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Villers-Cotterêts : futur lieu symbolique de la francophonie

Le château de Villers-Cotterêts doit accueillir un musée de la francophonie, à l'initiative du président Emmanuel Macron. 
Le château de Villers-Cotterêts doit accueillir un musée de la francophonie, à l'initiative du président Emmanuel Macron. 
©CE O2 / FX Dessirier / Site du département de l'Aisne

Emmanuel Macron a présenté, ce mardi 20 mars, sa stratégie internationale en faveur de la langue française et du plurilinguisme. Il a aussi évoqué dans son discours la création d'un musée de la francophonie dans le château de Villers-Cotterêts. Pourquoi veut-il faire de ce lieu un symbole ? Petite histoire. 

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Le château de Villers-Cotterêts, un des « piliers symboliques » de « notre » francophonie ? Rien que ça. C’est en tout cas ce qu’affirmait le président Emmanuel Macron, en mars 2017. Et ce qu’il veut en faire. 


Son dessein ? Transformer ce lieu - inconnu des francophones - en musée de la francophonie. Un projet présidentiel qui rappelle celui de Jacques Chirac et son musée des arts africains au Quai Branly, ou encore celui de François Mitterrand qui fît ériger, en son temps, la Bibliothèque nationale de France et la pyramide du Louvre.  

L’ordonnance de Villers-Cotterêts

Pourquoi Villers-Cotterêts ? Cette ville de l'Aisne dans le Nord de la France, dirigée aujourd'hui par un maire Front national, abrite un château. 

Erigé entre 1530 et 1556, il y accueillît le roi de France François 1er en pérégrinations hors de Paris. C’est surtout là que celui-ci promulgue, en 1539, l’ordonnance dite « de Villers-Cotterêts ». Ce texte stipule que, désormais, tous les documents juridiques ou administratifs devront être rédigés en "langage maternel français" et non plus en latin ou en dialectes. 

Pour la première fois dans l'histoire de notre langue, un texte officiel émanant du pouvoir politique se mêlait de régler le cours de cette langue de façon autoritaire.

 Jean-Louis Tritter, linguiste.

Il ne s'agit pas encore d'instaurer le français comme seule et unique langue d'un pays où la population use encore de dialectes différents. "L'édit de Villers-Cotterêt n'allait pas si loin, tant s'en faut", explique Jean-Louis Tritter dans son ouvrage Initiation à l'histoire de la langue française (Edition Ellipses).

C'est pourtant ce qu'a raconté, l'année dernière, le président Emmanuel Macron à des élèves de CM2 lors d'une visite dans la maison d'Alexandre Dumas dans les Yvelines. L'écrivain est natif de Villers-Cotterêts. "Le roi a décidé à ce moment-là que tous ceux qui vivaient dans le royaume devaient parler français", raconte-t-il aux enfants autour de lui. Erreur ! s'insurgent des historiens. 

"[Cet édit] ne concerne que les actes juridiques tels que les actes notariés, les jugements rendus, les contrats ou les procès verbaux, rappelle dans son ouvrage Jean-Louis Tritter. Néanmoins, pour la première fois dans l'histoire de notre langue, un texte officiel émanant du pouvoir politique se mêlait de régler le cours de cette langue de façon autoritaire.

Il faudra attendre la révolution française pour que le français devienne la langue de la nation toute entière. 

"Laboratoire de la francophonie"


C’est donc dans le château de Villers-Cotterêts que sera désormais raconté quoi ? Rien de très précis pour l'instant. Le président a cependant indiqué dans son discours sur la francophonie, mardi 20 mars, à l'Académie française, vouloir créer un lieu de résidence pour les artistes et les scientifiques. 

L’ambition est d’en faire un lieu de référence de la francophonie alors que les conséquences de cette ordonnance de 1539 n’ont pas été considérables pour la population de l'époque. 

La presse régionale table sur un coût de 100 millions d’euros pour réhabiliter ce château en musée. Le bâtiment a été, à plusieurs reprises, construit, déconstruit, agrandi, défiguré. Il a été à la fois caserne, dépôt de mendicité et même maison de retraite jusqu’en 2014. Le président a décidé d'en faire un "laboratoire de la francophonie".