Au Québec, un "test des valeurs" pour les nouveaux immigrants

C’était l'une des promesses de campagne de François Legault l’an dernier : imposer un test sur les valeurs de la société québécoise à ceux et celles qui veulent immigrer au Québec. Cette mesure, annoncée le 30 octobre 2019, entrera en vigueur au 1er janvier 2020. Elle ne fait pas l’unanimité.
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A partir de 2020, les immigrants devront désormais remplir en ligne une « attestation d’apprentissage des valeurs démocratiques et des valeurs québécoises ». 
© Capture d'écran Radio-Canada
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Quand une personne effectue une démarche pour immigrer au Québec, elle doit en premier lieu obtenir un Certificat de sélection du Québec, le CSQ. Une fois ce certificat obtenu, le dossier arrive dans les instances du gouvernement canadien qui finalisent le processus en délivrant la résidence permanente. Cette dernière permet de travailler et vivre n’importe où au Canada.

Le "CSQ" est donc le document qui ouvre la porte à la belle province. Pour obtenir ce certificat, à compter du premier janvier 2020, l’aspirant immigrant devra remplir en ligne une « attestation d’apprentissage des valeurs démocratiques et des valeurs québécoises » qui comprend vingt questions.

Je pense qu'il est normal, quand on s’installe dans une nouvelle société, d'en connaître les valeurs.

François Legault, Premier ministre du Québec

Elles s’articulent autour de cinq thèmes : l’égalité entre les hommes et les femmes, la société francophone, la laïcité, les droits de la personne et la démocratie. Voici par exemple deux des questions posées dans ce formulaire :

- Au Québec, les femmes et les hommes ont les mêmes droits et cette égalité est inscrite dans la loi. Vrai ou faux ?
- Quelle est la langue officielle du Québec : L'anglais, l'espagnol, le français, le français et l'anglais ?

Jusqu'à 4 essais pour réussir le "test de valeurs"

La note d'admission est de 75%. L’aspirant immigrant peut repasser le test une seconde fois. Après trois échecs, il peut suivre un cours et tenter sa chance de nouveau mais ce sera sa dernière.

Les mineurs et les personnes qui souffrent d’une condition médicale spécifique seront dispensés du test.

Un test semblable existe du côté du gouvernement canadien, quand un immigrant fait la démarche pour devenir citoyen canadien. Le Premier ministre du Québec, François Legault, y a souvent fait référence pour justifier la mise en place de ce test des valeurs.

"Je pense qu'il est normal, quand on s’installe dans une nouvelle société, d'en connaître les valeurs, a déclaré François Legault. Si vous voulez venir vivre au Québec, il faut que vous connaissiez les valeurs au Québec. Il faut que vous sachiez qu’au Québec les femmes sont égales aux hommes, que le principe de la laïcité est important, qu’il y a une séparation entre l’État et la religion."

« L’immigration, c’est un engagement qui est partagé. La société d’accueil, le Québec, son rôle, c’est de bien accueillir les personnes immigrantes, de donner des ressources en matière d’intégration, de francisation et d’employabilité", ajoute Simon Jolin-Barrette, le ministre de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration .

"La contrepartie, pour les personnes immigrantes, c’est d’adhérer au Québec et aux valeurs québécoises, et de s’intégrer en français à la société québécoise."

Réactions mitigées au Québec

Deux des partis québécois d’opposition ont dénoncé la mise en place de ce formulaire. « Les valeurs ça se vit, observe Monsef Derraji, porte-parole du Parti libéral du Québec en matière d’immigration. "Moi-même j’ai eu tout un passage au Québec et c’est sur le terrain qu’on apprend ces valeurs et les valeurs de la société québécoise ».

Andrés Fontecilla, porte-parole de Québec solidaire, renchérit : « C’est un problème imaginaire, de la poudre aux yeux alors qu’il y a des problèmes plus importants qu’il faut nommer : la discrimination à l’emploi, la non reconnaissance des diplômes ».

Nous avons été clairs quant aux besoins des entreprises face à la pénurie de main-d’œuvre : les solutions comprennent un apport plus important de l’immigration.

Stéphane Forget, président de la Fédération des Chambres de Commerce du Québec

Du côté de la population, les avis sont partagés, des citoyens soutiennent la démarche du gouvernement, d’autres se disent beaucoup plus réticents et s’inquiètent de l’impact de ce test sur les aspirants immigrants.

À la base, le gouvernement Legault voulait que la réussite de ce test conditionne l’obtention de la résidence permanente délivrée par le gouvernement canadien. Mais le gouvernement Trudeau s’y est fermement opposé. François Legault a donc dû mettre de l’eau dans son vin : test il y aura, mais uniquement pour obtenir le Certificat de sélection du Québec. Les immigrants qui vivent déjà au Québec devront suivre un cours sur ces valeurs de la société québécoise.
 

Des seuils d’immigration rehaussés, mais pas assez pour les milieux d’affaires

En parallèle à la présentation de ce test, le gouvernement Legault a indiqué qu’il allait augmenter ses seuils d’immigration – alors qu’il voulait dans un premier temps les réduire afin, disait-il, de mieux intégrer les nouveaux arrivants.

En 2022, le Québec est prêt à accueillir entre 49 500 et 52 500 personnes, et en 2020 on parle de l’arrivée d’entre 43 000 et 44 500 personnes, dont quelque 26 000 immigrants économiques.

Le Québec veut en effet privilégier cette immigration pour pallier le manque de main d’œuvre dans plusieurs secteurs d’activités de la province.

Les milieux d’affaires du Québec estiment d’ailleurs que ces seuils, même rehaussés, seront insuffisants. Ils réclament l’installation de quelque 60 000 immigrants par an pour combler cette pénurie. « Nous avons été clairs quant aux besoins des entreprises face à la pénurie de main-d’œuvre : les solutions comprennent un apport plus important de l’immigration, entre autres » a réagi Stéphane Forget, président de la Fédération des Chambres de Commerce du Québec.

« Le plus gros obstacle à la croissance des entreprises québécoises actuellement, c’est le manque de main d’œuvre »
a déclaré le président en entrevue sur la chaîne RDI, qui se dit "déçu" par le niveau des seuils fixés par le gouvernement québécois.