Coupe du monde 2022 : la révolte en Iran fissure l'unité autour de la "Team Melli"

Appels au boycott, anciennes gloires qui refusent de se rendre au Qatar, dissensions au sein de l’équipe sur le soutien au mouvement: les manifestations qui secouent l’Iran depuis plus de deux mois fissurent l’unité autour de la "Team Melli" dans un pays passionné de football.
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Équipe Iran foot
Les joueurs de l'équipe nationale iranienne de football, avant le début du match du groupe B entre l'Iran et le Portugal lors de la Coupe du monde de football 2018 à la Mordovia Arena de Saransk, en Russie, le lundi 25 juin 2018.
AP Photo/Darko Bandic
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C'est dans un contexte pesant que les Iraniens ont posé leurs valises lundi dans l'émirat pour la sixième phase finale de leur histoire, au moment où la République islamique est confrontée au plus important mouvement de contestation depuis des années à la suite de la mort le 16 septembre de Mahsa Amini, une Kurde iranienne de 22 ans arrêtée pour infraction au code vestimentaire.

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Avant ces manifestations qui ensanglantent le pays, les rencontres de l'équipe nationale de football permettaient de rares moments de cohésion et de communion entre Iraniens de différentes sensibilités politiques.

Mais la donne a changé et les joueurs du Portugais Carlos Queiroz préparent dans une certaine fébrilité leur premier match du Mondial contre l'Angleterre, lundi à Doha (groupe B).

Si le responsable médias de la Team Melli rappelle à chaque conférence de presse au Qatar qu'il serait préférable de poser des questions relatives à l'aspect sportif, les Iraniens sont sans cesse ramenés à l'actualité brûlante de leur pays par les journalistes étrangers. 
Les sportifs iraniens, et notamment les footballeurs, ont été prompts à réagir dès le début des manifestations, à commencer par la star de la sélection Sardar Azmoun.

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Fébrilité

"Cela ne pourra pas être effacé de notre conscience. Honte à vous. Ils ont laissé une douleur dans le coeur de la nation que l'histoire n'oubliera jamais", avait écrit le joueur du Bayer Leverkusen fin septembre sur Instagram, en référence à la répression, qui a depuis tué des centaines de personnes, selon les ONG, et entraîné plus de 15.000 arrestations, d'après l'organisation Iran Human Rights (IHR) basée à Oslo. 

Le compte Instagram d'Azmoun, suivi par près de cinq millions de personnes, a été inaccessible plusieurs jours à la suite de cette publication, avant d'être rétabli.

Autre geste fort : avant le coup d'envoi du match amical face au Sénégal (1-1), le 27 septembre en Autriche, les Iraniens avaient revêtu une parka noire en forme de deuil et n'avaient pas chanté l'hymne national.

La fébrilité a toutefois gagné les rangs de la Team Melli à l'approche du Mondial, à mesure que des voix ont commencé à s'élever pour remettre en cause le bien fondé de sa présence au Qatar.

"C'est l'équipe de la République islamique et non pas l'équipe du peuple iranien. La Fifa devrait l'exclure de la Coupe du monde", a déclaré l'ancien gardien international Sosha Mokani. 

Plusieurs opposants iraniens en Europe ont également lancé des pétitions appelant à exclure la sélection du Mondial et la rencontre avec le président ultraconservateur Ibrahim Raïssi lundi, juste avant le départ pour le Qatar, a été très critiquée sur les réseaux sociaux.

Plus symbolique, d'ex vedettes de la Team Melli ont décliné l'invitation des organisateurs et de la Fifa à se rendre au Qatar durant le tournoi. 
"Je souhaite être dans mon pays et exprimer mon soutien envers toutes les familles qui ont perdu des êtres chers" , a expliqué la légende du football iranien Ali Daei, dont le passeport a un temps été confisqué par les autorités en raison de ses messages de solidarité envers les manifestants.

Fracture

Même tonalité chez Ali Karimi, poursuivi par la justice pour ses textes virulents contre le régime, selon les médias iraniens. 

"Le peuple iranien traverse actuellement une période très difficile. En ce moment, il y a des problèmes plus importants pour moi que le football et je veux être avec mon peuple et être sa voix", a indiqué sur Instagram l'ancien joueur du Bayern Munich dont la maison à Téhéran a été saisie.

Le groupe de Carlos Queiroz a été aussi fracturé de l'intérieur. L'unanimité de façade a volé en éclats avant le match amical contre le Nicaragua (1-0), le 10 octobre, quand deux joueurs, Vahid Amiri et Mehdi Torabi, ont entonné l'hymne alors que leurs coéquipiers restaient ostensiblement silencieux.

Le comportement des Iraniens durant les hymnes ou après d'éventuels buts sera ainsi scruté de très près durant le Mondial.

Interrogé mardi sur cette question, Queiroz a affirmé que les joueurs avaient "le droit de s'exprimer". 

Le capitaine Alireza Jahanbakhsh a lui estimé mercredi que célébrer ou pas un but relèverait d'une "décision personnelle", ajoutant que la décision de chanter l'hymne national était par ailleurs en "discussions" et serait prise "collectivement".