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Un G20 qui laisse planer le doute sur la COP26 ?

<p>Des manifestants se rassemblent pour rappeler l'urgence climatique aux chefs d'États réunis lors du G20 de Rome, le 22 juillet 2021, à Naples.</p>

Des manifestants se rassemblent pour rappeler l'urgence climatique aux chefs d'États réunis lors du G20 de Rome, le 22 juillet 2021, à Naples.

AP/Salvatore Laporta

Les engagements climatiques annoncés à l’issue du G20 sont-ils suffisants face aux préconisations scientifiques et pour amorcer une dynamique favorable à l'ouverture de la COP26 ? Outre le manque d'ambition de certains Etats les plus industrialisés pour limiter leurs émissions de gaz à effet de serre, le déroulement de la conférence sur le climat pourrait aussi être impacté par des tensions en cours entre certaines puissances.

À quelques heures de l'ouverture de la COP26, c'est l'heure des comptes au G20 de Rome : les dirigeants des grandes économies de la planète se réunissent une dernière fois aujourd’hui pour d’ultimes négociations sur leurs engagements climatiques.

Le G20 représente près de 80% des émissions polluantes mondiales. Ses chefs d'État devront donner le ton avant de rejoindre Glasgow pour le sommet climat de l'ONU. "Les yeux de milliards de personnes, de peuples entiers, sont braqués sur nous et sur les résultats que nous pouvons obtenir", a averti le président italien Sergio Mattarella pendant le Sommet.

Si les dirigeants du G20 ont montré que même sur les sujets les plus épineux, ils pouvaient surmonter leurs différends - en approuvant une taxation minimale de 15% sur les multinationales -, les engagements sur le climat pourraient, eux, ne pas relever de la même ambition.

Les premières conclusions du Sommet du G20 affirment un objectif de +1,5°C de réchauffement par rapport aux niveaux pré-industriels, soit un scénario plus contraignant que dans l'accord de Paris qui met lui la barre "bien en-deça de 2°C", "si possible à 1,5°C". Reste que  la question serait de connaître les moyens concrets afin d'y parvenir pour donner l'impulsion nécessaire à quelques heures de l’ouverture de la COP26.  "Nous sommes fiers de ces résultats, mais nous devons avoir en tête que ce n'est que le début", s'est félicité le premier ministre italien Mario Draghi

Flambée des prix de l’énergie

Depuis le début de l’automne, l’Europe fait face à une flambée des prix de l’énergie. L'explosion des prix du gaz a notamment entraîné dans son sillage les prix de l'électricité tandis que les carburants augmentent, dans un contexte de hausse de la demande avec la reprise post-Covid et l'approche de l'hiver.

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Le prix du gazole a battu son record historique, à 1,5583 euro le litre, tandis que le sans plomb 95 tutoie ses sommets de 2012, à 1,6287 euro. Cette raréfaction des combustibles conduirait à encourager les pays producteurs d’hydrocarbures à approvisionner le marché, afin de retrouver une stabilité des prix.

Le projet de communiqué final du G20 proclame la fin du financement public à l'international pour de nouvelles centrales électriques au charbon d'ici la fin de 2021. Cependant, le charbon peu coûteux reste très utilisé par l’Inde et la Chine, respectivement dépendant à 70% et 60% dans leur production d’électricité. L’agence de planification chinoise a par ailleurs donné son feu vert en août dernier au redémarrage de quinze mines sur le territoire qui permettront de fournir environ 44 millions de tonnes de charbon par an.

En fait la transition énergétique reste sur la feuille de route du G20, notamment pour les pays occidentaux, mais la Chine, plus gros pollueur mondial, ne compte faire baisser ses émissions de gaz à effet de serre qu’à partir de 2030.

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Si les premières conclusions du Sommet du G20 confirment un maintien de l’objectif de +1,5°C de réchauffement par rapport aux niveaux pré-industriels, la question serait de connaître les moyens concrets afin d'y parvenir. Or des conclusions en demi-teinte pourraient ne pas donner l'impulsion nécessaire à quelques heures de l’ouverture de la COP26.

Sommet sur fond de tensions

En marge du sommet du G20 à Rome, des rencontres bilatérales très attendues se sont tenues entre pays ayant des différends profonds. C'est le cas de la rencontre ce dimanche entre le premier ministre britannique Boris Johnson et le président français Emmanuel Macron qui devait marquer une" désescalade" selon le mot de l'Elysée. Mais côté britannique, Paris doit d'abord retirer ses menaces de représailles. La veille, Boris Johnson s'était plaint auprès de la cheffe de l'exécutif européen Ursula von der Leyen des menaces « complètement injustifiées » de Paris à propos des licences de pêche et envisagerait de mettre en oeuvre des « contrôles rigoureux » sur les bateaux européens.

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Alors que l'accord post-Brexit prévoit que les pêcheurs européens puissent continuer à travailler dans certaines eaux britanniques, la France reproche au Royaume-Uni d'accorder trop peu de licences post-Brexit à ses pêcheurs. Elle a aussi promis, faute d’amélioration, d'interdire aux navires de pêche britanniques de débarquer leur cargaison dans les ports français et de renforcer les contrôles douaniers de camions. Dans ce contexte tendu, les deux dirigeants se sont accordés à voir réussir la COP26. Une trêve qui reste à prouver.

Autre rivalité, le chef de la diplomatie américaine Antony Blinken rencontre, lui, son homologue chinois Wang Yi en marge du Sommet de Rome. Cette rencontre n'est que la deuxième entre les deux hommes, dans un contexte de fortes tensions entre les deux superpuissances. La précédente avait eu lieu en mars en Alaska, aux Etats-Unis, et la délégation chinoise avait réprimandé la partie américaine devant les caméras de télévision.

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Les passes d'armes se sont multipliées ces derniers jours entre la Chine et les États-Unis notamment sur le sort de Taïwan. La présidente de l’île, Tsai Ing-wen, a par ailleurs confirmé la présence sur son territoire d'un petit nombre de soldats américains venus entraîner son armée. Un événement qui avait suscité l'ire de Pékin.

Si les deux plus grandes économies du monde mais aussi les deux plus gros pollueurs s'opposent sur plusieurs fronts, (le commerce, les droits humains, Taïwan, la pandémie de Covid-19...), Anthony Blinken a annoncé vouloir mettre l'accent sur les sujets sur lesquels les intérêts des deux pays se rencontrent comme la Corée du Nord, la Birmanie, l'Iran, l'Afghanistan ou encore... la crise climatique.