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Ukraine : Kiev dénonce des troupes russes à sa frontière, la tension monte entre Washington et Moscou

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky dans la région du Donetsk (Ukraine), le 11/02/21. 
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky dans la région du Donetsk (Ukraine), le 11/02/21. 
Ukrainian Presidential Press Office via AP.

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a accusé jeudi 1 er avril la Russie d'accumuler des troupes à la frontière de son pays. Washington, allié de Kiev, et Moscou, allié des séparatistes russophones, se mettent mutuellement en garde, chaque camp rejettant sur l'autre la responsabilité du regain de tensions.

Nouvelles tensions entre Kiev et Moscou. Ces derniers jours, les responsables ukrainiens et américains ont fait état de mouvements de troupes russes près de la frontière ukrainienne. La réponse de la Russie ne s'est pas faite attendre. Elle a souligné que Moscou déplaçait ses troupes comme elle l'entendait, mais a affirmé que Kiev et les Occidentaux ne devaient pas "s'inquiéter" de ces mouvements.

La démonstration de force sous forme d'exercices militaires et de possibles provocations le long de la frontière est l'occupation traditionnelle de la Russie.

Volodymyr Zelensky, président ukrainien.

Moscou "tente de créer une ambiance menaçante et de faire pression" sur l'Ukraine, a-t-il poursuivi tout en appelant à une nouvelle trêve sur la ligne de front avec les séparatistes prorusses, dont la Russie est considérée comme le soutien militaire.

Washington met en garde Moscou

De son côté, le porte-parole de la diplomatie américaine Ned Price a mis en garde Moscou contre toute "tout acte agressif qui aurait pour but d'intimider ou menacer" l'Ukraine, se disant "préoccupé" par les "récentes escalades d'actes agressifs et provocateurs" de la Russie.

Pour sa part, le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov a estimé que "la Russie déplace ses forces armées sur son territoire comme elle l'entend", ajoutant que "cela ne représente une menace pour personne et ne doit inquiéter personne".

Ukrainiens et Américains ont fait état de récents mouvements de troupes russes en Crimée, péninsule annexée par Moscou en 2014, et à la frontière russo-ukrainienne près des territoires contrôlés par les séparatistes prorusses.

Les deux camps se rejettent la responsabilité

Après une trêve record durant la deuxième moitié de 2020, la guerre dans l'est de l'Ukraine a vu depuis janvier une multiplication des heurts. Les deux camps s'imputent la responsabilité de l'escalade.

Vingt soldats ukrainiens ont été tués et cinquante-sept blessés depuis le début de l'année, a indiqué le président Zelensky alors que Kiev avait fait état de cinquante soldats tués sur toute l'année 2020. Un soldat a encore été blessé jeudi 1 er avril, selon l'armée.

Le renseignement militaire ukrainien a lui accusé jeudi Moscou de préparer "l'entrée" de ses "forces armées régulières" dans les territoires séparatistes "au motif d'y protéger" les habitants, auxquels la Russie a distribué des centaines de milliers de ses passeports.

Les troupes russes pourraient "tenter de pénétrer plus loin dans le territoire ukrainien", a ajouté le service.

Les Russes sont en train de travailler sur la compatibilité de leur armée avec les troupes séparatistes. Leurs unités militaires seront prêts à attaquer dès la mi-avril.

Haut responsable ukrainien sous couvert d'anonymat.

"Une crise imminente potentielle" selon le Pentagone 

Un responsable de la présidence ukrainienne, Roman Machovets, a suggéré durant une rencontre avec le représentant de l'Otan en Ukraine d'organiser des manoeuvres militaires et des patrouilles aériennes conjointes pour "stabiliser la situation dans la région".

Témoignant de la préoccupation croissante de l'Occident, le secrétaire américain à la Défense Lloyd Austin a téléphoné jeudi 1 er avril à son homologue ukrainien Andriy Tara et le chef de la diplomatie ukrainienne Dmytro Kouleba a discuté avec son homologue canadien Marc Garneau.

La veille, le chef d'état-major des armées américaines, le général Mark Milley, s'était déjà entretenu avec le chef d'état-major russe Valéri Guérassimov, et avec le commandant en chef des forces armées ukrainiennes Rouslan Khomtchak.

Ce dernier avait dénoncé mardi 30 avril "une menace pour la sécurité militaire" ukrainienne, affirmant que les séparatistes comptaient 28.000 combattants et "plus de 2.000 instructeurs et conseillers militaires" russes.

Moscou, qui impute la flambée des violences dans l'est de l'Ukraine aux autorités de Kiev, a toujours nié avoir eu des hommes ou des armes sur le terrain.  

Le Pentagone a quant à lui indiqué cette semaine que les forces américaines en Europe avaient été placées en phase de surveillance renforcée contre une "crise imminente potentielle" et que les Etats-Unis avaient évoqué les tensions en Ukraine avec leurs partenaires de l'Otan.

A son tour, Moscou met en garde les Occidentaux 

Réponse du berger à la bergère, le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a rétorqué vendredi que Moscou prendrait "toutes les mesures nécessaires" en cas d'ingérence militaire occidentale en Ukraine, ex-république soviétique considérée par la Russie comme faisant partie de sa sphère d'influence.

Il a ensuite répété que "la Russie ne menace personne et n'a jamais menacé personne", mettant l'escalade des tensions sur le dos des "provocations répétées des forces armées ukrainiennes" contre les séparatistes.

Parallèlement, l'armée russe a annoncé vendredi des exercices militaires destinés à simuler la défense face à une attaque de drones, dans une région située près de l'Ukraine. 

Plus tôt le vice-ministre russe des Affaires étrangères, Andreï Roudenko a lui assuré que Moscou ne voulait pas d'un conflit armé avec Kiev mais averti l'Ukraine de "faire preuve de prudence" et "s'abstenir de mesures qui provoqueraient un conflit".

Dans les prochains mois, il y aura un exercice d'équilibriste: nous menacerons d'être fous et sur le point de déclencher une guerre.

Alexandre Golts, analyste militaire russe

Un coup de bluff des troupes russes ?

Pour l'analyste militaire russe Alexandre Golts, les mouvements de troupes russes et la menace d'une escalade sont destinés à "servir d'instrument de négociation diplomatique avec l'Occident" en cette période de tensions et de sanctions.

"Dans les prochains mois, il y aura un exercice d'équilibriste: nous menacerons d'être fous et sur le point de déclencher une guerre", a-t-il expliqué à l'AFP.

Signe pour lui qu'il s'agit d'un bluff: les troupes russes en question, quelques milliers selon les médias, ne seraient pas suffisantes pour une véritable offensive. Et surtout, la météo pluvieuse en Ukraine à cette période de l'année rend difficile tout déplacement de matériel militaire.

Malgré ses dénégations, la Russie est largement considérée comme le soutien financier et militaire des séparatistes et accusée par Kiev d'avoir fait combattre ses troupes régulières au cours du conflit.

La France, qui a un rôle de médiateur avec Berlin dans le conflit ukrainien, a dit pour sa part vendredi ne pas croire à une escalade des tensions tout en restant "très prudente".

Malgré des accords de paix signés en 2015 à Minsk et plusieurs rencontres entre les dirigeants russe et ukrainien sous parrainage allemand et français, le règlement politique du conflit est au point mort.

La guerre en Ukraine, qui a fait plus de 13.000 morts, a commencé en 2014 après l'arrivée au pouvoir à Kiev de pro-occidentaux, qui avait été suivie de l'annexion de la Crimée par Moscou.