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Trafic migratoire dans la Manche: vers une "coopération renforcée" européenne avec Londres

Les ministres européens de l'Intérieur en réunion à Calais dans le nord de la France, le dimanche 28 novembre 2021.
Les ministres européens de l'Intérieur en réunion à Calais dans le nord de la France, le dimanche 28 novembre 2021.
© Francois Lo Presti/ Pool Photo via AP

Quatre jours après le naufrage meurtrier dans la Manche, les participants à une réunion européenne d'urgence à Calais sont convenus d'"améliorer la coopération conjointe avec le Royaume-Uni", en dépit de l'absence des Britanniques,  sur fond de tensions persistantes entre Londres et Paris.

Cette rencontre avait lieu en réaction au pire drame migratoire survenu dans la mer séparant la France du Royaume-Uni, qui a couté la vie mercredi à au moins 27 migrants naufragés. 
"Ces morts sont trop nombreux" et "nous ne pouvons pas accepter que d'autres personnes meurent", a déclaré en ouverture le ministre français de l'Intérieur, Gérald Darmanin. 

Étaient réunis les ministres ou responsables chargés de l'immigration allemand, néerlandais et belge, la Commissaire européenne aux Affaires intérieures et les directeurs des agences européennes de police criminelle Europol et des frontières Frontex.

A bord de fragiles embarcations, des migrants tentent presque quotidiennement de rallier les côtes anglaises, un phénomène qui s'est développé depuis 2018 face au bouclage du port de Calais et d'Eurotunnel que les migrants empruntaient en se cachant dans des véhicules.

M. Darmanin a annoncé que l'agence européenne des frontières Frontex allait déployer dès mercredi un avion pour "jour et nuit pouvoir aider les polices française, néerlandaise et belge" surveillant le littoral. 

Dans une déclaration commune, les participants ont "réaffirmé leur engagement à tout mettre en œuvre pour lutter plus efficacement contre les réseaux criminels de passeurs" et reconnu la nécessité "d'améliorer la coopération conjointe avec le Royaume-Uni". 

Réduire "l'attractivité" britannique"

M. Darmanin a lui-même réaffirmé la volonté de la France de "travailler" avec "ses amis et alliés britanniques". 

Mais il leur a demandé de faire plus, notamment en matière de coopération policière, pour réduire "l'attractivité" du marché anglais du travail et pour ouvrir des voies légales aux réfugiés. 

Il avait lui-même désinvité son homologue Priti Patel vendredi, en riposte à une lettre publiée jeudi soir sur Twitter par Boris Johnson, demandant à Paris de reprendre les migrants arrivant de France en Grande-Bretagne. La lettre évoquait également des patrouilles policières conjointes sur la côte nord de la France.

La grande absente, la ministre britannique de l'Intérieur Priti Patel, a annoncé dimanche sur Twitter des "entretiens urgents avec (ses) homologues européens" la semaine prochaine, "pour éviter de nouvelles tragédies dans la Manche". Elle a indiqué avoir commencé dimanche par une discussion avec Ankie Broekers-Knols, son homologue des Pays-Bas, présente à Calais. 

"La mort de ces 27 personnes doit être un appel clair à coopérer", a insisté Mme Patel dans une tribune dans The Sun, pour qui le travail conjoint de Londres et Paris "a permis d'éviter plus de 20.000 traversées cette année" et de procéder "à plus de 400 arrestations" depuis 2020.  "Mais nous pouvons en faire beaucoup plus", a-t-elle dit.

"La relation avec le Royaume-Uni n'est pas facile mais nécessaire, notre géographie nous pousse à travailler ensemble", a admis M. Darmanin, qui a de nouveau contesté "des déclarations et actes publics" britanniques "qui ne rendent pas faciles nos collaborations". 

Il a aussi évoqué une réunion lundi sur la question autour d'Emmanuel Macron.

Avant la réunion, Londres et Paris avaient été critiqués pour se quereller au lieu de travailler ensemble. 

"Les deux pays jouent à se rejeter la faute pendant que les enfants se noient" a déclaré à Sky News la porte-parole des affaires étrangères du parti travailliste de l'opposition britannique Lisa Nandy.

"Empêcher le chaos"

A Calais, un haut responsable du ministère allemand de l'Intérieur a jugé "urgent" que soit conclu "un accord post-Dublin entre l'Union européenne et la Grande-Bretagne". 

Stephan Mayer, secrétaire d'État parlementaire au Ministère fédéral de l'Intérieur, faisait référence au règlement européen dit "Dublin", qui confie au premier pays d'entrée d'un migrant dans l'UE la responsabilité de traiter sa demande d'asile, mais qui a cessé de s'appliquer au Royaume-Uni depuis le 1er janvier.

Il est "important de travailler, bien sûr, en étroite collaboration avec le Royaume-Uni, nous devons prévenir la perte de vies. Nous devons empêcher le chaos de venir à nos frontières extérieures", a conclu Yvla Johansson, la commissaire européenne chargée des affaires intérieures. 

A l'écart de la mairie de Calais, une quarantaine de manifestants ont scandé "Darmanin assassin, t'as du sang sur les mains" à l'arrivée des ministres. "Cette frontière tue depuis trop longtemps", pouvait-on lire sur une banderoles.

L'enquête sur le naufrage est menée à la Juridiction nationale chargée de la lutte contre la criminalité organisée à Paris. Mais rien n'a encore filtré, ni sur la nationalité des victimes ni sur les causes du drame. 

Une jeune Kurde irakienne figure parmi les victimes, selon sa famille interrogée par l'AFP à Soran, en Irak. Seuls un Irakien et un Somalien ont été sauvés du naufrage.

Commentaire : François Guennoc, président de l'association L'Auberge des migrants

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