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Vers un nouvel accord avec l'Iran ? Trump et Macron l'évoquent pour la première fois

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@TV5Monde Laurie Fachaux, Alexandre Ageneau

Emmanuel Macron et Donald Trump affirment envisager un nouvel accord avec l'Iran tout en constatant leur profond désaccord sur le texte existant sur le nucléaire. Pour le président français, il s'agit de "construire un nouvel accord plus large". Trump n'a pas dit non. L'Iran met en garde, soutenu par la Russie. L'accord existant est "sans alternative", pour le Kremlin. Il doit être préservé, affirme l'UE.

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Après les poignées de mains et les embrassades, devant les caméras, au deuxième jour de la visite d'Etat du président français, Emmanuel Macron et Donald Trump ont finalement abordé les dossiers qui fâchent, au premier rang desquels, l'Iran.

"Nous souhaitons pouvoir désormais travailler sur un nouvel accord avec l'Iran", a lancé Emmanuel Macron, évoquant la possibilité que son homologue américain mette à exécution sa promesse de campagne de jeter aux orties ce texte visant à empêcher l'Iran de se doter de la bombe atomique.
 

On ne déchire pas un accord pour aller vers nulle part, on construit un nouvel accord plus large avec l'Iran qui permet de prendre en compte nos préoccupations dans la région.

Emmanuel Macron, président français, Washington, 24 avril 2018

Le président français met en avant une volonté d'aborder "tous les sujets de la région", dont la Syrie et les activités balistiques de Téhéran, dans l'objectif de la "stabilité au Moyen-Orient".

Une inflexion de position si l'on se rapporte à ses déclarations de dimanche sur la chaîne américaine Fox News. Hors de l'accord existant, "il n'y a pas de plan B", estimait-il alors.

Nous verrons ce qui se passera après le 12 mai

Donald Trump, président des Etats-Unis, Washington, 24 avril 2018

Donald Trump s'est dit ouvert à un nouveau texte "beaucoup plus large" aux fondations "solides", après avoir à nouveau stigmatisé l'accord "ridicule" conclu par son prédécesseur démocrate Barack Obama en 2015 après des années d'âpres négociations entre l'Iran et le groupe 5+1 (Allemagne, Chine, Etats-Unis, France, Royaume-Uni et Russie).

"Nous verrons ce qui se passera après le 12 (mai)", a lâché le président américain, évoquant l'échéance à laquelle il prendra une décision sur le devenir de cet accord. 

L'Iran conteste la légitimité d'un nouvel accord

Pour autant, Donald Trump et Emmanuel Macron sont restés évasifs sur les contours, la portée et les conséquences exactes de ces nouvelles négociations qu'ils appellent de leurs voeux et qui suscitent d'ores et déjà des inquiétudes à Téhéran.

Un nouvel accord ? Le président Rohani n'a pas tardé à en contester la légitimité. 

Ensemble, avec un chef d’un pays européen, ils disent: "nous voulons décider pour un accord conclu à sept". Pour quoi faire? De quel droit ?
Hassan Rohani, président iranien

Avec l'accord sur le nucléaire, "nous avons montré notre bonne volonté au monde [...] Nous voulions prouver au monde que l'Iran ne cherche pas à se doter d'armes de destruction massive", a-t-il assuré. "Avec cet accord, nous avons fait tomber les accusations et prouvé que les Etats-Unis et Israël mentent à propos de l'Iran depuis des décennies", a-t-il encore déclaré.

Russie et UE estiment que l'accord existant sur le nucléaire iranien doit être préservé.

Israël n'a jamais caché son hostilité envers l'accord conclu en 2015 qui représente pour beaucoup - Chine et Japon inclus -  la meilleure garantie pour empêcher que Téhéran se dote de la bombe atomique.

L'accord nucléaire iranien existant est "sans alternative" : Kremlin

L'accord nucléaire iranien "doit être préservé" : Federica Mogherini, Haute-représentante de l'UE pour les affaires étrangères et la sécurité

Quelle portée pour l'annonce des deux dirigeants ?


A priori limitée, estime Robert Malley, ancien conseiller de Barack Obama et désormais président de l'International Crisis Group (ICG).

"Si Trump est d'accord pour respecter l'accord sur le nucléaire iranien et si le sort de ce dernier ne dépend pas de l'issue des négociations sur un autre accord séparé, plus large (et assez improbable) avec l'Iran (...) alors cela représenterait quelque chose". "Bien sûr, cela fait beaucoup de +si+", a-t-il ajouté aussitôt.

Trump : Macron sera "un grand président"

Premier dirigeant étranger à effectuer une visite d'Etat aux Etats-Unis sous la présidence Trump, Emmanuel Macron a tout fait pour nouer une relation étroite, personnelle, avec un homologue dont la vision du monde est pourtant, à de nombreux égards, diamétralement opposée à la sienne.

Les deux dirigeants, que plus de 30 ans séparent, ont ostensiblement affiché leur "amitié" depuis l'arrivée de M. Macron lundi à Washington.

"Ce sera un grand président pour la France, c'est ce que je prédis", a lancé M. Trump avant d'entrer dans le Bureau ovale, entraînant énergiquement son hôte par la main.

Ce qui ne l'a pas empêché, en présence de son homologue français et juste avant leur entretien, de critiquer avec virulence l'accord sur le nucléaire iranien que jusqu'ici la France voulait défendre, "un désastre", ainsi que les échanges commerciaux "injustes" avec l'Union européenne.