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Viande polonaise avariée : "plus personne ne sait ce qu'il mange", estime le militant écologiste Fabrice Nicolino

Image de l'abattoir polonais où les vaches, malades, sont traînées par un câble jusqu'au lieu de l'abattage.
Image de l'abattoir polonais où les vaches, malades, sont traînées par un câble jusqu'au lieu de l'abattage.
© TV5MONDE

C'est un nouveau scandale sanitaire d'ampleur. Quelque 795 kilos de viande avariée, en provenance de Pologne, ont été trouvés dans neuf entreprises en France. Pour Fabrice Nicolino, journaliste et activiste écologiste, "plus personne ne sait ce qu'il mange".

Près de deux semaines après l'ouverture en France du procès Spanghero, du nom de la société qui avait fait passer de la viande de cheval pour du boeuf, voici une nouvelle affaire qui met en lumière les dysfonctionnements des contrôles sanitaires dans les abattoirs européens.

Des bovins malades ont été tués dans un abattoir polonais à Kalinowo, puis exportés, notamment en France. Le ministre polonais de l'Agriculture a reconnu que les vaches étaient abattues "sans le feu vert des vétérinaires". L'affaire a été révélée par un journaliste de la télévision polonaise, qui a passé trois semaines dans cet abattoir, et a pu filmer en caméra cachée.

Nous avons posé trois questions à Fabrice Nicolino sur cette affaire. Ce journaliste préside l'association "Nous voulons des Coquelicots" (contre l'usage des pesticides de synthèse). Il est l'auteur de "Bidoche : l'industrie de la viande nous menace" aux éditions Les Liens qui libèrent, et de "Lettre à un paysan sur le vaste merdier qu'est devenue l'agriculture" aux éditions les Echappés.

TV5MONDE :
Comment expliquez-vous que ce scandale sanitaire puisse avoir lieu, qui plus est, dans l’Union européenne ?

Fabrice Nicolino :

L’industrie de la viande est mondialisée. C’est une machine infernale. Il existe des échanges tous azimuts et une mise en concurrence d’éleveurs partout dans le monde. Cette concurrence concerne les conditions de travail, ainsi que les revenus attribués aux  éleveurs et aux ouvriers d’abattoirs.

C’est extrêmement tentant, pour des entreprises françaises, d’acheter de la viande moins chère à l’étranger.

Fabrice Nicolino, activiste écologiste

Par ailleurs, tous les pays n’ont pas le même niveau d’exigence réglementaire. Dans certains pays, la corruption règne, comme en Bulgarie. Il est donc extrêmement facile de ruser avec des lois qui sont peu respectées.

Enfin, vous n’allez pas arrêter cette chaîne ininterrompue de camions sur les routes pour les examiner. Les contrôles ne sont pas efficaces. Les douaniers ne peuvent pas contrôler tous les camions qui circulent dans l’Union européenne. Je ne dis pas qu’il faut fermer les frontières. Je dis que le système est intrinsèquement défectueux.


TV5MONDE : 
Pensez-vous qu’un tel scandale sanitaire impliquant des vaches malades tuées dans des abattoirs, sans le feu vert des vétérinaires, pourrait arriver en France ?

Fabrice Nicolino : 

Bien sûr. Dans l’Histoire française et universelle, les animaux sont considérés comme des objets que l’on peut manipuler à l’infini, et couper en morceaux.
On a vu, grâce à des vidéos volées (ndlr : comme en Pologne), comment les animaux étaient traités dans un des pays les plus démocratiques du monde, la France.
J’ai récemment rencontré un éleveur qui m’a dit, textuellement : « en France, on fait entrer dans la chaîne alimentaire des animaux malades ».
Mais il faut reconnaître la vérité. Les contrôles et les réglementations sont plus sévères en France que dans bien d’autres pays.


TV5MONDE :
Comment peut-on éviter ces dysfonctionnements sanitaires dans l'industrie de la viande ?


Fabrice Nicolino :
La relocalisation de l’économie est la clé de notre avenir. Ce système offre une traçabilité et une qualité à portée de main. J’habite dans une région où l’on peut savoir sans problèmes d’où vient la viande que l’on achète. Je pourrais même aller voir demain le producteur !
Si une personne n’est pas contente de la viande achetée en supermarché, elle ne peut rien faire. Or, si vous relocalisez l’économie, vous pouvez vous retourner contre un producteur qui fait mal son travail, ... si vous savez qui il est. L’idée n’est pas de fliquer les gens, mais davantage d’instaurer un contrôle doux et vertueux.
C’est de plus en plus possible dans un grand nombre de régions en France. La production alimentaire doit être aussi proche que possible du lieu de consommation des produits. C’est une règle de prudence, d’efficacité et d'écologie, bref une solution presque parfaite !

La production alimentaire doit être aussi proche que possible du lieu de consommation des produits. C’est une règle de prudence, d’efficacité et d'écologie, bref une solution presque parfaite !

Fabrice Nicolino, activiste écologiste

Je ne vois pas d’autre solution que cette exigence de circuits courts de production et de redistribution. Aucun système de délocalisation ne peut nous protéger. Il faut recréer une relation de confiance entre les consommateurs et les producteurs. Aujourd’hui, plus personne ne sait ce qu’il mange !