Info

Ukraine : l'UE s'étonne de voir les États-Unis "dramatiser" la situation

Un convoi de véhicules blindés russes circule sur une autoroute en Crimée, le 18 janvier 2022. 
Un convoi de véhicules blindés russes circule sur une autoroute en Crimée, le 18 janvier 2022. 
AP

L'Union européenne a fait part de son incompréhension, lundi 24 janvier, concernant les mesures prises par les États-Unis en Ukraine. Ces derniers viennent d'ordonner le rapatriement des familles de diplomates à Kiev, justifié par une invasion russe pouvant survenir « à tout moment ». De son côté, l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (Otan) a annoncé un renforcement de ses défenses à l'Est. Moscou dénonce une volonté « d'exacerber les tensions » avec des informations «hystériques ».

« Le 24 janvier, le département d'État américain a autorisé le départ volontaire ("départ autorisé") des employés du gouvernement américain et a ordonné le départ des membres de leur famille ("départ ordonné") des employés du gouvernement américain à l'ambassade des États-Unis à Kiev, avec effet immédiat. »
Le communiqué, publié la veille, en dit long sur la tension diplomatique instauré par les Etats-Unis dans la crise qui l’oppose à la Russie sur la situation ukrainienne. Une escalade que d’aucuns spécialistes sur place considère comme exacerbée au regard du risque réel sur la sécurité physique de la population.
Dans la foulée, Le Royaume-Uni et l’Australie ont emboîté le pas de Washington. Londres entame le rapatriement d’une partie de son personnel diplomatique à Kiev.
Par la voix de son ambassadeur local, Canberra encourage ses ressortissants à quitter le territoire « en raison du risque de conflit armé. »

L’Europe se désolidarise

Kiev a jugé ce rappel « excessif » et « prématuré ». Surpris également, les pays de l'Union européenne (UE) attendaient, lundi, des explications du secrétaire d'Etat américain, Antony Blinken, sur les motivations d’une telle décision.

Ce dernier doit, via une visioconférence pendant une réunion des ministres des Affaires étrangères des Vingt-Sept, rapporter le contenu des « pourparlers francs » qu'il a tenus vendredi 21 janvier, avec son homologue russe Sergueï Lavrov. « Il nous expliquera les raisons de cette annonce. Nous n'allons pas faire la même chose, car nous ne connaissons pas les raisons spécifiques », a déclaré le Haut représentant pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, Josep Borrell.

Le chef de la diplomatie s’est d’ailleurs désolidarisé de cette manœuvre. « Je ne pense pas qu'on devrait dramatiser dans la mesure où les négociations se poursuivent et elles se poursuivent », a-t-il justifié.

Dans la même veine, le doyen des ministres des Affaires étrangères européen, le Luxembourgeois, Jean Asselborn, appelle au calme. « Il ne faut pas se mettre dans la logique d'une guerre. Il faut éviter la guerre. »

(Re)voir : Entre Ukraine et Russie : quelles forces en présence ?
Chargement du lecteur...

La France conseille de « différer » les déplacements

La France, qui a « pris note des annonces effectuées par les États-Unis et le Royaume-Uni concernant la situation de leur personnel diplomatique en Ukraine et de leur famille », ne se place pas non plus dans cette posture extrême.
Dans ses conseils aux voyageurs, le ministère des Affaires étrangères recommande toutefois d’éviter les déplacements non-essentiels dans le pays. « Dans la mesure du possible, il est conseillé de différer les déplacements sans caractère indispensable ou urgent en Ukraine, y est-il notifié. Dans le contexte des tensions créées par la concentration de troupes russes aux frontières de l'Ukraine, il est recommandé de faire preuve d’une vigilance renforcée et il est formellement déconseillé de se rendre dans les zones frontalières du nord et de l'est du pays. »
 

« Hystérie » et renforcement des forces otaniennes

Pour ajouter au climat déjà tendu, l’Otan engage un renforcement de ses forces en attente. Navires et avions de combats sont dépêchés en renfort aux frontières des pays d’Europe de l’Est. À noter que l'Alliance dispose d'une force de réaction rapide de 40.000 soldats actuellement sous commandement français.
Depuis Moscou, « les annonces et les actions concrètes des États-Unis et l'Otan » ces agissements sont vus comme une tentative d’exacerber les tensions. Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, déplore « une hystérie » en Europe sur une supposée invasion russe imminente de l'Ukraine.

Il a, en outre, jugé « très élevé » le risque d'une offensive des troupes ukrainiennes contre les séparatistes pro-russes du Donbass.

Russes et Américains ont convenu d'un nouveau rendez-vous cette semaine. Antony Blinken s'est engagé à « coucher des idées sur le papier » en réponse aux demandes de Moscou pour la sécurité en Europe.