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Victoire historique du Québecois Hugo Houle au Tour de France

Le cycliste québéquois Hugo Houle sur le podium célèbre sa victoire lors de la 16ème étape Carcassonne-Foix ce 19 juillet.
Le cycliste québéquois Hugo Houle sur le podium célèbre sa victoire lors de la 16ème étape Carcassonne-Foix ce 19 juillet.
AP/Daniel Cole

Le Québécois Hugo Houle a enregistré une victoire d'étape historique dans les Pyrénées, mardi, au Tour de France. Le cycliste d'Israel-Premier Tech est le deuxième Canadien à enlever les honneurs d'une course de la mythique Grande Boucle. Retour sur victoire avec nos confrères de Radio-Canada.

Houle a pris la tête de la 16e étape, entre Carcassonne et Foix, avec 38,8 km à franchir, puis s'est échappé en solitaire, en route vers la consécration. Il a été accompagné sur le podium par son compatriote et coéquipier Michael Woods (Israel-Premier Tech), détenteur de la 3e place.

J'ai beaucoup pensé à [mon frère] ces dernières années, aujourd'hui je gagne pour lui, a immédiatement déclaré Houle après avoir rallié la ligne d'arrivée, montrant une petite croix qu'il porte autour du cou en souvenir de son frère décédé tragiquement en 2012.

Ça a été mon rêve de gagner une étape du Tour de France, un rêve un peu fou. Je n’avais jamais gagné une course avant aujourd’hui.Le cycliste Hugo Houle

"C'était mon rêve. Il nous a quittés, il y a eu des étapes là-dedans, c’est clair que ça fait mal au début. Ç’a toujours été une motivation. Ça fait 12 ans que je suis dans le milieu professionnel. Au début avec AG2R-La Mondiale lors de mon premier camp d’entraînement avec l’équipe, quand je suis rentré de stage au mois de décembre, quelques jours avant Noël, mon frère est allé faire une course à pied, s’est fait frapper par un chauffard et il est décédé. "

Le premier canadien vainqueur depuis Steve Bauer en 1988

"Depuis, cela a été mon rêve de gagner une étape du Tour de France, un rêve un peu fou. Je n’avais jamais gagné une course avant aujourd’hui. Et aujourd’hui, je gagne, c’est complètement fou! Mais on l’a fait et je suis sûr que mon frère m’a aidé. Je pense que je vais le réaliser plus tard, mais c’est fait. Toute une journée, incroyable! "

Avant le triomphe du coureur de Sainte-Perpétue, un seul Canadien avait réussi ce fait d'armes, soit Steve Bauer, qui agit maintenant comme directeur sportif d'Israel-Premier Tech, justement. Il avait réalisé l'exploit en 1988.
 


J’espère inspirer les jeunes, inspirer les jeunes de chez nous et développer une nouvelle génération.Le cycliste Hugo Houle.

Le vainqueur inattendu du jour se dit content d’ouvrir la voie aux cyclistes québécois.
"Je pense qu’il y en aura d’autres, j’espère inspirer les jeunes, inspirer les jeunes de chez nous et développer une nouvelle génération pour qu’il y en ait plein d’autres", a-t-il indiqué.
 

Hugo Houle est félicité par son co-équipier Michael Woods après  sa victoire le 19 juillet à Foix.
Hugo Houle est félicité par son co-équipier Michael Woods après  sa victoire le 19 juillet à Foix.
AP/Gonzalo Fuentes


Le prix de la combativité a été octroyé à Houle à la suite de son succès. La récompense, remise après chaque étape, est décernée par un jury composé de journalistes, d'anciens cyclistes et d'organisateurs de la Grande Boucle.

"Ça fait longtemps que je travaille pour ça, au moins une dizaine d’années. Je suis content d’avoir réussi l’objectif aujourd'hui pour Israel-Premier Tech et les gens de chez nous qui me supportent depuis des années", ajoute le coureur.

Membre de l'échappée du jour avec 28 autres coureurs, Houle a perdu contact avec un petit groupe de 6-7 belligérants, dont Woods, qui s'était détaché dans l'ascension de la première difficulté du jour, le col du Port de Lers (11,4 km avec un dénivelé de 7 %).
 

"J’ai fait la descente à fond. J’hésitais au début, j’avais [Aleksandr] Vlasov avec moi. Je n’étais pas certain si je devais le ramener avec Michael Woods, a expliqué le vainqueur du jour. Bref, j’ai réussi à revenir et dès que je suis revenu, j’ai commencé à prendre mes relais avec eux. Quand il [Woods] m’a donné son relais, personne n’a suivi. Je me suis retourné, j’ai vu que j’avais un petit 5-10 sec et j’ai attaqué le plus fort que je pouvais. Ils m’ont laissé filer".

L'écart n'a cessé de s'accroître dans la montée du mur de Péguère (9,3 km à 7,9 %) pour frôler la minute. Un dernier effort qui a fait grandement souffrir Houle.

"C’était très, très raide les 2-3 derniers kilomètres de l’ascension, 11-12 %. Je souffrais énormément, j’avais un peu de frissons à cause de la chaleur qui est intense et quand j’ai basculé au sommet de la dernière montée avec une quarantaine de secondes, je savais que je pouvais gagner", explique le coureur.

S'en est suivi un long contre la montre de près de 20 km jusqu'à Foix sans ravitaillement, puisque l'écart avec ses poursuivants Woods et l'Américain Matteo Jorgenson (Movistar) n'était pas assez grand pour qu'une voiture se glisse entre eux.

D'ailleurs, Woods a fait tout un boulot pour protéger la victoire de son coéquipier. Une fois Houle devant, le natif d'Ottawa a roulé dans la roue de Jorgenson sans prendre aucun relais. Possiblement fatigué par son effort soutenu, l'Américain est parti à la faute dans la descente du mur de Péguère, une chute sans conséquence toutefois qui l'a vu revenir derrière Woods assez rapidement.

Pas plus tard que vendredi dernier, l'athlète de 31 ans avait déjà marqué les esprits en grimpant à la troisième place du classement à l'issue de la 13e étape.

"C’est clair que ça m’a mis en confiance vu la qualité de l’échappée, les coureurs avec qui j’étais. Dans le final, j’avais les jambes pour répondre. Moi-même, j’étais un peu surpris. Aujourd’hui, lors de la première montée, j’étais un peu décroché, j’ai géré mon effort avec la chaleur. Une fois que je suis revenu, j’ai attaqué", s'est-il exclamé.

Au lendemain d'une troisième et dernière journée de repos, les concurrents se sont lancés sur 178,5 km vers les Pyrénées pour en découdre en montagne pendant trois manches.

Houle a franchi le parcours avec un chrono de 4 h 23 min 47 s, devançant de plus d'une minute le Français Valentin Madouas (Groupama-FDJ) et Michael Woods, qui se sont partagé les deux autres places sur le podium après un sprint.

"Dès que j’ai vu qu’il y avait un écart, je savais que ça allait se regarder. Parfois, la première attaque, c’est la bonne. J’ai mis le gaz au fond et je n’ai jamais regardé derrière. L’écart était quand même assez stable. Les pourcentages raides, j’avais juste envie d’arrêter", décrit Hugo Houle.

Le Danois Jonas Vingegaard (Jumbo) a quant à lui conservé son emprise sur le maillot jaune. Le meneur au combiné n'a rien cédé à son grand rival et double champion en tire le Slovène Tadej Pogacar, qui l'a attaqué en vain à trois reprises.
 

Toujours au classement général, Houle a remonté de la 33e à la 26e place, tandis que Woods pointe en 36e position. Les coéquipiers Israel-Premier Tech affichent respectivement un retard de 1:09:21 et 1:21:51 sur Vingegaard.

Les deux autres Canadiens présents sur les routes de la Grande Boucle, Antoine Duchesne (FDJ) et Guillaume Boivin (Israel-Premier Tech), ont conclu l'étape aux 62e et 95e rangs; le premier avec un retard de 20 minutes, le second à près de 30  minutes. Duchesne occupe le 71e échelon au général (à 2:26:32) tandis que Boivin est 131e (à 3:29:36).