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Vietnam : Tran To Nga, une femme en guerre contre "l'agent orange"

C'est un procès historique qui s'ouvre ce lundi 25 janvier devant le tribunal judiciaire d’Evry en France. Celui de Tran To Nga. Cette Franco-Vietnamienne de 79 ans a décidé de poursuivre des géants de la pétrochimie, parmi lesquels Bayer-Monsanto, pour avoir produit "l’agent orange" : un puissant herbicide déversé par l’armée américaine pendant la guerre du Vietnam, responsable aujourd'hui encore de très nombreux cancers et malformations génétiques. Retour sur son parcours d'exception.

Tran To Nga naît le 30 mars 1942 dans le Delta du Mekong, dans le sud du Vietnam et grandit dans une famille aisée favorable à l'indépendance. Scolarisée à l'école Marie Curie de Saïgon, elle y apprend le français. En 1955, elle a 13 ans, et sa mère décide de l'envoyer à Hanoï pour la mettre à l'abri d'une arrestation. 

Une vie de résistante

Tran To Nga est une journaliste, résistante et militante franco-vietnamienne. Elle obtient son diplôme universaire en pleine guerre du Vietnam et rejoint très vite la résistance. Pendant quatre mois, elle voyage à pied, notamment sur la piste Hô Chi Minh, et rejoint le maquis au sud. Période pendant laquelle elle sera intoxiquée par "l'agent orange", alors qu'elle luttait dans la jungle et les marais. 


Une pluie gluante dégouline sur mes épaules et se plaque sur ma peau. Une quinte de toux me prend. […] Je vais me laver. Et puis j’oublie aussitôt. 

Tran To Nga, autobiographie "Ma terre empoisonnée"

"Mes descendants et moi-même sommes empoisonnés "

Dans les mois qui suivent, Tran To Nga est à nouveau victime des épandages d’agent orange : "Comme je suivais les troupes du Front national de libération du Sud-Vietnam pour l’agence d’information Giai Phong, je traversais la jungle, marchais dans les marécages, en me trempant dans des zones humides et des sols pollués".

Entre 1961 et 1971, l'armée américaine déverse des millions de litres de cet herbicide très toxique sur les forêts vietnamiennes pour empêcher la progression de la guerilla communiste, en guerre contre le Sud. 

"L'agent orange" a des conséquences dramatiques. Il détruit la végétation, pollue les sols, intoxiquent végétaux et animaux. Aujourd'hui encore, les conséquences sanitaires se font sentir sur la population.
Sa fille aînée, Viêt Haï, née en 1968, est atteinte d'une malformation cardiaque, la tétralogie de Fallot. Sa fille décède dans la jungle à l'âge de 17 mois. Ses deux autres filles, nées en 1971 et 1974, sont atteintes de malformations cardiaques et osseuses et Tran To Nga elle-même souffre d'un cancer du sein et de tuberculoses à répétition, comme elle l'explique dans son autobiographie.

Mes descendants et moi-même sommes empoisonnés. L'examen de la fameuse liste des maladies établies par les Américains permet de dire que je souffre de 5 des 17 pathologies inventoriées. 

En tout, quatre millions de personnes ont été exposées à "l'agent orange" au Vietnam, au Laos et au Cambodge, selon les ONG qui défendent les victimes. Et chaque année au Vietnam, environ 6000 enfants naîtraient avec des malformations congénitales.

"Une extermination familiale"

Soutenue par de nombreuses associations, Tran ToNga décide alors de porter plainte en 2014 contre des entreprises ayant fabriqué ou commercialisé "l'agent orange", dont Monsanto (racheté en 2018 par l'allemand Bayer) et le fabricant américain Dow Chemical. 

A travers ce procès qui s'est ouvert ce lundi 25 janvier en France, elle entend participer à la reconnaissance internationale du crime "d'écocide". 

"Ce n'est pas pour moi que je me bats,  mais pour mes enfants et ces millions de victimes". Les conséquences sanitaires de "l'agent orange"qui s'attaque au système immunitaire, se transmettent aux générations ultérieures, ce qui constitue une véritable "extermination familiale", selon les propres mots de Tran To Nga.

Tran To Nga était l'invité de TV5 MONDE ce 28 janvier :

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