Info

Violences sexuelles dans l’Église en France : onze évêques - dont un cardinal - "mis en cause"

Des fidèles prient pour les victimes d'abus sexuels commis par l'Église catholique à Sainte Jeanne d'Arc de la Mutualité à Saint Denis, en banlieue parisienne le 5 octobre 2021.
Des fidèles prient pour les victimes d'abus sexuels commis par l'Église catholique à Sainte Jeanne d'Arc de la Mutualité à Saint Denis, en banlieue parisienne le 5 octobre 2021.
© AP Photo/Michel Euler

La Conférence des évêques de France révèle que onze évêques, qui le sont encore aujourd'hui ou qui l'ont été, sont mis en cause devant la justice française ou celle canonique. Ces prélats sont poursuivis pour des faits de violences sexuelles commis, pour certains, il y a plus de 30 ans.

"Il y a aujourd’hui six cas d’évêques qui ont été mis en cause devant la justice de notre pays ou devant la justice canonique (droit de l'Eglise, ndlr)", déclare le président de la CEF Éric de Moulins-Beaufort à Lourdes (sud-ouest) ce 7 novembre. 

"Deux autres, qui ne sont plus en fonctions, font l’objet d’enquêtes aujourd’hui de la part de la justice de notre pays après des signalements faits par un évêque et d’une procédure canonique. Un troisième fait l’objet d’un signalement au procureur auquel aucune réponse n’a été donnée à ce jour et a reçu du Saint-Siège des mesures de restriction de son ministère", précise l’archevêque de Reims.

(RE)lire : Agressions sexuelles dans l'Eglise catholique : après le rapport Sauvé, quelle justice ?

Monseigneur de Moulins-Beaufort a indiqué que le cardinal Jean-Pierre Ricard, ancien évêque de Bordeaux, était aussi concerné. Ce dernier a reconnu une conduite "répréhensible" sur une mineure de 14 ans, il y a 35 ans, a ajouté le président de la CEF, lisant un message de ce dernier.

(RE)voir : Église catholique : "Ce qui est problématique, c'est l'application de ce que dit le pape dans les diocèses"
Chargement du lecteur...

Cet aveu du cardinal Ricard, 78 ans, qui fut notamment évêque de Coutances, Montpellier puis de Bordeaux de 2001 à 2019, et qui a pris sa retraite en octobre 2019, a été accueilli "comme un choc" par les 120 évêques réunis à Lourdes depuis jeudi 3 novembre, a souligné le président de la CEF. Monseigneur Ricard, ancien président de la CEF, est cardinal depuis 2006.

S'ajoute enfin Mgr Michel Santier, sanctionné en 2021 par les autorités du Vatican pour des "abus spirituels ayant mené à du voyeurisme sur deux hommes majeurs" dans les années 1990 et dont le silence autour de sa sanction a provoqué ces dernières semaines une vive colère chez les catholiques et les collectifs de victimes.

Sans entrer dans les détails, Éric de Moulins-Beaufort a insisté "sur la grande diversité des situations, des faits commis ou reprochés"

(RE)lire : L'Eglise face aux crimes sexuels commis en son sein : quelles suites ?

Deux autres évêques à la retraite "font l'objet d'enquêtes aujourd'hui de la part de la justice de notre pays après des signalements faits par un évêque et d'une procédure canonique".
Un dernier "fait l'objet d'un signalement au procureur auquel aucune réponse n'a été donnée à ce jour et a reçu du Saint-Siège des mesures de restriction de son ministère", a ajouté l'archevêque de Reims.

Au total, dix anciens évêques sont donc concernés: "huit actuellement mis en cause pour abus, dont Mgr Ricard et Santier". Deux sont "mis en cause pour non dénonciation", selon la CEF. L'un a été condamné en 2018 - il s'agit d'André Fort, condamné à huit mois de prison avec sursis - et l'autre, le cardinal Philippe Barbarin, a été relaxé en 2020.

(RE)lire : Pédophilie dans l'Église : aucune condamnation requise contre le cardinal Barbarin

Sur l'affaire Santier proprement dite, dont le silence sur la sanction a choqué les catholiques, Mgr de Moulins-Beaufort a admis avoir été "mis au courant de (sa) situation", comme "président de la Conférence des évêques", mais a précisé que la CEF n'était pas "partie prenante de la procédure".
Il a aussi reconnu qu'en "novembre 2021, pendant l'assemblée" d'automne de l'épiscopat, il avait informé les évêques "que des mesures disciplinaires avaient été prises contre Mgr Santier, mais sans donner d'indication sur les faits qu'il avait commis".

Il a admis "à la relecture de cette histoire", "des insuffisances graves et des dysfonctionnements à tous les niveaux (qui) apparaissent clairement".
Olivier Savignac, pour le collectif de Victimes parler et revivre, s'est dit "secoué" par les révélations sur le cardinal Ricard et le nombre "vertigineux" d'évêques ayant eu affaire à la justice. "Il y a beaucoup de choses cachées. Combien vont encore sortir ?", a-t-il interrogé, déplorant auprès de l'AFP que "l'Église ne réagisse qu'une fois au pied du mur".

"C'est une grande tristesse d'entendre cela", a abondé Alix Huon, du collectif de fidèles Agir pour notre Église, attendant, sur la gestion des affaires, "un vrai coup de gouvernail" avec "des annonces claires" mardi 8 novembre, à la clôture de l'assemblée de Lourdes.

Dans un communiqué, l'archevêque de Bordeaux Jean-Paul James, revenant sur les révélations du cardinal Ricard, a exprimé sa "grande compassion à la personne victime concernée". Et a dit partager "la peine de tous ceux (...) qui seront blessés par ces révélations". Le diocèse de Marseille a lui pris "acte avec peine et douleur des faits rapportés".

Celles-ci interviennent un peu plus d'un an après la publication du rapport choc de la commission Sauvé sur l'ampleur de la pédocriminalité dans l'Église de France depuis 1950.