Avocat, humoriste, politique… la deuxième vie des joueurs de foot professionnels

Quel avenir pour Samuel Eto'o ? L'attaquant star du Cameroun, considéré comme un des plus grands joueurs africains de tous les temps, a annoncé sa retraite ce samedi 8 septembre 2019, à 38 ans. Si les deux tiers des footballeurs professionnels poursuivent leur après-carrière dans le monde du foot, ils sont nombreux à trouver leur voie en dehors, et beaucoup y réussissent plutôt bien. C’est ce que démontre le journaliste Baptiste Blanchet dans, « Y a-t-il une vie après le foot ? », paru chez Solar éditions.
Image
Couv
George Weah, Michel Platini et Franz Beckenbauer, tous trois anciens joueurs de foot professionnels qui se sont reconvertis. 
©AP Photo /Francois Mori et Matthias Schrader.
Partager7 minutes de lecture

Chaque jour, un peu partout à travers le monde, des millions de personnes jouent au football, pour le plaisir ou dans le cadre de compétions de toutes sortes. Et parmi elles, beaucoup rêvent d’un destin à la Lionel Messi, Neymar Jr., ou encore Kylian Mbappé. Peu parviennent cependant à intégrer l’univers très concurrentiel du football professionnel, avec ses colossaux enjeux politiques, économiques et sociaux. 

Mais que se passe-t-il pour ces footballeurs professionnels une fois qu’ils ont raccroché leurs crampons ? Y-a-t-il une vie après le foot ? Ce sont les questions auxquelles tente de répondre le journaliste Baptiste Blanchet, dans un ouvrage éponyme, consacré aux nouvelles carrières de sept cents anciens joueurs pros, issus d’horizons très divers. Un travail qui ne concerne donc que les hommes, car, nous dit Baptiste Blanchet, « le professionnalisme est très récent dans le football féminin en France. » 

Trois grandes périodes privilégiées

Par ailleurs, trois grandes périodes sont privilégiées : les années 1970 – 1980, les années 1990 et enfin les années 2000. Un choix qui tient au fait que la plupart de ceux qui ont joué avant ces dates sont soit à la retraite, soit décédés ; mais aussi à la volonté de l’auteur d’intéresser le plus grand nombre de lecteurs actuels.

Abbès est à l’origine de la création d’un joint étanche servant dans les navettes spatiales.

Baptiste Blanchet, journaliste

Quelques exceptions tout de même, à l’instar de Claude Abbès, qui fut gardien de Saint-Etienne entre 1952 et 1962. « Entraîneur-joueur de Montélimar puis directeur sportif entre 1968-1970, écrit Baptiste Blanchet, il finit ensuite ses études d’ingénieur en électronique et entre au Commissariat à l’énergie atomique à Pierrelatte. Abbès est à l’origine de la création d’un joint étanche servant dans les navettes spatiales. Né en 1927, il est décédé en 2008, à Paris. »

Autre ancien Stéphanois, ayant évolué avec Claude Abbès, feu le Camerounais Eugène N’Jo Léa. Venu faire ses études en France au début des années 50, il est très vite recruté par Saint-Etienne, où, cinq années durant, il forme un trio d’attaque resté dans les annales du club, aux côtés de l’Algérien Rachid Mekloufi et du Néerlandais Kees Rijvers.

Eugene Njo Léa
Le footbaleur camerounais Eugène N'Jo Léa (1931 - 2006)
© D.R.

A la fin de sa vie de footballeur, en 1962, Eugène N’Jo Léa entame une carrière de diplomate dans quelques-unes des ambassades camerounaises en Europe, sans jamais se départir de sa passion pour le football.

Fondateur avec Just Fontaine et Me Jacques Bertrand de l’UNFP, l’Union Nationale des Footballeurs Professionnels, le principal syndicat de footballeurs professionnels français, Eugène N’Jo Léa s’est évertué toute sa vie, à faire progresser ce sport en Afrique et dans son Cameroun natal. En vain. Jusqu’à sa mort en 2006, à Douala, la capitale économique camerounaise, N’Jo Léa ne parviendra pas à être entendu à la mesure de son talent et de son expertise.

Les reconversions brillantes des icônes planétaires

Point commun aux trois grandes périodes étudiées dans ce livre, la mise en lumière des brillantes reconversions de quelques-unes des icônes planétaires du football. Il y a par exemple l’Allemand Franz Beckenbauer, surnommé outre-Rhin « der Kaiser » – l’Empereur – pour sa grande élégance sur les terrains et son génie balle au pied.

Exceptionnel défenseur central du Bayern de Munich de 1964 à 1979, il sera l’un des héros de la Coupe du monde 1974, remportée par l’Allemagne. Avec le Brésilien Mario Zagallo et le Français Didier Deschamps, il est l’un des trois seuls footballeurs à avoir gagné la Coupe du monde comme joueur, puis comme sélectionneur.

Passé successivement par l’Olympique de Marseille comme directeur technique, le Bayern comme entraîneur, puis comme président de 1994 à 2009, Franz Beckenbauer incarne la reconversion « parfaite ».

Franz Beckenbauer
Franz Beckenbauer, surnommé outre-Rhin "der Kaiser", l'Empereur. 
© AP Photo/Matthias Schrader

Autre joueur de génie à la reconversion presque réussie là aussi : le Français Michel Platini. « Platoche, écrit Baptiste Banchet, semblait parti pour régner sur le football mondial, avant que le machiavélique Sepp Blatter – président de la FIFA, Fédération internationale de football, de 1998 à 2015 ne le précipite dans sa chute. » C’est en effet lorsqu’il s’est déclaré candidat à la succession de l’emblématique président de la FIFA, l’instance faîtière du football mondial, que le célèbre numéro 10 français est tombé de son piédestal.

L’on se souvient qu’en octobre 2015, la FIFA a suspendu Michel Platini pour huit ans de toute activité liée au football. En cause : les 1,8 million d’euros reçus en 2011 de la part de Sepp Blatter, pour une mission de conseil effectuée entre 1999 et 2001. En appel, cette condamnation est finalement ramenée à six ans par le Tribunal arbitral du sport.

Finalement, en mai 2018, Michel Platini a été innocenté par la justice suisse. Et il a annonce en ce début septembre à nos confrères suisses de la RTS qu'il compte revenir dans le football, lorsque la suspension de son activité prendra fin, le 7 octobre 2019.

Pendant la guerre civile, Weah avait plaidé pour la paix au Liberia, appelant l’ONU à sauver son pays.

Baptiste Blanchet, journaliste

Sur le continent africain, George Weah incarne sans doute la reconversion la plus éclatante de ces dernières années. Après une carrière de footballeur bien remplie, il est rentré dans son Liberia natal pour se lancer en politique, comme beaucoup d’autres anciens footballeurs avant lui. Après un échec en 2005, George Weah est finalement élu à la tête de son pays en décembre 2017.

George Weah
George Weah, premier Africain à gagner le Ballon d'or en 1995. 
© AP Photo/Carlo Fumagalli

Une consécration pour cet ancien enfant pauvre des quartiers populaires de Monrovia, la capitale du Liberia. Premier joueur non européen et premier Africain à gagner le Ballon d’or en 1995, la plus haute consécration individuelle des footballeurs, « Mister George » est aussi à ce jour, le seul ancien joueur du continent à assumer de telles fonctions dans son pays.

Et comme le souligne Baptiste Blanchet : « L’ancien avant-centre de Monaco, du PSG, du Milan AC, Chealsea, Manchester City ou l’OM était déjà sénateur depuis décembre 2014. Pendant la guerre civile, Weah avait plaidé pour la paix au Liberia, appelant l’ONU à sauver son pays. En rétorsion, des rebelles avaient brûlé sa maison de Monrovia et pris en otage deux de ses cousins. »

Ces dernières années, les grands médias ont multiplié les embauches d’anciens joueurs de haut niveau. Ils constituent ce que Baptiste Blanchet appelle les hordes de consultants. Les plus prisés sont les champions du monde 1998, la génération Zinedine Zidane.

Larque et Roland
Jean-Michel Larqué et feu Thierry Roland (à droite), du temps de leur duo mythique. 
© Presse Sports/L'Equipe

«Champion du monde en 1998, écrit Baptiste Blanchet, passé par Bordeaux, l’Atletic Bilbao, le Bayern Munich et l’OM, Bixente Lizarazu a brillamment réussi sa reconversion. Sur TF1, l’ancien latéral gauche commente les matchs de l’équipe de France en compagnie de Grégoire Margotton [...] » Le précurseur dans ce domaine reste cependant l’ancien capitaine stéphanois Jean-Michel Larqué. Avec Thierry Roland, ils ont formé un duo de commentateurs mythique. 

Parcours chaotiques et sensibilisation à l’après-carrière

A côté de ces reconversions brillantes, il y a des parcours beaucoup plus cahotiques. C’est par exemple le cas du Français José Touré, surnommé Le Brésilien, pour son extraordinaire technique de jeu. Il commence sa carrière en 1979 au FC Nantes. Sept ans plus tard, il passe chez les Girondins de Bordeaux, avant de rejoindre ensuite l’AS Monaco, qui finit par se séparer de lui en 1990, deux ans après son arrivée, à cause de ses frasques incessantes – drogue et alcool.

José Touré
L'ancien footbaleur français José Touré. 
© Presse Sports/L'Equipe

Ruiné et dépressif, José Touré fait même de la prison pour voie de fait sur un épicier, en août 1992. En 2005, il rejoint le groupe Canal+ où il anime une émission à succès intitulée C José. Une période faste au cours de laquelle il fait aussi de la radio, tout en  réalisant des documentaires. Après une nouvelle traversée du désert, José Touré rejoint le FC Nantes en 2016, un retour aux sources, dans le club de ses débuts. Sa mission se termine un peu moins d’un an plus tard, dans des circonstances peu claires.

S’ils sont environ 60% à rester dans le milieu du foot après leur carrière, ils sont tout aussi nombreux à se tourner vers des carrières d’avocats, de professeur, d’agriculteurs, de conseiller financier, cuisinier, guide de pêche, voire d’humoriste. « L’ancien buteur breton Yannick Le Saux monte désormais sur scène pour raconter avec humour ses souvenirs, écrit Baptiste Blanchet, tout en étant opérateur LSM – live slow motion – pour des régis de production télé. »

Yannick Le Saux
Yannick Le Saux raconte ses souvenirs avec humour. 
© D.R.

Certaines reconversions sont plus surprenantes, comme celle du défenseur italien de 24 ans Davide Iovinella, devenu acteur de films pornographiques pour payer ses factures. A côté de ces reconversions plus ou moins réussies, il existe parfois des situations de grande détresse. Afin de prévenir ce type de scénario, Europ Sports Reconversion, un organisme créé en 1992 au sein de l’UNFP, l’Union Nationale des Footballeurs Professionnels, met l’accent sur la sensibilisation des footballeurs.