-elle. 

En 2016, elle quitte Paris pour habiter en Seine-Saint-Denis. Elle remarque des changements notables dans la prise en charge administrative qu'elle décide de raconter sur un réseau social : « Je raconte tout cela sur Instagram parce que, clairement, renouveler son titre de séjour ce n’est pas la même chose entre Paris et la région parisienne. Ce n’est pas un mythe, les files d'attente liées au nombre restreint de guichets ouverts, l’organisation qui diffère selon les préfectures... Dans ces zones compliquées [ici le 93, ndlr] il y a parfois des gens moins expérimentés, ou qui n’ont pas très envie d’occuper ces postes-là. Il y a aussi beaucoup d’erreurs alors les gens doivent revenir. »

Le 21 août dernier, elle se rend ainsi à la préfecture de son département, à Bobigny, pour récupérer son nouveau titre de séjour qui doit être valable deux ans. Rendez-vous est pris...

 

Contrairement à moi, il y a des 'pros' de la préfecture.

 Florencia Valdés-Andino

Pour récupérer un titre de séjour, un rendez-vous est donné même s'il faut quand même faire la queue.  Mais quand il s'agit de récupérer un récépissé, l'attente peut être très longue. 

« Normalement, l’accueil est ouvert entre 8h30 et 10h30 mais en réalité les gens arrivent avant 6h pour prendre un ticket. Il y en a un nombre limité pour accéder aux guichets. A 9h, il n’y en a souvent déjà plus. Si on arrive trop tard, il faut revenir encore et encore. Contrairement à moi, il existe des pros de la préfecture qui s'y rendent avec un petit banc, un Thermos, un goûter. Il y en a même qui payent des gens qui font la queue à leur place et d'autres qui dorment ici. » 

"Toujours y aller avec son Français blanc"

« Lorsque j'y suis allée pour faire cette demande la première fois, et à chaque renouvellement, mon compagnon doit être là, les deux premières années en tout cas. » Comme elle l'écrit, Florencia emmène "son Français blanc". Visiblement, ça aide, assure-t-elle. 

« Quand je viens renouveler mon titre de séjour, on met le paquet. Je viens avec mon compagnon, ma fille... On sort tous les papiers depuis 5 ans parce qu’on ne sait pas qui on va avoir en face de nous. Le comportement des employés de la préfecture est toujours différent quand je viens avec mon compagnon français, observe-t-elle. Il y a moins d’a priori aussi parce que je suis originaire d’Amérique latine. On m’a déjà "avec vous c’est simple", en me comparant clairement à d’autres personnes d’origines africaines par exemple... » 

 


Le timbre fiscal que l'on paye pour notre titre de séjour pour les étrangers, c’est un peu notre impôt pour vivre ici.

Florencia Valdés-Andino.

​Pour son nouveau titre de séjour, elle doit débourser 269 € - pour deux ans, cette fois, mais ils n'ont pas fait le changement d'adresse. Elle récupère alors un récépissé valide pendant un certain temps. Il faudra revenir. Encore. 

À la maison, mon Français dort. Si l’heure était grave, il serait là.

Florencia Valdés-Andino

Nouveau rendez-vous pris le 9 avril pour récupérer sa carte de séjour... Arrivée à 5h50 du matin cette fois. « Mes compagnons de malheur -surtout des hommes- et moi avons une heure trente devant nous avant l’ouverture et je ne sais pas combien de temps d’attente une fois entrés.» Son mari et sa fille ne l'accompagnent pas cette fois, « il n'y a pas l'enjeu deu renouvellement

« A Bobigny pourtant, on peut maintenant envoyer des mails et on a une réponse en 10 min. On n'a pas besoin de rester pendu au standard téléphonique. Mais je me demande comment font les gens qui ne savent pas écrire en français ou qui parlent très mal cette langue. C’est laborieux et compliqué. Heureusement des associations accompagnent ces personnes. C’est loin d’être simple, en fait c’est l’administration française puissance 4. » 
 


« Je stresse toujours quand j’y vais même si je sais aujourd’hui comment ça marche. Je me demande toujours si ça va marcher, si je vais arriver assez tôt... C’est ton avenir, ta vie ici qui est en jeu et qui tient dans cette petite carte. On pose des questions, mais pas trop. Ces démarches, c'est l'apprentissage de la soumission. »