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Vidéo - Francophonie : "le français, une identité pour les Québécois"

Samuel Descarreaux est doctorant en philosophie en France. Pour lui, la francophonie c'est aussi l'expression d'une recherche identitaire forte chez les Québécois. 
Samuel Descarreaux est doctorant en philosophie en France. Pour lui, la francophonie c'est aussi l'expression d'une recherche identitaire forte chez les Québécois. 
©L.BARON / TV5MONDE

Pour le Québécois Samuel Descarreaux, le français reste une minorité linguistique au Canada pour laquelle il faut toujours se battre. Cinquième volet de notre série de portraits de jeunes francophones en vue de la Conférence internationale pour la langue française et le plurilinguisme organisée à Paris les 14 et 15 février.

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"En tant que Français ou Québécois, on n’a pas la même vision de la langue. Pour vous, la francophonie, c’est une extension d’une langue qui est née ici. Vous êtes une majorité ici, nous raconte Samuel Descarreaux, 26 ans. Mais nous, au Québec, nous vivons comme une minorité linguistique. Parler français, c’est un effort quotidien."

Une licence puis une maîtrise en philosophie de l’université d’Ottawa en poche, il a décidé de poursuivre ses études en France. A Paris, "la vie intellectuelle fait en sorte qu’il est facile d’avoir accès à toutes les institutions" et comme il fait de la philosophie allemande du XIXe et XXe siècle "il y a eu une influence de ces gens-là assez forte sur les écoles philosophiques ici en France, donc ce n’est pas non plus un hasard si je suis là."

Actuellement doctorant, il écrit une thèse sous la tutelle de l’université d’Ottawa et de l’université de Lorraine en France. Il reste ainsi dans la francophonie, une communauté transfrontalière dont les jeunes Québécois comme lui n'ont pas forcément conscience. "On est proches d’un autre pays francophone : Haïti, avec des personnalités comme Michaëlle Jean ou l’écrivain Denis Laferrière qui viennent de cette île. Pour quelqu’un de ma génération, on sait que la communauté francophone est étendue mais on n’a pas conscience qu’il y ait des liens forts avec d’autres pays ou qui intéressent les gens.

Protéger le français

"Des statistiques, encore l’année dernière, montraient qu’il y a un léger recul du français au Canada. Ce n'est pas si étrange puisqu'on vit sous un gouvernement qui n'est pas très proactif en matière de français. Il y a une volonté de défendre le français mais… pas avec la même vigueur. "  

Pourtant, la langue est protégée au Québec par une politique linguistique qui repose sur la Charte de la langue française, une loi adoptée en 1977, comme nous le rappelle Samuel. "Récemment, il y a eu le "pasta gate" parce qu’un restaurant avait utilisé le mot "pasta" dans son menu au lieu de "pâte". Puisque la loi est là, dès que la langue est malmenée, le débat est relayé.

En Amérique du Nord, "plus qu’un atout professionnel, le français hors de la francophonie dans certaines circonstances, peut être vu comme un signe de haute classe. C’est le cas notamment, aux Etats-Unis où ça fait très bourgeois, très élite.

Des Québécois pas si bilingues ? 

La proximité du Québec avec les Etats-Unis n'engendre pas pour autant un bilinguisme systématique des Québécois. "Il y a un bilinguisme au Canada mais très inégal selon les régions. On a tous une éducation en anglais mais les Québécois ne sont pas tous bilingues comme certains le pense outremer. Le fait d’être collés directement aux Etats-Unis influence certes notre niveau d'anglais, parce que nos relations économiques sont fortes avec eux. Pour les Québécois, ce n’est pas non plus qu'un rapport culturel mais aussi économique, on n’a pas le choix que de communiquer en anglais avec eux.

Le français, une identité

Pourtant, dans leur histoirs, les Québécois ont lutté contre l'anglais pour garder le français. "Quand les Anglais ont fini pas prendre une bonne partie du Canada, toutes les institutions, les élites, étaient anglophones. Et donc la langue du peuple ou de ceux qui voulaient revendiquer leur héritage était francophone. On se raccrochait au français face aux Anglais, comme un moyen de définition qui nous a été légué et qu’on a voulu faire perdurer. Le français ne devient plus alors un objet d’oppression comme ça pourrait l'être pour d’autres, mais un objet auquel se rattacher pour se définir culturellement, une référence identitaire face à une institution répressive. Le français c’est notre identité".

 
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©L. Baron, A.G. Longo / TV5MONDE