Charles III, une vie à attendre d'être roi

A 73 ans, le prince Charles est devenu jeudi 8 septembre le roi Charles III. Son accession au trône s’effectue 70 ans après sa désignation comme prince héritier, un record dans l'histoire de la monarchie britannique. Le temps pour le nouveau roi d’acquérir une notoriété auprès des sujets du Commonwealth. 
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Charles III
Le roi Charles III de Grande-Bretagne prononce son discours à la nation et au Commonwealth depuis le palais de Buckingham, à Londres, le vendredi 9 septembre 2022.
Yui Mok/Pool Photo via AP
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Ce vendredi 9 septembre 2022, le nouveau monarque Charles III s’offre son premier "bain de foule" depuis le décès de sa mère la reine Elizabeth II, la veille au château de Balmoral en Ecosse.

Devant les grilles de Buckingham Palace, en costume sombre, il a serré des mains, échangé quelques mots, adressé des saluts, aux cris de "God Save the King !"Le nouveau monarque est désormais le Chef d’Etat du Commonwealth après avoir passé 70 ans en tant que prince héritier. 
Charles III
Le roi Charles III de Grande-Bretagne, dos à la caméra, salue les sympathisants alors qu'il passe les portes du palais de Buckingham après le décès de la reine Elizabeth II, à Londres, vendredi 9 septembre 2022.
Yui Mok/Pool Photo via AP

Le prince Charles, héritier du trône

"Aujourd'hui, la Couronne passe, comme elle l'a fait pendant plus de mille ans, à notre nouveau monarque, notre nouveau chef d'État, Sa Majesté le roi Charles III", a déclaré la toute nouvelle Première ministre Liz Truss ce jeudi 8 septembre. 

Né le 14 novembre 1948, le prince Charles est devenu prince héritier à l’âge de 3 ans et 3 mois, en février 1952. La princesse Elizabeth, 25 ans, devenait alors Reine à la mort de son père George VI.

Depuis ses premiers engagements officiels dans les années 70, le rôle du Prince de Galles a été de "soutenir sa majesté la Reine, en tant que point focal de la fierté nationale". 

Tout au long de sa vie, le prince Charles a ainsi accueilli des dignitaires du monde entier, participé aux dîners d'Etat, voyagé dans une centaine de pays, remis des milliers de décorations, couru les inaugurations, honoré des héros, écrit ou enregistré d'innombrables messages d'encouragement ou de félicitations. Ces dernières années, il remplaçait de plus en plus sa mère, la reine, à la santé déclinante.

En mai 2022, Charles prononce ainsi pour la première fois le discours du trône au Parlement. La prononciation de ce discours représente l’une des fonctions constitutionnelles les plus importantes pour un monarque britannique. 
Prince Charles Parlement
Le prince Charles est assis à côté de la couronne de la reine lors de l'ouverture officielle du Parlement, au palais de Westminster à Londres, le 10 mai 2022. 
AP Photo/Alastair Grant
Mais en parallèle de ces fonctions officielles, le Prince Charles s’engage également sur plusieurs sujets politiques menaçant la traditionnelle neutralité royale. 

Un prince engagé sujet aux polémiques 

Écologiste revendiqué depuis de longues années, le prince Charles est adepte de médecines douces, passionné d'urbanisme durable et jardinier amateur. Depuis 2007, il publie son "empreinte écologique", celle-ci est estimé à 3.133 tonnes de CO2 en 2020 contre 5070 en 2019.

Il est au total président ou bienfaiteur de plus de 420 organisations caritatives, dont la principale, le Prince's Trust, a aidé depuis sa création en 1976 plus d'un million de jeunes en difficulté.

Mais ces engagements politiques s’étendent parfois au-delà de ses fondations et son influence sur les pouvoirs publics a déjà fait débat. Entre 2004 et 2005, le prince Charles écrit 27 lettres manuscrites à destination du gouvernement travailliste de Tony Blair. Les sujets d’interpellation du prince sont nombreux, de l'équipement des troupes britanniques en Irak aux traitements grâce aux plantes médicinales, en passant par l'abattage des blaireaux pour lutter contre la tuberculose bovine. 

Ces lettres, baptisées "black spider memos" en raison de l'écriture si particulière du prince - truffée de points d'exclamations et de ratures – ont été rendues publiques en 2015 sur décision de justice. Ces publications ne révèlent aucune information majeure mais leurs existences même fait polémique depuis que dix ans plus tôt le quotidien britannique The Guardian s’est inquiété de l’influence supposé du monarque sur le Parlement. 

Des titres honorifiques contre de l’argent 

L’influence sur le Parlement n’est pas le seul point qui entache la réputation du prince héritier. En 2021, le prince Charles est en effet éclaboussé par une affaire qui touche sa fondation. Des intermédiaires de celle-ci sont soupçonnés d'avoir monnayé des accès au prince où à des faveurs en échange d’argent. 

L'ancien valet adjoint du prince Charles, Michael Fawcett, est soupçonné d'avoir usé de son influence pour aider l'homme d'affaires saoudien Mahfouz Marei Mubarak bin Mahfouz afin d’obtenir une décoration royale. Selon le Sunday Times, Michael Fawcett, généreux donateur à des oeuvres caritatives liées à la monarchie britannique, Mahfouz Marei Mubarak bin Mahfouz aurait été fait commandeur de l'Empire britannique par le prince Charles lors d'une cérémonie privée à Buckingham Palace. Cette cérémonie se serait déroulée en novembre 2016 et ne figurait pas dans la liste officielle des engagements royaux. Cette distinction aurait permis à l’homme d’affaire d'appuyer une demande de nationalité britannique, selon le Sunday Times. Mahfouz Marei Mubarak bin Mahfouz nie toute responsabilité mais Michael Fawcett à quant à tout de même démissionné en novembre 2021. 

Parallèlement, la presse révèle que la fondation du prince Charles aurait accepté de recevoir plusieurs centaines de milliers d'euros d'un donateur russe. L’organisme indépendant chargé de réguler les activités des associations caritatives en Ecosse a ouvert une enquête. 

Camilla, longtemps mal-aimée, devenue reine consort

Du prince Charles, les Britanniques connaissent surtout les échecs de son mariage avec la princesse Diana en août 1996 et son remariage avec la princesse Camilla.

Au début des années 1990, les échos autour de la relation entretenue par le prince Charles et Camilla Shand font la une des journaux. Une partie de la presse voit dans cette relation un obstacle à l'accession du prince au trône. 

Pour l'archidiacre d'York, "le prince n'a pas respecté son serment devant Dieu": "S'il ne l'a pas respecté à cette occasion, comment pourrait-il aller à l'abbaye de Westminster et à nouveau prêter serment lors de son couronnement ?", questionne t-il. Lors d'une interview événement en 1994, Charles confirme avoir trompé Diana et entretenu une relation extra-conjugale avec Camilla.
 
Les gens se rendent compte que Camilla est idéale pour Charles et que l'équipe qu'ils forment marche merveilleusement.Richard Fitzwilliam, expert de la royauté
Dans la foulée de la confession, l'opinion publique britannique se montrera un temps plus compréhensive envers le prince, avant d’être bouleverser par la mort de Diana dans un accident de voiture à Paris en 1997. Le prince est un temps contraint de mettre entre parenthèses ses projets visant à officialiser sa relation avec Camilla. Des années plus tard, en 2005, tous deux finissent par s’unir lors d'un mariage civil.
Diana
Des personnes en deuil passent devant les hommages laissés à la mémoire de Diana, princesse de Galles, au palais de Kensington à Londres, vendredi 5 septembre 1997. 
AP Photo/David Brauchli
Selon Richard Fitzwilliam, expert de la royauté, interrogé par l’AFP "les gens se rendent compte que Camilla est idéale pour Charles et que l'équipe qu'ils forment marche merveilleusement".

L'accession au trône de son mari le prince Charles permet à la princesse de devenir "reine consort". Celle qui, en 2005, n'avait pas accepté le titre de princesse de Galles, trop associé à la princesse Diana, fût reconnue par la Reine Elisabeth II en décembre 2021. Celle-ci a décoré sa belle-fille longtemps mal aimée, du prestigieux ordre de la Jarretière, lui permettant ainsi d'acceder au titre de "reine consort" au lieu de "princesse consort".
prince Charles
Le prince Charles, à droite, et Camilla, la duchesse de Cornouailles, écoutent la reine Elizabeth II de Grande-Bretagne prononcer le discours de la reine, à la Chambre des lords, lors de l'ouverture officielle du Parlement, au palais de Westminster à Londres, mercredi 4 juin 2014. 
Carl Court, Pool Photo via AP
Le couronnement de Charles, cérémonie hors du temps, unique en Europe, devrait intervenir au mieux dans quelques semaines, une fois dépassé le traumatisme du décès de la reine Elizabeth II. 

Le couronnement de la souveraine en 1953 avait rassemblé plus de 8 200 personnalités du monde entier dans l'Abbaye de Westminster. Premier couronnement filmé de l’Histoire, il avait nécessité près d’un an de préparation. Celui de Charles en comparaison devrait être "plus rapide et plus petit", selon Bob Morris auteur de plusieurs ouvrages sur l'avenir de la monarchie, interrogé par l’AFP.