COP15 : menacés d'extinction, dugongs, ormeaux et coraux illustrent la destruction des milieux marins

Les dugongs, paisibles cousins des lamantins, et près de la moitié des coquillages ormeaux sont menacés d'extinction. Dévoilée vendredi 9 décembre à Montréal, en marge de la COP15, la liste rouge de l'UICN, l'association de protection de la biodiversité illustre l'urgence d'un accord mondial pour réduire la pression destructrice des activités humaines sur les milieux marins.
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corail sous l'eau
Récif corallien au large des côtes australiennes, le 13 novembre 2022.
AP/Sam McNeil
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Surpêche, rejets polluants, réchauffement climatique, acidification de l'eau, etc. Le cocktail destructeur, largement documenté par les scientifiques, est au cœur des négociations de la COP15 Biodiversité à Montréal.

Les délégués du monde entier y sont réunis depuis le 7 décembre pour tenter de finaliser d'ici le 19 décembre un nouveau cadre décennal pour signer "un pacte de paix avec la nature". Les parties prenantes doivent s’accorder sur des objectifs clés pour préserver les forêts, les océans et les espèces de la Terre.

Outre l'objectif phare de placer 30% des terres et des mers sous un statut protecteur, les négociateurs doivent aussi s'accorder sur des cibles de réductions des pesticides et des engrais, sur la restauration des milieux dégradés et sur la gestion durable de toutes les ressources du vivant, indispensable à la survie de l'humanité. Autant d'éléments illustrés par les nouvelles évaluations, dévoilées vendredi à Montréal, de l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).
 
Qu'est-ce que la COP15 ?

Le sommet de l'ONU sur la biodiversité (COP15) s'est ouvert mercredi 7 décembre à Montréal au Canada. Cet événement est considéré comme la sœur jumelle, dans l'ombre, des COP sur le climat. 

Les participants, issus de 190 pays, veulent tenter en moins de deux semaines de sceller un accord historique, qui serait la "dernière chance" de sauver les espèces et les milieux naturels d'une destruction irréversible. 

Ce sommet se déroule sans l'appui des leaders mondiaux, pourtant venus en nombre à la COP climat de Charm-el-Cheikh en novembre. Les ministres de l'Environnement qui seront chargés, à partir du 15 décembre, de faire aboutir les négociations.

Cette année,  le président de la COP15 est Huang Runqiu, actuel ministre chinois de l'Ecologie et de l'Environnement.

Le braconnage envers le dugong menace la survie de l’espèce 

L'une d'elles concerne le dugong, grand mammifère qui broute les fonds marins avec son museau en forme de trompe dans les eaux côtières. Ses populations d'Afrique de l'Est et de Nouvelle-Calédonie sont désormais "en danger critique" et "en danger" d'extinction par l'UICN. L'ensemble de l'espèce reste classé comme "vulnérable", la catégorie immédiatement inférieure.

Sa capture involontaire dans les filets de pêche en Afrique de l'Est et le braconnage en Nouvelle-Calédonie, ainsi que les blessures causées par les bateaux, sont les principales menaces.
dugong
Un dugong en train de nager dans les eaux de l'aquarium national de Syndey. Australie, 19 décembre 2008.
AP/Rob Griffith
En Afrique de l'Est, l'extraction des énergies fossiles ainsi que la pollution et le développement non autorisé sur les côtes dégradent aussi leur source de nourriture. En Nouvelle-Calédonie, les herbiers sont endommagés par les rejets agricoles et la pollution provenant des mines de nickel.

42.000 espèces menacées d’extinction


"La capacité de ralentir et de limiter le taux d'extinction, de nous faire gagner du temps, a été très largement concentrée sur les grandes espèces terrestres", a déclaré à l'AFP le directeur adjoint de l'UICN, Stewart Maginnis.
 
Nous avons 30 ans de retard en matière de conservation marine efficace - espérons maintenant que nous pourrons le rattraper.
Stewart Maginnis, directeur adjoint de l'UICN.
La liste rouge n'est toutefois pas un catalogue apocalyptique désespéré mais un outil scientifiquement rigoureux pour cibler les actions de conservation, fait-il valoir. Elle comprend plus de 150.000 espèces, dont plus de 42.000 sont menacées d'extinction. 

Plus de 1.550 animaux et plantes marins évalués sont en danger d'extinction, le changement climatique ayant un impact sur au moins 41% de ceux qui sont menacés.
Mais, "de fait, nous avons 30 ans de retard en matière de conservation marine efficace - espérons maintenant que nous pourrons le rattraper", a reconnu M. Maginnis.

L’action humaine tenue pour responsable 

L'UICN annonce aussi que 44% (au moins 20 sur 54 espèces) des coquillages ormeaux, mets gastronomiques très recherchés, sont aussi menacés d'extinction. Le braconnage, notamment en Afrique du Sud, mais aussi les canicules marines et les rejets polluants sont en cause.

"Les ormeaux reflètent la gestion désastreuse de nos océans par l'humanité: surpêche, pollution, maladies, perte d'habitat, prolifération d'algues, réchauffement et acidification, pour ne citer que quelques menaces", a déclaré Howard Peters de l'Université de York. "Ils sont vraiment le canari dans la mine de charbon", selon le scientifique, qui a dirigé l'évaluation.

Ces coquillages sont également très sensibles au changement climatique. En 2011, une vague de chaleur marine a tué 99% des ormeaux de Roe au large de l'Australie occidentale.
ormeaux
AP/Ben Margot

Des maladies néfastes pour le tissu corallien 

Le corail cierge (Dendrogyra cylindricus), typique des eaux caribéennes, est désormais classé "en danger critique d'extinction". Sa population a diminué de plus de 80% dans la majeure partie de son aire de répartition depuis 1990.
 Le blanchiment, causé par le réchauffement de la surface de la mer -- ainsi que les antibiotiques, les engrais et les eaux usées qui s'y déversent -- les a rendus très sensibles à la "maladie liée à la perte de tissu corallien", provoquant une hécatombe sur les quatre dernières années.

La surpêche autour des récifs a aussi contribué au désastre, la réduction de la population de poissons herbivores ayant favorisé la prolifération des algues.