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Uber et Lyft bientôt contraints de requalifier leurs chauffeurs en salariés en Californie?

Des chauffeurs Lyft et Uber manifestent devant le siège d'Uber à San Francisco, en Californie
Des chauffeurs Lyft et Uber manifestent devant le siège d'Uber à San Francisco, en Californie
afp.com - JUSTIN SULLIVAN
Le logo d'Uber sur une voiture à Washington, le 9 juillet 2019
Le logo d'Uber sur une voiture à Washington, le 9 juillet 2019
afp.com - Alastair Pike

Le parlement de Californie a porté un coup dur aux porte-drapeaux de la "gig economy", l'économie des employés indépendants, comme Uber ou Lyft, dont les chauffeurs aujourd'hui sans protection ni garanties pourraient bientôt bénéficier du statut d'employé. Un exemple qui pourrait avoir un effet boule de neige.

Le Sénat californien a adopté mardi soir, à 29 voix pour et 11 contre, un projet de loi qui pourrait contraindre les géants de la réservation de voitures à requalifier les chauffeurs de VTC en employés, alors qu'ils sont pour l'heure considérés comme des travailleurs indépendants.

Le texte doit désormais être approuvé par le gouverneur de l'Etat Gavin Newsom, qui s'y est déjà déclaré favorable.

Selon le Wall Street Journal, M. Newsom a toutefois affirmé avoir l'intention de "rester à la table des négociations et de continuer à négocier" même s'il ne parvenait pas à trouver un accord avec Uber et Lyft avant la fin de la session parlementaire.

A la Bourse new-yorkaise, l'action de Lyft a gagné 2,38% et celle de Uber 1,46%. Ces deux titres en ont bien besoin ayant affiché des performances médiocres depuis leur entrée en bourse et continuant à enregistrer de lourdes pertes trimestre après trimestre.

- Protéger les chauffeurs -

Uber a réagi mercredi en contestant que le nouveau texte entraînerait une requalification automatique de ses conducteurs en employés.

"Le projet de loi ajoute un nouveau test légal au code du travail californien qui devra être utilisé pour déterminer si un travailleur est qualifié d'indépendant ou d'employé", a défendu Tony West, le directeur juridique d'Uber.

Uber comme Lyft s'opposent à tout changement de statut de leurs conducteurs.

Les deux groupes ont d'ailleurs confirmé qu'ils organiseraient un vote populaire, comme l'autorise la loi californienne, afin de "demander aux électeurs de soutenir les mesures favorables aux chauffeurs", selon M. West.

Mais pour Lorena Gonzalez, membre démocrate du Sénat de Californie à l'origine du texte, le projet vise justement à protéger les conducteurs et à forcer les entreprises à payer leurs charges sociales.

"On ne peut pas rester sans rien faire alors que ces entreprises font payer aux contribuables californiens et aux entreprises responsables leurs charges et privent des millions de travailleurs des protections du droit du travail auxquelles ils ont droit", a indiqué Mme Gonzalez dans un communiqué.

En cas d'adoption, cette loi, qui entrerait en vigueur le 1er janvier 2020, pourrait remodeler en profondeur l'économie du partage et valoir d'exemple aux Etats-Unis et dans le monde entier.

"C'est une bonne nouvelle pour les conducteurs et leurs défenseurs lorsque les législateurs écoutent et se mettent à travailler pour eux après des années d'efforts", a commenté Moira Muntz, porte-parole d'un syndicat de chauffeurs de VTC à New York.

- Filet de sécurité -

Lyft et Uber défendent l'idée selon laquelle un grand nombre de leurs conducteurs souhaitent travailler aux horaires de leur choix sans les contraintes d'un emploi à plein temps.

Pour Arun Sundararajan, professeur à la New York University et auteur de l'ouvrage "The Sharing Economy" (l'économie du partage) les législateurs californiens n'ont pas réussi à proposer des avantages sociaux aux conducteurs tout en préservant la flexibilité de l'emploi propre à la "gig economy".

Ce texte "affectera toutes les plateformes via une hausse des coûts structurels", a indiqué M. Sundararajan à l'AFP.

"Mais il affectera particulièrement les plus petites plateformes qui auront moins la possibilité de répartir la demande au sein de leurs effectifs", a ajouté l'universitaire.

En plus d'une hausse des prix, M. Sundararajan estime que la nouvelle loi "rendrait virtuellement impossible" l'émergence d'un nouveau concurrent dans le secteur des réservations de voiture en ligne.

Mais pour l'expert, cette industrie devrait continuer sa croissance en dépit des restrictions législatives.

"Je ne dirais pas qu'il s'agit d'un tournant", a-t-il souligné. Cela veut simplement dire qu'il y a encore beaucoup de travail pour façonner un filet de sécurité sociale", a-t-il souligné.