Célibat, femmes, personnes LGBT... l’Église peut-elle sortir transformée de ce Synode ?

Accueil des personnes LGBT+ et des divorcés, place des femmes : le synode des évêques, symposium mondial sur l'avenir de l'Église catholique, s'est ouvert ce mercredi 4 octobre au Vatican. Les attentes d'ouverture de nombreux fidèles sont grandes tout comme les inquiétudes des conservateurs. Ces derniers craignent un dévoiement de la doctrine. L'Église peut-elle en sortir transformée ? Analyse.

               

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le pape François

Le pape François lors de la messe d'ouverture du Synode consacré à l'Eglise catholique ce 4 octobre.

 

AP Photo/Andrew Medichini
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Dès la messe d'ouverture du synode ce mercredi 4 octobre, le pape François a donné le ton, appelant à une Église "hospitalière" aux portes "ouvertes à tous". Pendant quatre semaines du 4 au 29 octobre, les 464 participants, dont 365 membres ayant le droit de vote, se réuniront chaque jour au Vatican, répartis en groupes de réflexion en cinq langues. Parmi eux, 54 femmes et sept Français, dont quatre évêques. 

Le fruit des travaux sera ensuite restitué au pape, qui pourra en tenir compte pour d'éventuelles mesures dans le gouvernement de l'Église.

Le pape François veut changer l'Église. Selon lui si l'Église n'évolue pas elle risque de décliner.

Odon Vallet, historien des religions.

Le temps des changements est-il-venu au sein de l'Église ? Odon Vallet, historien des religions est un bon connaisseur du Vatican. Et selon lui le pape François à 86 ans veut changer le fonctionnement de l'Eglise.

"Le pape part d'un principe simple, très pragmatique. L’Église doit évoluer au risque non pas de disparaitre mais de décliner", explique Odon Vallet, historien des religions. "Il a conscience que les sociétés évoluent, changent et elles n'évoluent pas de la même manière d'où cette nécessité de faire appel à une forme de grande consultation", explique l'historien spécialiste du Vatican.

Une crise des vocations

"Le pape sent que la fin de son pontificat arrive. Il veut changer l’Église ou du moins lancer des chantiers pour la transformer", explique le spécialiste du Vatican.

L'un des principaux chantiers tourne autour de la question du célibat des prêtres. "Seulement 85 prêtres ont été ordonnés l'an dernier en France. Et encore nous faisons venir des séminaristes de l'étranger et notamment d'Afrique. Il y a une vraie crise des vocations et c'est en très grande partie lié à la question du célibat des prêtes. Cette crise ne touche pas seulement l'Europe mais aussi d'autres continents", décrit Odon Vallet.

La question de la place des femmes

"La question du mariage des prêtres doit être abordée", explique l'historien. Autre chantier, la place des femmes dans l'Église. Le Vatican a publié en juin un document sur une nécessaire réforme de la place des femmes dans l'Eglise catholique.

"Aujourd'hui il y a quatre fois plus de religieuses que de religieux dans le monde catholique. Ordonner des femmes prêtres pourrait résoudre la question de la crise des vocations. Je ne pense pas que l'Eglise ira aussi loin. Mais la question des diacres est posée. Le diacre est homme qui assiste le prêtre, le chef de l'église locale dans ses fonctions. Pour l'instant les femmes, les diaconesses dans le monde protestant, ne peuvent pas accéder à cette fonction", explique Odon Vallet.

Qui suis-je pour juger ?

Le pape François sur les couples homosexuels fidèles à l'Eglise

Dès la messe d'ouverture du synode ce mercredi matin, le pape François a donné le ton, appelant à une Église "hospitalière" aux portes "ouvertes à tous". L'acceuil des personnes LGBTQI+ au sein de l'Église fait partie des chantiers de ce synode. Dans ce même document du Vatican la Curie demande des "mesures concrètes pour atteindre les personnes qui se sentent exclues de l'Eglise en raison de leur affectivité et de leur sexualité".

Lors d'une question posée par une journaliste à bord de son avion en 2013 de retour d'Argentine sur les couples homosexuels et l'Eglise le pape François avait répondu par une autre question : "Qui suis-je pour juger ?"

"Le pape ne veut pas d'une Église qui exclut. Cela ne ne veut pas dire que l'Eglise va célébrer des mariages de couples homosexuels. Mais le pape ne veut pas que les fidèles soient exclus de l'Eglise à cause de leur sexualité", explique l'historien Odon Vallet. Le pape, jésuite argentin, est prêt à accepter le principe d'une bénédiction des couples homosexuels par l'Église.

Lire : Climat : "Le monde s'écroule", alerte le pape François

L'Église en Belgique bénit déjà des couples homosexuels avec des diacres. "Le pape sur cette question a compris qu'une réponse universelle n'est pas possible. On ne peut pas empêcher les églises en Belgique d'avancer sur ce sujet. Mais on ne peut pas obliger par exemple un prêtre en Angola de ne pas vouloir bénir un couple homosexuel. Le pape ne veut pas d'une logique d'exclusion mais il ne veut pas rentrer dans des logiques d'obligation", explique Odon Vallet, l'historien des religions.

"Même s'il n'y a pas de réponse concrète, des questions autrefois considérées comme bloquées d'avance sont aujourd'hui portées à l'attention de lÉglise. C'est déjà un pas énorme, sur des questions délicates", confie une source vaticane à l'AFP qui met en avant une "prise de conscience".

"À une époque, on ne pouvait même pas dire le mot homosexuel. Là, on a sur la table des questions qui concernent l’homosexualité", relève cette source.

Réaction des conservateurs

Avant même l'ouverture des travaux, le camp conservateur n'a pas hésité à monter au créneau. Cinq cardinaux originaires d'Amérique, d'Afrique, d'Asie et d'Europe ont publiquement demandé au pape de réaffirmer la doctrine catholique sur les couples gays et l'ordination des femmes. 

Lire : cinq choses à savoir sur le Synode sur l'avenir de l’Église catholique

Cette interpellation, intitulée "Doutes" et assortie d'une lettre ouverte aux fidèles face au risque de "confusion" et d'"erreur", s'inscrit dans une série de réserves et critiques voyant dans ce synode un risque d'aliénation et de perte de repères.

Peut-on assister à une rupture définitive entre conservateurs et partisans de l'ouverture ? "François ne craint pas une scission. Ne rien changer serait pire pour lui", estime Odon Vallet.

Le pape va-t-il pouvoir aller jusqu'au bout de ses réformes ? "Le pape François, 86 ans, pourrait remettre son mandat au cardinaux à cause de sa santé chancelante. Maintenant Vatican II avait été lancé par le pape Jean XXIII et achévé par Paul VI", conclut Odon Vallet.