Arménie : manifestations contre le blocage d'un axe vital vers l'Arménie, au Nagorny Karabakh

Plusieurs milliers de manifestants se sont rassemblés dimanche à Stepanakert, la principale ville du Nagorny Karabakh. Ils appelaient la Communauté internationale "à agir maintenant" contre le blocage du seul axe routier vers l'Arménie par l'Azerbaïdjan, ce que Bakou dément.
 
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Carte du Haut-Karabakh
Le Haut-Karabakh, enclave entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan, disputée par les deux Etats depuis près d'un siècle.
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"Ouvrez la route de la vie", pouvait-on lire sur un dessin, tenu dans les mains d'une petite fille vêtue d'un manteau rose, dans la foule. "Auto-détermination", était écrit sur une autre pancarte, alors que le Nagorny Karabakh, une enclave montagneuse à majorité arménienne, a fait sécession de l'Azerbaïdjan qui la considère toutefois comme sienne. 

Depuis près de deux semaines, des activistes azerbaïdjanais bloquent le corridor de Latchine, disant protester contre des mines illégales dans la région. C'est la seule route qui relie le Nagorny Karabakh à l'Arménie.

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Erevan accuse Bakou de vouloir provoquer une "crise humanitaire", ce que l'Azerbaïdjan rejette, assurant qu'il est toujours possible de circuler sur cet axe.

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Dimanche 25 décembre, de nombreux drapeaux arméniens et séparatistes étaient brandis dans la foule réunie place de la Renaissance, dans le centre-ville de Stepanakert. Au premier rang se tenait le dirigeant des séparatistes du Nagorny Karabakh, Arayik Haroutiounian.

"Agissez maintenant pour notre futur !", lance une femme dans la foule.

Au micro, devant plusieurs milliers de manifestants, Mary Assatrian, du cabinet du chargé des droits de l'homme local, appelle - en français dans le texte - la communauté internationale "à agir maintenant" auprès de Bakou, "en ce jour saint de Noël", pour exiger la levée "de ce blocus total".

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"Pendant 14 jours, aucun aliment, médicament, carburant ou autre produit vital n'a été autorisé à entrer" au Nagorny Karabakh, affirme-t-elle.

Elle dénonce face à la foule "un crime contre l'humanité" organisé selon elle par Bakou avec "ce blocus délibéré de 120.000 personnes" et regrette l'absence de "réponse" de la communauté internationale.

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De son côté, le ministère azerbaïdjanais des Affaires étrangères a fustigé dans un communiqué "les activités destructrices" de l'Arménie qui "ne servent pas à rétablir la paix dans la région".

"Rien ne permet d'affirmer que les manifestations sur le corridor de Latchine constituent une menace de crise humanitaire et que les Arméniens sont sous blocus", a-t-il appuyé.

Inquiétude internationale


L'Arménie et l'Azerbaïdjan se sont affrontés au début des années 1990, lors de la dislocation de l'URSS, pour contrôler le Nagorny Karabakh.

Ce premier conflit, qui a fait 30.000 morts, s'était soldé par une victoire arménienne. Mais l'Azerbaïdjan a pris sa revanche lors d'une deuxième guerre, à l'automne 2020. Elle a coûté la vie à 6.500 personnes et a permis à Bakou de reprendre de nombreux territoires.

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Ces derniers mois, alors que la Russie est accaparée par son intervention militaire en Ukraine, les Etats-Unis et l'Union européenne avaient tenté de relancer un fragile processus de paix, sans réussite.
Ce nouveau regain de tensions a suscité de vives inquiétudes sur la scène internationale.

Dimanche matin, le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a affirmé, cité par Interfax, qu'une réunion tripartite entre Vladimir Poutine, qui essaie de jouer le rôle de médiateur, et les dirigeants azerbaïdjanais Ilham Aliev et arménien Nikol Pachinian, n'était pas prévue en début de semaine en marge d'un sommet régional à Saint-Pétersbourg (nord-ouest de la Russie).

Vendredi 23 décembre, le président français Emmanuel Macron avait, lui, appelé son homologue azerbaïdjanais à permettre la "libre circulation" entre l'enclave séparatiste et l'Arménie.

"Il est indispensable de faire baisser au plus vite la tension", avait pour sa part exhorté le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov à l'issue d'une rencontre le même jour à Moscou avec son homologue azerbaïdjanais, boycottée par Erevan.