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Climat : le "Green new deal" d'Alexandria Ocasio-Cortez peut-il changer la donne ?

Le "Green new deal"(Nouvelle donne verte) est un programme pour lutter contre le changement climatique et relancer l'économie pour réduire les inégalités sociales aux États-Unis. Poussé par la jeune élue démocrate Alexandria Ocasio-Cortez, ce projet d'investissement massif dans les énergies renouvelables afin de mieux redistribuer la richesse et garantir des emplois, semble prometteur, mais n'est pour autant pas sans points faibles. Explications.
A l'heure des mobilisations de la jeunesse dans le monde entier pour sommer les dirigeants politiques de "faire quelque chose" contre le déréglement climatique, le "Green new deal" (GND) d'Alexandria Ocasio-Cortez sonne comme une réponse idéale, qui devrait mettre tout le monde d'accord. Et ce n'est pourtant pas le cas. Pas encore diront les plus optimistes ou peut-être pas du tout. En effet, cette "Nouvelle donne verte" pourrait se heurter à de nombreux écueils.

La nouvelle donne sociale du GND

Un système de santé public universel, la gratuité des universités publiques, un revenu de base universel et une garantie d'emploi offerte par l'État fédéral, telles sont les principales proposition de la candidate du Green new deal, Alexandria Ocasio-Cortez, ou "AOC", comme elle est surnommée. La jeune élue propose d'effectuer une petite révolution sociale et économique aux États-Unis, habitués à la privatisation de la plupart des secteurs et à la non-gratuité de nombreux services publics. Une révolution comparable — selon ses soutiens — à celle lancée par Franklin Delano Roosevelt et son New deal des années 30.  Alexandria Ocasio-Cortez a en fait repris à son compte un programme, le "Green new deal", créé en 2007 par un groupe de réflexion britannique composé d'économistes et d'environnementalistes. Ce projet a pour ambition de faire d'une pierre deux coups : effectuer une transition complète vers les énergies renouvelables et faire bénéficier de ses retombées économiques au plus grand nombre. AOC propose donc de financer 100% de l'énergie électrique des États-Unis par les énergies renouvelables, principalement le solaire et l'éolien. Le tout, sans utiliser l'énergie nucléaire. 

Le New Deal (en français nouvelle donne) est le nom de la politique mise en place à partir de 1933 par le président américain Franklin Delano Roosevelt pour sortir les Etats-Unis de la récession créée par la crise économique de 1929. Le New Deal est une relance économique par des crédits et des commandes de l'État ainsi qu'une réforme du capitalisme américain, grâce à une nouvelle organisation de l'économie permettant une meilleure répartition des revenus et des richesses, particulièrement entre les entreprises et leurs salariés. L'intervention de l'Etat américain est permanente au cours des deux New deal effectués par Roosevelt, de 1933 à 1938 : séparation bancaire, surveillance de la bourse, primes aux agriculteurs, aide à l'industrie et réduction du temps de travail, mise en place de protections sociales et grands chantiers avec embauches de chômeurs par l'Etat fédéral. Ces mesures étatiques font baisser le chômage, mais pas suffisamment selon ses détracteurs, elles marquent par contre la création du premier "Etat-providence américain".

Désastre environnemental 

La Californie est pionnière en matière de production d'énergie solaire et commence depuis plusieurs années à se heurter aux limites propres à cette technologie. Les immenses fermes solaires installées dans cet État très ensoleillé ont demandé des investissements colossaux mais surtout modifié les écosystèmes, au point d'obliger les défenseurs de l'environnement à venir sauver les animaux mis en danger par ces immenses zones couvertes de panneaux de silicone noirs, chauffés à bloc sous le soleil. Végétation détruite sur des milliers d'hectares, rapaces tués par les panneaux trop brûlants, tortues éradiquées par la destruction de leur environnement naturel, les fermes solaires californiennes sont devenues un véritable problème écologique. Au point que des défenseurs de l'environnement et du climat s'en émeuvent, comme le militant écologiste Michael Shellenberger, désormais contre les énergies renouvelables et défenseur d'une solution énergétique américaine par le nucléaire !

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Energie insuffisante et intermittente

Les fermes solaires californiennes complètent aujourd'hui une production électrique basée sur des centrales au charbon, au gaz ou au nucléaire. Mais malgré leur ampleur et leur incessante extension, la capacité de ces fermes photovoltaïques à prendre le relais pour fournir seules de l'électricité, n'est pas possible. L'énergie photovoltaïque chute à partir de 17h — par le déclin du soleil — en Californie, heure à laquelle les habitants commencent à rentrer de leur travail et allument des appareils électriques chez eux. L'électricité fournie par les panneaux photovoltaïques est intermittente : elle est totalement à l'arrêt la nuit. Compenser cet arrêt brutal de production électrique par le stockage en batteries solaires commence à être développé, mais pose de nombreux autres problèmes : les périodes d'hiver sont insuffisantes en production, mais trop importantes en été, les batteries de stockage coûtent très cher, s'usent vite et prennent beaucoup de place…

Au final, les calculs effectués par des ingénieurs indiquent qu'il n'est pas possible de produire suffisamment d'électricité, en continu, jour et nuit en toute saison avec les seules fermes solaires, même en Californie. Quelle que soit leur taille. Sans compter la destruction majeure qu'une extension massive de ces champs de panneaux de silicone ferait peser sur l'environnement naturel, même si des solutions inconnues aujourd'hui apparaissaient plus tard. Quant aux éoliennes, très peu efficaces à l'intérieur des terres, elles ne peuvent pas compenser l'intermittence du photovoltaïque à elles seules. La transition vers 100% d'électricité par ces énergies renouvelables, voulue par AOC pour financer son Green new deal, semble donc une utopie… qui se heurte à des impossibilités très concrètes. A moins que la production de biogaz par le recyclage des déchêts ne s'invite dans les solutions d'Alexandria Ocasio-Cortez ?