Afghanistan : les talibans procèdent à leur deuxième exécution publique depuis deux ans

Les autorités talibanes ont procédé mardi 20 juin à la seconde exécution publique depuis leur prise du pouvoir en août 2021 : celle d'un homme condamné pour meurtre. Il a été exécuté par balle dans l'enceinte d'une mosquée de l'est du pays.
 

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Un combattant taliban surveille une rue à Herat, en Afghanistan, le 9 juin 2023.

@AP Photo/Ebrahim Noroozi

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Il a été exécuté en public dans la ville de Sultan Ghazi Baba, dans le centre de la province de Laghman, de manière à ce qu'il souffre et que sa mort serve de leçon aux autres.

Communiqué de responsables provinciaux 

Une première exécution publique avait eu lieu en décembre dans la province de Farah (ouest).

Les autorités ont aussi procédé à plusieurs flagellations publiques pour d'autres crimes, comme le vol, l'adultère ou la consommation d'alcool.

 

Aghanistan

Illustration. Un rapport de l'ONU du 8 mai 2023 a condamné les talibans pour leur régime sévère depuis leur prise de pouvoir en Afghanistan, y compris les exécutions publiques, les coups de fouet et les amputations. @AP Photo/Bernat Armangue

Les exécutions publiques étaient courantes sous le premier régime des talibans, entre 1996 et 2001. Les condamnés étaient le plus souvent tués par balle ou par lapidation, selon les crimes reprochés.

Le communiqué nomme l'homme exécuté mardi comme "Ajmal, fils de Naseem" et indique qu'il avait été condamné pour le meurtre de cinq personnes.

Un responsable du service provincial de la communication et de la culture a indiqué qu'environ 2.000 personnes avaient assisté à l'exécution, dont des parents de ses victimes, et que celle-ci avait été menée en conformité avec la charia, la loi islamique.

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Le 8 octobre 2014, des policiers afghans se préparent à exécuter des hommes dans une prison de Kaboul, en Afghanistan. @AP Photo/Massoud Hossaini

Châtiments corporels

En novembre, le chef suprême du pays, Hibatullah Akhundzada, avait ordonné aux juges d'appliquer tous les aspects de la charia, notamment les exécutions publiques pour meurtre en vertu du principe de "qisas" ou loi du talion, mais aussi les châtiments corporels (lapidation, flagellation, amputation de membres).
"J'ai vu le criminel être exécuté pour qisas, après que la famille des victimes ne lui a pas pardonné", a déclaré un témoin de l'exécution, qui a requis l'anonymat.

Il a été abattu de six balles, si j'ai bien compté. Je n'ai pas pu voir s'il était mort ou non, mais il a ensuite été transporté par une ambulance.

Témoin de l'exécution sous couvert d'anonymat

"Beaucoup de peur" 

La sentence a été exécutée par un bourreau qui a tiré sur le condamné avec un fusil d'assaut kalachnikov et non par un parent des victimes comme le permet le "qisas", selon un responsable provincial.

Lors de l'exécution de décembre, le père de la victime avait lui-même abattu le meurtrier de son fils.
"Pour de tels crimes, il est bien que les gens puissent voir et gardent en eux la peur au moment de commettre des actes aussi inhumains", a estimé le même témoin. "Il y avait beaucoup de peur, d'émotions. Nous ne sommes pas habitués à de telles choses".

Dans le cas d'Ajmal, toutes les possibilités d'appel avaient été épuisées et la décision finale d'exécuter la sentence a été prise par le chef suprême en personne, a précisé dans un communiqué la Cour suprême.
Hibatullah Akhundzada s'est "extraordinairement documenté "sur ce dossier, qui "a été discuté avec les érudits lors d'un grand rassemblement", a expliqué l'instance. "A la fin, l'ordre de qisas pour le meurtrier a été approuvé et ordre a été donné de l'appliquer", a-t-elle ajouté.
Ajmal avait tué cinq personnes "en deux phases", a indiqué la Cour. Il avait abattu quatre personnes dans une maison de la province de Laghman, avant de tuer un autre homme ailleurs. La date des meurtres n'a pas été précisée.

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Le 8 octobre 2014, des hommes sont condamnés à mort dans une prison de Kaboul, en Afghanistan. @AP Photo/Massoud Hossaini

A leur retour au pouvoir, les talibans avaient promis de se montrer plus souples dans l'application de la charia, mais ils sont largement revenus à l'interprétation austère de l'islam qui avait marqué leur premier passage au pouvoir.