COP15 : le monde adopte un accord historique sur la biodiversité

Les pays du monde entier ont adopté, lundi 19 décembre, un accord historique à Montréal pour tenter d'enrayer la destruction de la biodiversité et de ses ressources, indispensables à l'humanité.

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Cop 15/nature
Un hippopotame se rafraîchit dans un marais sous le soleil de midi alors qu'une aigrette cherche de la nourriture derrière, dans le parc national de Murchison Falls, au nord-ouest de l'Ouganda, le 22 février 2020. La conférence connue sous le nom de COP15, qui commence le mardi 6 décembre 2022 , espère fixer des objectifs pour le monde pour la prochaine décennie afin d'aider à conserver la biodiversité de la planète et à endiguer la perte de la nature.
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Après quatre années de négociations difficiles, dix jours et une nuit de marathon diplomatique, plus de 190 États sont parvenus à un accord sous l'égide de la Chine, présidente de la COP15, malgré une opposition de la République démocratique du Congo.

Ce "pacte de paix avec la nature" appelé "accord de Kunming-Montréal" vise à protéger les terres, les océans et les espèces de la pollution, de la dégradation et de la crise climatique. 

Les pays se sont mis d'accord sur une feuille de route visant notamment à protéger 30% de la planète d'ici 2030 et à débloquer 30 milliards de dollars d'aide annuelle à la conservation pour les pays en développement.

Nous avons ensemble franchi un pas historique

Steven Guilbeault, le ministre de l'Environnement du Canada

"L'accord a été adopté", a déclaré Huang Runqiu, le président chinois de la COP15, lors d'une séance plénière organisée en pleine nuit, avant de laisser retomber son marteau sous les applaudissements des délégués aux traits tirés par la fatigue.

"Après quatre années de travail, nous sommes arrivés au terme de notre voyage", a noté le président de la COP15.

"Je sais que nous avons devant nous les fruits de notre travail. Nous avons entre les mains un ensemble de mesures qui peuvent nous guider pour travailler ensemble afin de freiner et d'inverser la perte de biodiversité et de mettre la nature sur la voie de la récupération pour le bénéfice de tous les peuples du monde".

"Nous avons ensemble franchi un pas historique", s'est félicité Steven Guilbeault, le ministre de l'Environnement du Canada, pays hôte du sommet. "On a finalement le 'moment Paris' pour la biodiversité, ici à Montréal... c'est un moment vraiment historique", a-t-il poursuivi.

La création d'aires protégées sur 30% de la planète, la plus connue de la vingtaine de mesures, a été présentée comme l'équivalent pour la biodiversité de l'objectif de Paris de limiter le réchauffement climatique à 1,5°C. A ce jour, 17% des terres et 8% des mers sont protégées.

Mais le texte donne également des garanties pour les peuples autochtones, gardiens de 80% de la biodiversité subsistante sur Terre, propose de restaurer 30% des terres dégradées et de réduire de moitié le risque lié aux pesticides.

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Et pour tenter de résoudre la question financière toujours brûlante entre le Nord et le Sud, la Chine propose par ailleurs d'atteindre "au moins 20 milliards de dollars" d'aide internationale annuelle pour la biodiversité d'ici 2025 et "au moins 30 milliards d'ici 2030".

"Etoile polaire"

"La plupart des gens disent que c'est mieux que ce que nous attendions des deux côtés, pour les pays riches comme pour ceux en développement. C'est la marque d'un bon texte", a confié Lee White, ministre gabonais de l'Environnement.

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Pour Masha Kalinina de l'ONG Pew Charitable Trusts : "protéger au moins 30% des terres et des mers d'ici 2030 est la nouvelle étoile polaire que nous utiliserons pour naviguer vers le rétablissement de la nature".

"Les élans, les tortues de mer, les perroquets, les rhinocéros, les fougères rares font partie du million d'espèces dont les perspectives d'avenir seront considérablement améliorées" par cet accord a complété Brian O'Donnell, de l'ONG Campaign for nature.

Les gouvernements devraient écouter ce que dit la science et accroître rapidement leurs ambitions pour protéger la moitié de la Terre d'ici 2030

Bert Wander de l'ONG Avaaz

Ce texte est "un pas en avant significatif dans la lutte pour la protection de la vie sur Terre, mais cela ne suffira pas", a noté Bert Wander de l'ONG Avaaz.

"Les gouvernements devraient écouter ce que dit la science et accroître rapidement leurs ambitions pour protéger la moitié de la Terre d'ici 2030", a-t-il ajouté.

D'autres défenseurs de l'environnement craignaient également des échéances trop lointaines au vu de l'urgence actuelle.

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Car les scientifiques sont formels, le temps presse. 75% des écosystèmes mondiaux sont altérés par l'activité humaine, plus d'un million d'espèces sont menacées de disparition et la prospérité du monde est en jeu: plus de la moitié du PIB mondial dépend de la nature et de ses services.

D'autant plus que le plan décennal précédent signé au Japon en 2010 n'a atteint quasiment aucun de ses objectifs, notamment en raison de l'absence de mécanismes d'application véritables.

Estimant que l'humanité était devenue une "arme d'extinction massive", le chef de l'ONU Antonio Guterres avait appelé les parties à conclure un "pacte de paix avec la nature".

Le financement au cœur des débats

Mais les discussions ont bien failli achopper sur la question financière, qui est resté jusqu'au bout au cœur des débats même pendant la session plénière d'adoption avec des objections de plusieurs pays africains. Comme lors des discussions sur le climat en Egypte en novembre, cela a créé des tensions entre pays riches et pays du Sud. 

En échange de leurs efforts, les pays les moins développés réclamaient aux pays riches 100 milliards de dollars par an. Soit au moins 10 fois l'aide internationale actuelle pour la biodiversité.

Outre les subventions, les pays du Sud poussaient aussi fortement à la création d'un fonds mondial dédié à la biodiversité - une question de principe - à l'image de celui obtenu en novembre pour les aider à affronter les dégâts climatiques.

Sur ce point, la Chine propose comme compromis d'établir dès 2023 une branche dédiée à la biodiversité au sein de l'actuel Fonds mondial pour l'environnement (FEM), dont le fonctionnement actuel est jugé très déficient par les pays les moins développés.

Réactions internationales à cet accord

- Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne a salué lundi le "résultat historique", se félicitant que la communauté internationale ait "une feuille de route pour protéger et restaurer la nature".
Soulignant que l'accord "complétait" celui de Paris sur le climat, la cheffe de l'exécutif européen a estimé que "le monde avait désormais deux champs d'action pour aller vers une économie durable d'ici 2050".

- Virginijus Sinkevicius, commissaire européen à l'environnement a déclaré que "Cela peut vraiment changer la donne. Bien sûr, il faut maintenant passer du papier à la mise en œuvre. C'est généralement la partie la plus difficile".  "Cela aurait pu être plus fort, mais encore une fois, nous devons reconnaître qu'il s'agit d'un compromis", a-t-il souligné.

- Christophe Béchu, ministre français de la Transition écologique a lui aussi réagi.
"On a un accord qui inclut les pesticides, qui dit qu’il va falloir éliminer les subventions néfastes pour la biodiversité, on a des engagements financiers qui doublent entre maintenant et 2025 et triplent d’ici 2030, c’est vraiment historique", a salué le ministre. Maintenant "chacun va devoir se mettre à la hauteur de cet accord pour prouver que ce n’est pas un accord de papier"

- Steffi Lemke, ministre allemande de l'Environnement a déclaré "La décision de Montréal ouvre un bouclier de protection pour nos ressources vitales. La communauté internationale a décidé de mettre enfin un terme à l'extinction des espèces. Après des négociations longues et ardues, nous sommes parvenus à un accord final empreint de détermination. En protégeant la nature, nous nous protégeons nous-mêmes et nous assurons également à nos enfants un environnement où il fait bon vivre".

- Véronique Andrieux, directrice générale du WWF France : "Il y a encore trois jours, on ne pouvait prendre les Etats au sérieux quand ils assuraient vouloir adopter un accord pour protéger la biodiversité. Ce soir, après des tractations ministérielles intenses, ils nous apportent des gages pour réussir à protéger et restaurer la biodiversité d’ici 2030: leur engagement à protéger 30 % des terres et des mers, à restaurer des écosystèmes dégradés, à réduire de 50 % des risques de pesticides, ou encore à déployer des solutions fondées sur la nature. Tous les engagements vont nécessiter un suivi très étroit et le WWF appelle les Etats à se mobiliser au plus haut niveau dans les prochaines années pour redoubler d’efforts et accélérer leurs actions nationales pour la biodiversité.”

- Le Forum international autochtone sur la biodiversité se félicite de l'adoption d'un texte "qui comprend des passages forts sur le respect des droits des peuples autochtones" y compris "dans l'aménagement du territoire", la conservation par zone, l'utilisation durable coutumière, les connaissances traditionnelles, la participation et le respect des droits des droits des peuples autochtones et des communautés locales sur les terres.
  • (Re)voir - COP15 à Montréal : un accord et de multiples interrogations
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