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Ukraine : Himars, des lance-roquettes américains redoutables pour Moscou ?

Un tir de lance-roquettes Himars depuis un véhicule blindé lors de manoeuvres militaires "African Lion" conjointes à 9 pays et l'OTAN, le 9 juin 2021, dans le sud-est du Maroc.
Un tir de lance-roquettes Himars depuis un véhicule blindé lors de manoeuvres militaires "African Lion" conjointes à 9 pays et l'OTAN, le 9 juin 2021, dans le sud-est du Maroc.
(AP Photo/Mosa'ab Elshamy)

Les Etats-Unis ont annoncé mardi l'envoi de systèmes de lance-roquettes multiples (Himars) à l'Ukraine, mais leur capacité à vraiment changer la donne sur le terrain face à l'armée russe n'est pas si évidente.

Le président américain Joe Biden a écrit mardi dans le New York Times que son pays allait "fournir aux Ukrainiens des systèmes de missiles plus avancés et des munitions qui leur permettront de toucher plus précisément des objectifs clé sur le champ de bataille en Ukraine".

L'annonce concerne des Himars, un système de lance-roquettes mobile -- montés sur des blindés légers -- qui peut tirer de nombreux missiles en même temps. Les armées russe et ukrainienne utilisent déjà des outils similaires, mais les systèmes américains Himars ont une portée plus lointaine et sont plus précis.

Ceux qui seront cette fois livrés à Kiev ont une portée limitée à environ 80 km, selon un haut responsable de la Maison Blanche. Washington ne souhaitait pas que l'armée ukrainienne puisse tirer sur des cibles dans le territoire russe. "Nous n'allons pas envoyer à l'Ukraine des systèmes de roquettes pouvant frapper à l'intérieur de la Russie", avait déclaré Joe Biden à des journalistes lundi matin.

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Que comprend le nouveau paquet de 700 millions de dollars d'aide militaire des Etats-Unis ?

Selon le Pentagone, outre les 4 lance-roquettes multiples montés sur des blindés légers ou systèmes Himars, les Etats-Unis vont fournir à l'Ukraine :

1.000 missiles anti-chars Javelin supplémentaires ,
4 hélicoptères Mi-17,
5 radars de contre-artillerie, 
2 radars de surveillance aérienne,
6.000 autres armes anti-blindés,
15.000 obus d'artillerie,
15 véhicules tactiques.
Le nouveau paquet porte à 4,6 milliards de dollars le total de l'aide sécuritaire américaine à l'Ukraine depuis l'invasion par la Russie le 24 février.

De quelles armes s'agit-il?

Les Etats-Unis vont fournir 4 systèmes Himars, a annoncé mercredi le Pentagone. Les systèmes M142 Himars sont une version modernisée, allégée et montée sur blindé léger du M270 MLRS, monté sur chaînes et développée dans les années 1970 par les Etats-Unis et leurs alliés. 

Les Himars peuvent porter deux types de stations de lancement de missiles: l'une permet de lancer en même temps six missiles guidés de 227 mm, l'autre d'un seul missile tactique ATACMS, à plus longue portée.

Une petite équipe peut recharger seule les missiles en quelques minutes. Cela nécessitera une formation d'environ trois semaines des soldats ukrainiens, selon le sous-secrétaire à la Défense Colin Kahl. En plus des trois semaines de formation, il a affirmé que l'entretien de l'équipement pourrait nécessiter deux semaines supplémentaires.

qui pourraient donner aux Ukrainiens un avantage en termes de distance et de précision dans la bataille du Donbass.

Le Himars rééquilibrerait le rapport de force

Un haut responsable américain

L'armée américaine a des Himars déjà stationnés en Europe. La Pologne et la Roumanie, membres de l'Otan, en sont également dotés. 

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Pourquoi sont-ils si attendus?

Les lance-roquettes multiples américains permettront aux forces armées ukrainiennes de frapper en profondeur les positions russes tout en disposant leurs batteries plus loin du front. Les missiles tirés par six depuis le Himars sont guidés par GPS et possèdent une portée environ deux fois plus élevée que celle des canons classique à obus déjà fournis par les Etats-Unis, les M777 Howitzer.
Cette portée permet de disposer les batteries hors de portée de l'artillerie russe tout en pouvant, à l'inverse, les frapper. Ces missiles pourraient également bombarder des dépôts logistiques de l'armée russe, loin derrière leurs lignes.

Mais les Etats-Unis ne vont pas fournir à Kiev les missiles tactiques ATACMS, d'une portée de 300 km. Pour des spécialistes, les Himars pourraient changer le rapport de force militaire sur le terrain, alors que l'armée ukrainienne semble reculer dans le Donbass face à la puissance de feu de Moscou. D'autres analystes préfèrent rester plus prudents sur l'impact d'une telle arme après plus de trois mois de guerre.
"Le Himars rééquilibrerait le rapport de force", a estimé un haut responsable américain.

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Pourquoi Washington limite-t-il leur portée?

Depuis le début de l'invasion russe le 24 février, les Etats-Unis ont aidé l'Ukraine tout en évitant à tout prix de mener toute action pouvant être vu comme une provocation par la Russie - de crainte que le conflit ne s'étende au-delà des frontières de l'Ukraine.
Cela s'est notamment traduit par le refus de cautionner ouvertement des frappes ukrainiennes au sein du territoire russe. Avec des missiles, des drones et des hélicoptères, les forces de Kiev ont déjà mené des attaques au sein des provinces russes limitrophes.
Si Washington avait décidé la livraison des missiles ATACMS à longue portée avec les systèmes Himars, Kiev aurait théoriquement pu viser de grandes villes et centres militaires russes, et notamment des bases aériennes utilisées pour attaquer l'Ukraine.

Voir aussi : Ukraine : faut-il donner plus d'armes aux Ukrainiens

La réaction de la Russie

Le Kremlin a accusé mercredi Washington de "jeter de l'huile sur le feu" après l'annonce de la livraison de systèmes de missiles américains à Kiev pour repousser l'offensive russe en Ukraine.
"La ligne des Etats-Unis est de combattre la Russie jusqu'au dernier Ukrainien. De telles livraisons n'encouragent pas les dirigeants ukrainiens à vouloir relancer les négociations de paix", a déclaré le porte-parole de la présidence russe, Dmitri Peskov.

Mercredi, le vice-ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Riabkov, a laissé entendre que ces livraisons pouvaient accroître le risque d'une confrontation directe entre Washington et Moscou. "Toutes les livraisons d'armes, qui se poursuivent et sont croissantes, augmentent les risques d'un tel développement", a-t-il affirmé, cité par l'agence de presse RIA-Novosti.