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Un "héros" sans-papiers tunisien échappe in extremis à l'expulsion : quel acte de bravoure doit-on accomplir pour demeurer en France ?

La Prefecture de Cergy.
La Prefecture de Cergy.

Bien avant le héros-acrobate malien Mamoudou Gassama honoré par Emmanuel Macron, un sans-papier tunisien de 25 ans, Mohamed Aymen Latrous, avait sauvé en 2015 deux enfants des flammes en région parisienne. Sa ville l'avait décoré pour sa bravoure mais son acte n'avait pas été filmé et nul grand média n'en avait parlé. Il devait être expulsé. La préfecture sous pression a décidé de "rééxaminer" son cas.

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Mohamed Aymen Latrous, un sans-papiers tunisien de 25 ans qui avait sauvé deux enfants des flammes en 2015 à Fosses dans le Val-d'Oise était sous la menace d'une expulsion. Une mobilisation et la médiatisation de son sort ont ammené ce 4 juin au soir la préfecture à se déjuger.

D'après Le Parisien, le jeune homme de 25 ans est arrivé en France en 2013, avec un diplôme d'informatique en poche. En avril 2015, avec deux amis, il avait porté secours à deux enfants en bas âge qui étaient confinés dans une pièce de leur appartement dont la cuisine était en flammes, après avoir entendu les appels à l'aide de leur mère.

Un sauvetage qui, contrairement à l'acte de Mamoudou Gassama, le jeune migrant malien qui a été régularisé après avoir été élevé au rang de "héros" pour avoir sauvé un enfant à Paris, n'a pas été filmé. 

Les trois hommes avaient quitté discrètement les lieux et la mère avait lancé un appel pour les retrouver. Le maire communiste de cette commune de grande banlieue parisienne, Pierre Barros, l'avait distingué en lui remettant la médaille de la ville lors d'une cérémonie organisée quelques semaines plus tard.

Puis, en 2017, il avait écrit à la sous-préfecture de Sarcelles pour appuyer sa demande d'un titre de séjour, rappelant le courage dont il avait fait preuve. D'après son avocate, Me Philippine Parastatis, la préfecture avait d'abord répondu qu'il pouvait demander son "admission au séjour pour motif exceptionnel" en raison du service qu'il avait rendu à la collectivité.

Mais en janvier, la même préfecture conclut à un refus de séjour et lui délivre une "obligation de quitter le territoire français" (OQTF).

Son avocate a alors déposé un recours devant le tribunal administratif, ce qui suspend l'OQTF. "Mais s'il est contrôlé demain, il peut être placé en rétention et expulsé", expliquait-elle à l'AFP.

« Je lance un appel au président de la République afin d’être reçue et pour qu’il m’explique comment hiérarchiser les actes de bravoure », avait-elle déclaré dimanche au Parisien à l'adresse d'Emmanuel Macron. « Faut-il considérer que sauver un bébé en escaladant un immeuble est plus héroïque que braver les flammes pour sauver deux enfants ? Quelle malchance de ne pas avoir été filmé ! »

L'ébruitement du scandale depuis vingt-quatre heures a visiblement eu pour effet d'embarasser les autorité politico-administratives, atteintes ce lundi d'une poussée d'humanité.

"On s'efforce de rassembler le maximum d'éléments corroborant cet acte de bravoure, notamment auprès des pompiers, pour prendre une décision sur l'abrogation de l'OQTF, ce qui devrait être fait dans la journée", avait déclaré lundi à l'AFP la directrice de cabinet du préfet du Val-d'Oise. 

Dans un communiqué alambiqué publié lundi soir, ce dernier annonce avoir "décidé de procéder à un réexamen de la situation de l'intéressé", le jeune homme s'étant vu promettre récemment une embauche "en CDI à temps plein dans une société du Val-d'Oise". "En conséquence, une abrogation de l'OQTF va être notifiée à M. Latrous", est-il ajouté. Rien à voir, donc, avec une quelconque pression extérieure ...

Le préfet précise tout de même que "la nouvelle instruction de la demande de titre de séjour qui suivra aussitôt tiendra nécessairement compte de l'acte positif et altruiste par lequel M. Latrous s'est distingué en 2015". 

Avant le communiqué de la préfecture, Me Parastatis avait déploré qu'"il faille que ce soit médiatisé pour qu'il y ait une solution".