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A vrai dire : où en est le français au Rwanda ?

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Jean-Luc Eyguesier /Séverine André / TV5Monde

Louise Mushikiwabo - ministre des Affaires étrangères du Rwanda - a récemment été élue au poste de secrétaire générale de la Francophonie. Un choix qui a soulevé une polémique dans le monde politique français. En cause ? Le Rwanda était accusé d'obérer l'usage du français.
 

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La Rwandaise Louise Mushikiwabo a bien été élue à la tête de l'organisation de la Francophonie, le 12 octobre dernier.  Mais, à vrai dire, qu'en est-il de ces reproches concernant la mauvaise situation faite à la langue française au Rwanda ? 

Combien de francophones au Rwanda ? 

Le Français est arrivé dans le pays avec la colonisation belge à la fin du XIXème siècle, avec ses écoles et ses églises. Mais contrairement à beaucoup de pays africains, le Rwanda dispose d'une langue nationale autochtone, qui unit les diverses populations : le kinyarwanda. 

Ainsi n'étant pas nécessaire à la vie de tous les jours, la maîtrise du français est toujours restée limitée aux personnes ayant accès à l'éducation, à une élite.
Au final, le nombre de francophones demeure modeste. Aujourd'hui, selon les enquêtes et les critères retenus entre 5% et 10 % des 12 millions d'habitants.
 

Pourquoi ce soupçon d'une langue française mise à mal au Rwanda ? 

 
L'appartenance du Rwanda à la Francophonie a été affectée par la relation du Rwanda à la France, surtout du point de vue des perceptions.
Louise Mushikiwabo, Secrétaire générale de la Francophonie

La crainte pour la Francophonie au Rwanda est largement liée à la politique et aux événements des trente dernières années. Après le génocide de 1994, une grande part de l'élite francophone liée au pouvoir génocidaire part en exil et les nouveaux dirigeants, issu du mouvement FPR, sont largement anglophones.

Symboliquement, le nouveau Président, Paul Kagame ne s'exprime qu'en anglais ou kinyarwanda. En outre les relations entre Paris et Kigali ont alterné entre le mauvais et l'exécrable. C'est ce que plaide la nouvelle secrétaire générale après son élection. 
 

Plus de 90% des sites web en .rw sont en anglais

Pourtant le gouvernement Kagame a pris une série de mesures bien concrètes : Exemples : en 1996, l'anglais devient langue officielle. En 2009, il devient une langue d'enseignement au détriment du français et le pays rejoint le Commonwealth. 

En 2017, enfin, une quatrième langue est devenue officielle : le kiswahili, parlé dans toute l'Afrique de l'Est. Mais le Rwanda n'a jamais remis en cause son appartenance à l'organisation de la Francophonie, et pour le président, il ne faut y voir que du pragmatisme économique. 

 
Peut-être 90 % du commerce, des investissements sont avec des pays de la région qui parlent anglais. Donc, pourquoi n'embrasserions-nous  pas cet aspect de manière réaliste, sans abandonner ce que nous avons déjà  ? 
Paul Kagame, président du Rwanda
Avec le réchauffement des relations entre la France et le Rwanda, ces derniers mois, il semble que l'enseignement de la langue française revient en faveur dans le pays. 
Mais avec une si faible proportion de locuteurs, et si les échanges économiques se font en anglais, combien de temps va demeurer encore l'intérêt de la population pour le français ?

Donnons quelques chiffres peut-être annonciateurs du nouveau monde. Les sites web utilisant la terminaison .rw, signature du Rwanda sont à plus de 92 % en anglais. Quand à la consultation des pages Wikipedia au Rwanda en 2017, elle s'est faite à 84 % en anglais contre 14% en français.