Égypte : condamné à trois ans de prison ferme, le chercheur Patrick Zaki obtient la grâce présidentielle

Le chercheur égyptien Patrick Zaki avait été condamné à trois ans de prison pour "fausses informations" à cause d'un article dénonçant les discriminations contre les chrétiens en Égypte. Le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi vient d'accorder sa grâce.

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Patrick Zaki

Patrick Zaki encourait jusqu'à cinq ans de prison pour avoir publié en 2019 un article sur un journal en ligne racontant une semaine de violations des droits des coptes, la plus importante minorité chrétienne du Moyen-Orient à laquelle appartiennent 10 à 15% des 105 millions d'Egyptiens.

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Le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi a accordé sa grâce au chercheur Patrick Zaki et à Mohamed al-Baqer, l'avocat d'Alaa Abdel Fattah, le détenu politique le plus célèbre d'Egypte, a rapporté le journal d'Etat al-Ahram

Libéré en décembre 2021 après 22 mois en détention préventive, Patrick Zaki était présent le mardi 18 juillet à l'audience au tribunal d'urgence de la Sûreté d’État à Mansoura, ville à 130 km au nord du Caire.

Il y a été arrêté et aussitôt emmené en prison, précise Hossam Bahgat, fondateur de l'Initiative égyptienne pour les droits personnels (EIPR). 

Comme le procès du militant copte des droits humains s'est tenu devant une cour d'exception, il n'était pas possible d'interjeter appel.

L'image de Patrick traîné hors de la salle d'audience est terrifiante.
Amnesty International

La section italienne d'Amnesty International avait alors dénoncé "un verdict scandaleux", estimant que "l'image de Patrick traîné hors de la salle d'audience est terrifiante".

Patrick Zaki encourait jusqu'à cinq ans de prison pour avoir publié en 2019 un article sur un journal en ligne racontant une semaine de violations des droits des coptes, la plus importante minorité chrétienne du Moyen-Orient à laquelle appartiennent 10 à 15% des 105 millions d’Égyptiens.

Spécialiste des questions de genre et chercheur au sein de l'EIPR, Patrick Zaki avait été arrêté en février 2020 pour "terrorisme" à son retour d'Italie où il étudiait à l'Université de Bologne.

"Torturé" 

En prison, Patrick Zaki, dont le Sénat à Rome a voté pour lui accorder la nationalité italienne, a été "frappé et torturé à l'électricité", assurent des défenseurs des droits humains. 

Sa condamnation en plein dialogue national, lancé début mai pour discuter de tous les sujets qui fâchent à moins d'un an d'une élection présidentielle, a choqué dans les rangs des militants des droits humains.

L'avocat Negad El Borai avait annoncé sur Twitter se "retirer totalement des travaux" de ce dialogue dont il était l'un des coordinateurs. "La condamnation de Patrick Zaki (...) rend inutile ma présence", avait-il écrit, "je m'excuse de cet échec".

Sa consoeur Mahienour El-Massry, elle, avait dénoncé un verdict rendu "en pleine propagande pour le dialogue national" et appelait à un "retrait" de "la farce du dialogue national" pour ne pas "donner aux autorités le bâton pour se faire battre".

Pendant les trois décennies de règne de l'autocrate Hosni Moubarak (1981-2011), les libertés étaient restreintes pour les intellectuels, mais elles ont encore diminué depuis l'arrivée au pouvoir du président Abdel Fattah al-Sissi en 2014.

L’Égypte occupe les derniers rangs du classement des libertés universitaires dans le monde établi par l'Academic Freedom index, aux côtés de l'Arabie saoudite, de la Turquie ou de la Chine.

  • Voir aussi : Manifestations anti-Sissi en Egypte : retour sur cinq ans de pouvoir militaire
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Depuis 2014, les autorités mènent une impitoyable répression contre les universitaires, mais aussi les journalistes, artistes, avocats, syndicalistes et autres militants politiques.

Des centaines d'étudiants et universitaires ont été arrêtés dès 2013, pour leurs idées islamistes, et une douzaine de chercheurs sont en prison pour leur travail, selon l'Association pour la liberté de pensée et d'expression.

"Liberté de culte" 

En 2016, l'affaire du jeune chercheur italien Giulio Regeni, retrouvé mort au Caire le corps mutilé, avait créé un malaise dans le milieu de la recherche en Égypte. Rattaché à l'Université de Cambridge, il travaillait sur les syndicats, sujet très sensible en Égypte.

En 2022, la mort en détention de l'économiste égyptien Ayman Hadhoud, avait également suscité l'ire des États-Unis.

Pour Washington, l’Égypte, l'un des pays qui recourt le plus à la peine de mort au monde, viole les droits humains dans tous les domaines: des prisons à la liberté d'expression en passant par les droits LGBT+.

Le Caire, de son côté, promeut sa nouvelle "stratégie des droits humains". 

Mardi 18 juillet, les autorités ont publié le "Bulletin trimestriel des droits humains" dans lequel elles affirment notamment avoir légalisé "216 églises et bâtiments affiliés" ces trois derniers mois pour promouvoir "la liberté de culte".

Abdel Fattah al-Sissi a été le premier à nommer un Copte à la tête de la Cour constitutionnelle et il est le premier président à assister chaque année à la messe de Noël alors que ses prédécesseurs se contentaient d'y envoyer des représentants.

Malgré ces symboles, les militants coptes assurent régulièrement être victimes de discriminations, pointant des difficultés notamment pour construire ou rénover des églises, et surtout pour accéder à la fonction publique.