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Vincent Lambert: après des années de tumulte, l'hôpital Sébastopol aspire à la sérénité

L'hôpital Sébastopol de Reims le 11 juillet 2019
L'hôpital Sébastopol de Reims le 11 juillet 2019
afp.com - FRANCOIS NASCIMBENI

L'hôpital Sébastopol de Reims, où Vincent Lambert, tétraplégique en état végétatif, est décédé jeudi matin après une semaine d'arrêt des traitements, aspire désormais, après des années de tumulte et de forte médiatisation, à retrouver un peu de sérénité.

Situé en centre ville, cet hôpital moderne d'environ 250 lits est l'un des huit établissements dépendant du CHU de Reims. Il est dédié aux soins palliatifs et de gériatrie ainsi qu'aux soins de suite et de réadaptation après des accidents de la route par exemple.

D'abord soigné au Centre hospitalier de Châlons-en-Champagne puis au centre d'éveil de Berck-sur-Mer (Pas-de-Calais) et à la Résidence des Capucins à Reims, Vincent Lambert était arrivé en novembre 2011 au quatrième étage de cette structure.

Outre les journalistes présents, parfois en nombre, à l'extérieur, l'hôpital a été le théâtre, au fil des ans, de plusieurs manifestations, à l'appel notamment de soutiens des parents de Vincent, Viviane et Pierre Lambert, catholiques traditionalistes farouchement opposés à tout arrêt des traitements.

Sans oublier les nombreux appels téléphoniques quotidiens qui pouvaient perturber le fonctionnement normal de l'établissement.

"Dans les différents pics médiatiques de cette affaire, on a pu avoir jusqu'à une cinquantaine d'appels par jour", raconte à l'AFP une source hospitalière.

"Certains demandaient à parler au Dr Sanchez (le médecin ayant décidé l'arrêt des traitements), d'autres à Rachel Lambert (l'épouse), d'autres voulaient joindre ses parents ou disaient vouloir apporter des solutions. Certaines personnes, mécontentes, exprimaient leur désaccord avec la décision médicale, d'autres proféraient carrément des insultes ou des menaces très violentes".

- "Menaces d'enlèvement de Vincent Lambert" -

Outre les coups de fil, il y avait aussi les courriels adressés à l'hôpital ainsi que les nombreuses lettres, émanant aussi bien de personnes qui plaidaient pour "laisser partir Vincent" que de gens qui dénonçaient "un assassinat".

Certaines lettres étaient "très véhémentes" et contenaient des "menaces explicites". "Il est possible que certains courriers fassent l'objet de poursuites judiciaires. Nous allons faire le point avec les forces de l'ordre très prochainement", précise la source hospitalière.

Pendant toutes ces années, la sécurité dans cette structure hospitalière a été renforcée à l'intérieur comme à l'extérieur de l'établissement. "Il y a eu notamment, dans le passé, des menaces d'enlèvement du patient", se souvient une source hospitalière. "Mais nous n'avons eu aucune tentative d'intrusion avérée".

La chambre de Vincent Lambert a, au fil du temps, été équipée d'un "hublot" sur la porte, avec "un petit drap posé dessus, que les infirmières soulevaient pour voir si tout se passait bien à l'intérieur", d'un baby-phone et d'une serrure, la porte étant toujours fermée à clef. "Quand on arrivait au 4e étage, il fallait montrer sa carte d'identité à chaque visite", se souvient un membre de la famille.

Le Dr Vincent Sanchez, qui a reçu des menaces personnelles et a été accusé par les parents Lambert d'avoir été l'instigateur de "l'assassinat" de leur fils, a bénéficié de cette sécurité renforcée et l'hôpital a demandé aux médias que certaines anciennes photos de lui présentes sur internet ne soient pas publiées.

"Aujourd'hui, le docteur Sanchez doit certainement être très éprouvé d'autant qu'il y a toujours l'épée de Damoclès des plaintes des parents mais il reste fidèle à lui-même: calme et posé", assure une responsable de l'hôpital.

Comme la famille, le personnel soignant a bénéficié lui aussi, à chaque procédure d'arrêt des traitements, d'une "cellule d'aide psychologique". Et, pendant l'arrêt des traitements, les infirmiers étaient présents "sur la base du volontariat".

"Tout au long de ces années, le personnel a été très professionnel en lui parlant toujours et en lui expliquant les traitements qu'ils effectuaient. Vincent n'a jamais été un numéro, ni une chose", assure son frère Frédéric.

"Quand il est mort, des infirmières lui tenaient la main et le Dr Sanchez lui a parlé, même après le décès", témoigne un autre membre de la famille.

"Espérons que, pour l'hôpital aussi, les choses redeviennent plus calmes ! Pour les familles de patients soignés au même étage que Vincent, ce devait être une situation extrêmement pénible également", souligne Marie-Geneviève Lambert, sa soeur aînée.