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Vaccin contre le paludisme : "Il ne faut pas négliger les autres outils" contre la maladie

L'OMS a donné son feu vert au déploiement d'un vaccin contre le paludisme pour les enfants sur l'ensemble de l'Afrique subsaharienne. Depuis 2019, ce vaccin était déployé dans trois pays témoins : le Ghana, le Kenya et le Malawi. 
L'OMS a donné son feu vert au déploiement d'un vaccin contre le paludisme pour les enfants sur l'ensemble de l'Afrique subsaharienne. Depuis 2019, ce vaccin était déployé dans trois pays témoins : le Ghana, le Kenya et le Malawi. 
Jerome Delay / AP

Pour la première fois, un vaccin contre le paludisme va être déployé chez les enfants. Après deux ans de tests dans trois pays pilotes en Afrique subsaharienne, le déploiement de ce vaccin concerne l'ensemble de cette zone géographique, car la maladie y circule toute l'année. Pour Francine Ntoumi, épidémiologiste congolaise spécialiste du paludisme, il s'agit d'un outil de prévention supplémentaire, mais la lutte contre le virus est loin d'être terminée. 
 

Le directeur général de l'OMS, Tedros Ahanom Ghebreyesus qualifie l'événement de "moment historique" : un vaccin contre le paludisme doit être déployé pour la première fois sur l'ensemble de l'Afrique subsaharienne, où la transmission du virus est modérée voire élevée. Chaque année, 260 000 enfants meurent du paludisme dans cette région. Depuis 2019, le vaccin était expérimenté dans trois pays témoins en Afrique subsaharienne : le Kenya, le Ghana et le Malawi. Au total, près de 2,3 millions de doses ont été administrées dans ces pays.
 
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L'épidémiologiste congolaise et spécialiste du paludisme Francine Ntoumi rappelle toutefois qu'il s'agit d'un "moyen de prévention en plus des autres moyens, comme la moustiquaire imprégnée." En effet, ce vaccin ne permet pas d'éliminer la maladie, mais de diminuer les formes graves. 

Il faut considérer cela comme un début très encourageant 

Francine Ntoumi, scientifique spécialiste du paludisme

"Il a été rapporté 30% d'efficacité contre les formes sévères, poursuit la scientifique. 40% contre les formes simples." Baptisé "RTS,S", ce vaccin agit contre le parasite Plasmodium falciparum, le plus prévalent en Afrique. "C'est un début, mais il ne faut pas oublier que l'OMS voudrait un vaccin efficace à 70%", rappelle Francine Ntoumi. Pour autant, ce vaccin est prometteur car il permet de sauver des vies. "Il faut considérer cela comme un début très encourageant", selon elle. 

D'autres vaccins en cours de développement 

Le "RTS,S" est le premier vaccin contre le paludisme mis sur le marché, mais "il y a plusieurs vaccins qui sont en cours de développement", précise l'épidémiologiste. Ceux-ci serait destinés à d'autres publics. "Il y a des très bonnes pistes de vaccins qui cibleraient en premier lieu les voyageurs", explique-t-elle. 

Francine Ntoumi espère que plusieurs vaccins seront mis sur le marché, afin de cibler différentes populations. "Par exemple, le vaccin R21 qui avait été testé au Burkina Faso ciblait plutôt les enfants qui vivent dans des zones à transmission saisonnière du paludisme", détaille-t-elle.

Ce vaccin est actuellement en phase 2 de développement, de même qu'un autre vaccin "très prometteur" destiné cette fois-ci aux femmes enceintes, également particulièrement vulnérables face au paludisme. Francine Ntoumi dénombre "très très peu" de vaccins en phase 3 de développement et le RTS,S est le seul à avoir atteint la quatrième phase. Au total, elle dénombre "une vingtaine de vaccins à différents stades de développement."

Vers une éradication de la maladie ? 

Le déploiement de ce premier vaccin en Afrique subsaharienne donne toutefois une lueur d'espoir dans la lutte contre le paludisme. Par le passé, la maladie a déjà été éradiquée de Miami, mais aussi du pourtour méditerrannéen, rappelle Francine Ntoumi. Pourquoi cela ne serait pas le cas en Afrique ? "Je pense que le paludisme peut être éradiqué, estime la scientifique. Mais il faut vraiment y mettre les moyens humains et financiers pour y arriver."

Si les moyens de prévention sont là, efficaces, et que cela s'accompagne d'un bon assainissement, il est possible d'éradiquer le paludisme.

Francine Ntoumi, épidémiologiste spécialiste du paludisme

"Il faudrait un vaccin avec une plus grande efficacité (...) qui puisse reconnaître toutes les souches qui circulent", pour y parvenir selon elle. À cela, il faudrait ajouter des moyens d'assainissement supplémentaires, pour lutter contre la prolifération des moustiques porteurs des parasites responsables du paludisme."Si les moyens de prévention sont là, efficaces, et que cela s'accompagne d'un bon assainissement, il est possible d'éradiquer le paludisme", résume la scientifique.

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Ces dispositifs d'assainissement sont de "la responsabilité des pouvoirs publics", souligne Francine Ntoumi. Les eaux stagnantes aident à la prolifération des gîtes larvaires des moustiques. "Il faut comprendre cela pour que chacun assainisse à côté de son logement, pour commencer, explique-t-elle. Et puis évidemment les gros travaux sont de la responsabilité des pouvoirs publics." Cela signifie qu'il faut donc faire de gros investissements à ce niveau. 

Pour elle, il "ne faut pas négliger les autres outils" dans la lutte contre le paludisme. À Miami, la maladie a été éradiquée alors qu'il n'y avait pas de vaccin. "Imaginons qu'on ait un insecticide qui respecte l'environnement et qui soit très efficace", détaille-t-elle. Déployé avec le vaccin "RTS,S", il pourrait y avoir un impact significatif "sur la réduction voire l'élimination de la maladie" selon elle. L'éradication du paludisme reste un objectif réalisable, mais à long terme. Francine Ntoumi estime qu'elle ne verra pas ça de son vivant : "pour mes arrière-arrière petits enfants peut-être.