1er mai 2022 en France : une fête du travail très politique entre présidentielle et législatives

116 500 personnes ont manifesté en France pour la traditionnelle Journée internationale du travail selon le ministère de l'Intérieur. Elles répondaient à l'appel de nombreux syndicats et associations, qui espèrent faire entendre leur souhait d'une politique plus sociale et plus écologique. Mais des violences dans le cortège parisien sont venues pertuber la fête. 
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1er mai 2022 en France : entre présidentielle et législatives, une fête du travail très politique
Des manifestants tenant un gilet jaune où est écrit "nous décidons de nos propres vies", à Strasbourg, dans l'est de la France, le mardi 12 avril 2022.
©AP Photo/Jean-Francois Badias
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"Il faut que la mobilisation du 1er-Mai soit la plus massive possible... Les citoyens, au-delà des syndicats, doivent aller dans la rue pour que les exigences sociales et environnementales soient portées haut et fort", a déclaré le secrétaire général de la CGT Philippe Martinez dans Le Parisien daté de samedi où il apparait pour l'occasion en Une, à l'instar du président Macron.

Un appel entendu par les Français : 116 500 personnes ont manifesté ce dimanche en France, dont 24 000 à Paris selon le ministère de l'Intérieur. La CGT dénombre elle plus de 210 000 manifestants sur l'ensemble du territoire. Mais dans la capitale, la journée a été marquée par de violents affrontements avec les forces de l'ordre. À tel point que le cortège des manifestants est immobilisé, place de la Nation, et que la préfecture de police a ordonné l'évacuation de la place. 

Les premières tensions ont eu lieu quelques minutes seulement après le départ du cortège depuis la place de la République. Un groupe de manifestants, portant vêtements, gants et masques noirs, s'est détaché du cortège principal à hauteur de la rue Oberkampf pour se heurter aux forces de l'ordre et s'en prendre à un McDonald's, dont la plupart vitres ont été détruites ou recouvertes de tags.

Les casseurs ont également lancé des projectiles, dont des fruits, sur les forces de forces de l'ordre. Les policiers ont tenté de les disperser à l'aide de lacrymogènes. Le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin a dénoncé les "violences inacceptables" commises par des "casseurs" venus "perturber les manifestations du 1er mai, notamment à Paris". Il a apporté son "plein soutien aux policiers et gendarmes mobilisés", alors même que la préfecture de police ordonnait l'évacuation de la place de la Nation. 
 


L'an dernier déjà, des militants et des véhicules syndicaux avaient été pris pour cibles par des manifestants sur la place de la Nation. Cette année, la police attendait à Paris quelque 300 activistes et "jusqu'à un millier de Gilets jaunes".

"Visage uni" pour les syndicats

Une Parisien 30 avril
La Une du journal Le Parisien du samedi 30 avril.

"C'est plutôt une bonne chose que les syndicats en ce 1er mai, une semaine après le 2e tour, montrent un visage uni, parce qu'on a des vrais défis à relever avec l'ensemble du monde du travail pour ce début de quinquennat", a-t-il ajouté dimanche sur RMC.

Au total 255 points de rassemblement sont prévus dans le pays, selon la secrétaire confédérale CGT Céline Verzeletti, qui s'attend à une bonne mobilisation, même si ce 1er mai tombe un dimanche et pendant les vacances scolaires pour les zones A et C.

À Marseille, sous un grand soleil, plusieurs milliers de manifestants se sont élancés dans la matinée du Vieux-Port, et croisaient des supporters de l'OM en balade avant le match du soir (OM-OL). Sous un drapeau "pour l'union populaire", Martine Haccoun, médecin retraitée de 65 ans, est venue "montrer qu'on n'a pas donné à Macron un blanc-seing pour 5 ans, on a voulu faire barrage à Mme Le Pen". Ce 1er mai lui paraît spécialement important face "à la destruction de l'hôpital public" notamment.

Du côté des enseignants, Virginie Akliouat, responsable du Snuipp FSU13, qui regrette une "libéralisation de l'école publique", veut aussi adresser un message au président, pour "qu'il sache que les cinq prochaines années, il nous trouvera sur sa route".

La manifestation parisienne partira à 14H30 de la place de la République, en direction de la place de la Nation.

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De nombreuses figures politiques de gauche sont attendues, au premier rang desquelles Jean-Luc Mélenchon (LFI). Le secrétaire national d'EELV Julien Bayou devrait également défiler dans la capitale, de même, sans doute, que son homologue du PS Olivier Faure. Le candidat PCF à la présidentielle, Fabien Roussel, sera à Lille.

Dans le contexte de négociations difficiles pour parvenir à un accord de toute la gauche en vue des législatives, M. Bayou a évoqué vendredi la possibilité pour la gauche de défiler sous une "bannière commune", "en soutien aux syndicats". Mais jean-Luc Mélenchon a un peu douché ces ardeurs dans le JDD samedi: "La photo de famille du 1er Mai, ce n'est pas le sujet! Le sujet, c'est le contenu du programme social qu'on appliquera".

En 2021, les organisateurs avaient revendiqué plus de 170.000 manifestants, dont 25.000 à Paris. Le ministère de l'Intérieur avait quant à lui fait état de 106.650 manifestants en France, dont 17.000 dans la capitale.

La réforme des retraites en ligne de mire

Au premier rang des revendications de l'intersyndicale CGT-Unsa-FSU-Solidaires, auxquelles se sont jointes les organisations étudiante et lycéennes Unef, VL, MNL et FIDL, "les questions des salaires, des services publics, de protection sociale et de transition écologique", selon un communiqué du 7 avril.

Contrairement à l'année dernière, la confédération Force Ouvrière n'a pas signé cet appel national. En revanche, l'Union régionale Île-de-France FO a cosigné un tract commun avec ces organisations et le secrétaire général de FO Yves Veyrier participera au point presse en amont de la manifestation parisienne.

Dans la matinée, Yves Veyrier ira comme à l'accoutumée rendre hommage aux combattants de la Commune, devant le mur des Fédérés au cimetière du Père-Lachaise.

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Un "1er mai engagé pour le climat"

La CFDT, premier syndicat de France, fait sans surprise bande à part, en organisant de son côté un "1er mai engagé pour le climat".

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Dans la ligne de mire des organisations syndicales, la réforme des retraites, alors que le président Emmanuel Macron a fait du recul de l'âge légal de départ à 64 puis 65 ans un point cardinal de son programme. Leur inquiétude est d'autant plus vive que le ministre de l'Economie Bruno Le Maire n'a pas exclu lundi d'utiliser l'arme du 49-3 pour faire adopter la réforme.

Les associations et ONG mobilisées sur les questions environnementales seront également de la partie, à l'appel du collectif Plus jamais ça.