Deux présumés terroristes tués à Saint-Denis, huit gardes à vue : "ce commando pouvait passer à l'acte"

Une femme Kamikaze s'est fait exploser, un autre assiégé est mort. Huit personnes sont gardées à vue. Le cerveau des attentats, Abaaoud n'y figure pas. L'opération policière de ce mercredi matin 18 novembre à Saint-Denis, au nord de Paris, a été menée dans le cadre de l'enquête sur les attentats de vendredi 13 novembre, pour arrêter des suspects retranchés dans un appartement."Ce commando pouvait passer à l'acte", a indiqué mercredi soir  le procureur de Paris.
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assaut à saint denis
Les habitants du centre de Saint Denis sont évacués durant l'assaut policier
AP Photo/Thibault Camus
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19h30 (Paris)

"Tout laisse à penser" que le groupe de personnes interpellées ou tuées mercredi matin lors d'un raid contre un appartement situé à Saint-Denis pouvait commettre un nouvel attentat, a déclaré le procureur de Paris, François Molins.

Lors de l'opération, "une nouvelle équipe de terroristes a été neutralisée et tout laisse à penser que, au regard de leur armement, leur organisation structurée et leur détermination, ce commando pouvait passer à l'acte", a indiqué M. Molins lors d'une conférence de presse.

Il a affirmé qu'un SMS indiquant "on est parti, on commence" a été envoyé le soir des attaques du vendredi 13 novembre à partir d'un téléphone portable découvert dans une poubelle à l'extérieur de la salle de concert du Bataclan.

"Les investigations s'attachent bien évidemment à déterminer quel est le destinataire de ce message", envoyé à 21H42, peu avant l'attaque, a-t-il ajouté. 

Les trois personnes interpellées mercredi matin dans l'appartement de Saint-Denis, ainsi qu'un corps "criblé d'impacts" retrouvé dans les décombres, n'ont pas encore été identifiés.

Le cerveau des attentats, Abaaoud, n'est pas dans les huit arrêtés lors du raid.

"Vers 4h45, le Raid est parvenu à interpeller trois individus, dont un était blessé par balle au bras. Ces trois hommes ont été immédiatement placés en garde à vue et leurs identités sont en cours de vérification", a-t-il ajouté. "Un corps criblé d'impacts" a également été découvert "dans les décombres de l'immeuble" mais son état "ne permet pas non plus à ce stade de l’identifier."

12H00 (Paris)

De notre correspondante sur place :


Le procureur ne confirme pas que le commanditaire présumé des attentats de vendredi, Abdelhamid Abaaoud, a été tué ou arrêté lors de cet assaut à Saint Denis.

11H40 (Paris)


11H33 (Paris)

L'assaut à Saint Denis est terminé.

11H15 (Paris)

Les services de déminage sont sur place. Le forcené pourrait se faire exploser. Information démentie.

11H03 (Paris)

Un forcené serait toujours retranché dans le même immeuble. L'opération ne serait pas terminée.

10H45 (Paris)

Selon plusieurs sources il y aurait en tout sept interpellations dans le cadre de l'opération menée à Saint Denis, dont trois personnes retranchées dans l'appartement.

10H35 (Paris)

Déroulé des événements :

Une femme Kamikaze qui s'est fait exploser, un autre assiégé mort, et trois autres interpellés. Leur identification est en cours. Cinq policiers du Raid sont blessés. Tel est le bilan provisoire de l'opération policière menée ce mercredi à l'aube au coeur de Saint-Denis, banlieue Nord de Paris.

L'assaut a été donné aux alentours de 4 heures du matin dans une résidence de la rue centrale et piétonne de cette ville. Le djihadiste belge Abdelhamid Abaaoud, cerveau présumé des attentats du 13 novembre dans Paris, en serait la cible principale (voir encadré). Des policiers ont été blessés durant l'assaut, selon une source proche de l'enquête. Le quartier est bouclé, les habitants invités à ne pas sortir, les transports arrêtés, les commerces rideau baissé, les écoles et collèges fermés. L'opération est suivie depuis l'Elysée par le président François Hollande, le Premier ministre Manuel Valls, le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve et la ministre de la Justice Christiane Taubira.




Du côté des assiégés, six personnes en tout, il y aurait deux morts. Le Parquet de Paris a confirmé qu'une femme kamikaze s'était fait sauter, en actionnant le détonateur de sa ceinture d'explosifs. Trois autres suspects ont été interpellés et placés en garde à vue.

L'armée a investi la ville.


Des explosions ont été entendues. Les pompiers et des témoins ont fait état d'échanges de tirs nourris lors de cette opération de la sous-direction antiterroriste de la police judiciaire et des forces policières d'intervention du Raid.

Les pompiers ont affirmé à l'AFP être intervenus en soutien du Raid à partir de 04H31 "pour un groupe armé retranché dans un appartement", à l'angle de la rue de la République et de la rue Corbillon dans cette ville de Seine-Saint-Denis. Il y aurait entre deux et quatre personnes dans cet appartement selon une source policière.

Des riverains ont affirmé à l'AFP que les tirs ont repris après 05H00. Présent sur place depuis 04H30, le maire de Saint-Denis, Didier Paillard, a "entendu des fusillades". "Les forces de l'ordre sont très tendues, sur le qui-vive", "un hélicoptère est au-dessus de la ville, les transports en commun, le métro, le tramway, sont arrêtés", a-t-il décrit.

Alexia, qui se trouvait à sa fenêtre à l'angle de l'avenue de la République, a entendu "des tirs a partir de 04H25, des +boum+ comme des grenades puis des rafales intermittentes", a-t-elle raconté à l'AFP sur place.

Reda, chauffeur de taxi, rentrait chez lui a Saint-Denis: "j'ai entendu des rafales de mitraillettes, je suis sorti (de la voiture), des policiers cagoulés nous ont braqués et dit de partir".

Cinq jours après les attentats qui ont fait 129 morts (dont 117 ont été identifiés) et 352 blessés, à Paris et au Stade de France à Saint-Denis, les enquêteurs traquent en particulier Salah Abdeslam, 26 ans, soupçonné d'avoir été l'un des tireurs qui ont mitraillé vendredi soir les terrasses de cafés et restaurants parisiens, avec son frère Brahim Abdeslam, qui s'est fait exploser.

Les enquêteurs disposent par ailleurs d'une vidéo accréditant l'existence d'un autre assaillant dans leur commando qui circulait à bord d'une Seat noire. Mais on ne savait pas précisément qui recherchaient les policiers intervenant mercredi à Saint-Denis.

Qui est Abdelhamid Abaaoud, cible principale de l'assaut de Saint-Denis


Abdelhamid Abaaoud est l'organisateur présumé des attentats du 13 novembre. Cible de l'assaut en cours mercredi matin au nord de Paris, Abaaoud est un jihadiste belge de 28 ans devenu un membre très actif du groupe Etat islamique (EI) en Syrie, d'où il nargue les polices européennes depuis des années.

Né en 1987 dans la commune bruxelloise de Molenbeek, il se fait appeler Abou Omar Soussi, du nom de la région du sud-ouest du Maroc dont sa famille est originaire, ou Abou Omar al-Baljiki (Abou Omar "le Belge").

"C'était un petit con", harcelant ses condisciples et ses professeurs ou volant des portefeuilles, a raconté un ex-camarade de classe au tabloïd populaire belge La Dernière Heure.

Le "petit con" est maintenant dans le viseur des enquêteurs français et belges, qui voient en lui l'organisateur présumé des tueries de Paris qui ont fait vendredi 129 morts et 352 blessés et ont été revendiquées par l'Etat islamique.

Le suspect-clé dans ces attaques, Salah Abdeslam, qui a de fortes attaches lui aussi à Molenbeek et qui est activement recherché, ainsi que son frère Brahim, qui s'est fait exploser dans l'Est parisien, connaissaient Abaaoud. Ils apparaissent tous les trois dans des dossiers criminels de droit commun en Belgique.

"Abou Omar al-Baljiki" avait déjà fait la une des journaux belges début 2014 après avoir emmené en Syrie son petit frère Younes, 13 ans, surnommé "le plus jeune jihadiste du monde" par certains médias.

Il aurait rejoint d'autres combattants belges, rassemblés dans une brigade d'élite de l'EI. Il apparaît, fine barbe et bonnet de style afghan sur la tête, dans une vidéo de l'EI où il se vante de commettre des atrocités, s'adressant goguenard à la caméra au volant d'un véhicule qui tire des cadavres mutilés vers une fosse commune.

- 'La honte de la famille' -"Avant, on tractait des jet-skis, des quads, des grosses remorques remplies de cadeaux, de bagages pour aller en vacances au Maroc. Maintenant, on tracte les infidèles, ceux qui nous combattent, ceux qui combattent l'islam", se vante-t-il, sourire aux lèvres, dans un mélange de français et d'arabe.

Il a le profil d'un individu de la "classe moyenne", a souligné mardi le quotidien flamand De Morgen. Selon le journal, le jeune homme avait été envoyé par son père, commerçant, dans un collège chic de la commune résidentielle d'Uccle, dans le sud de Bruxelles.

"Nous avions une belle vie, oui, même une vie fantastique ici. Abdelhamid n’était pas un enfant difficile et c'était devenu un bon commerçant. Mais tout à coup, il est parti pour la Syrie. Je me suis demandé tous les jours pour quelle raison il s'est radicalisé à ce point. Je n'ai jamais reçu de réponse", avait déclaré en janvier son père, Omar Abaaoud, à la Dernière Heure.

"Abdelhamid a jeté la honte sur notre famille. Nos vies sont détruites", avait réagi son père: "Pourquoi, au nom de Dieu, voudrait-il tuer des Belges innocents? Notre famille doit tout à ce pays", avait expliqué Omar Abaaoud, dont la famille est arrivée en Belgique il y a 40 ans, en ajoutant qu'il ne "pardonnerait jamais" à Abdelhamid d'avoir "embrigadé" son jeune frère Younes.

Le plus connu des quelque 500 Belges partis combattre en Syrie ou en Irak est surtout lié à la "cellule de Verviers".

- Coïncidence troublante -Le 15 janvier, une semaine après les attentats de janvier à Paris, la police belge avait donné l'assaut dans une maison de cette ville de l'est de la Belgique, tuant deux de ses occupants, qui selon les enquêteurs s'apprêtaient à cibler les forces de l'ordre.

Abaaoud n'est pas sur place. Mais début février, il revendique avoir "planifié" ces attentats déjoués de justesse dans une interview que lui attribue Dabiq, le magazine de l'EI.

"Nous avons finalement réussi à rejoindre la Belgique. Nous avons alors réussi à obtenir des armes et à établir une planque tout en planifiant de mener des opérations contre les +croisés+", se vantait-il.

Selon la presse belge, Abaaoud avait été localisé en Grèce, d'où il communiquait avec les deux jihadistes tués à Verviers. Un coup de filet à Athènes n'avait pu réussir à l'arrêter.

"J'ai pu partir et venir à el-Cham (en arabe la Grande Syrie ou sa capitale Damas, NDLR) malgré la chasse menée par tant de services de renseignement", se félicitait-il dans Dabiq.

En juillet, Abdelhamid Abaaoud a été condamné à Bruxelles, en son absence, à 20 ans de prison dans un procès sur les filières de recrutement de jihadistes belges pour la Syrie.

 

Abdelhamid Abaaoud
Abdelhamid Abaaoud dans ses oeuvres en Syrie, un cliché de propagande
AP