En Europe, un renouvellement en demi-teinte

Les chefs de gouvernements à Bruxelles se sont enfin partagé les parts du gâteau institutionnel européen. Libéral, francophone et de l’Ouest, l’Europe semble avoir trouvé son nouvel équilibre. Un équilibre influencé par les votes majoritairement de droite des électeurs de l'Union aux dernières élections et par un président français qui a fortement pesé sur les négociations. Que peut-on conclure de ces nominations aux postes-clés de l’Europe ?

 
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Mardi 2 juillet à Bruxelles sont tombées les nominations aux postes-clés de l'Europe.
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Un casting paritaire et libéral

Deux femmes et deux hommes occupent les postes-clés de l'Union. Une parité qui aurait tendance à éclipser un casting résolument de droite, dans une Europe qui y penchait déjà après les élections européennes de mai dernier. L’échiquier politique y tend désormais encore plus, avec une majorité conservatrice et libérale, et avec un équilibre tripartite au parlement européen. « J’estime qu’une partie des signaux émis par les citoyens n’a pas été respectée. Je parle du vote à gauche et du vote pour les Verts qui n’apparaît pas dans ce casting final. Même s’il faut bien reconnaître que dans la majorité de l’Europe, la plupart des gens ont voté à droite », reconnaît Emmanuel Foulon, assistant parlementaire du député européen belge Marc Tarabella (PS) et expert en communication et stratégie.

De ces quatre candidats, Ursula Von der Leyen, nouvelle présidente de la commission et ancienne ministre de la Défense allemande, semble être la plus conservatrice de tous. Un conservatisme qui peut malgré tout être tempéré par ses prises de position qui l’ont souvent placée en porte à faux face à son propre parti, le CDU : « Christine Lagarde et Ursula Von der Meyer sont deux femmes modernes. Quand Ursula Von der Meyer explique dans les médias que les parents homosexuels auront des enfants identiques aux enfants de parents hétérosexuels, c’est quand même assez révolutionnaire, venant d’une femme conservatrice mère de sept enfants» , raconte Bruno Bernard, promoteur de la francophonie économique.

Les francophones à la tête de l'Europe

Des quatre hauts représentants désignés, trois sont francophones. La Française Christine Lagarde à la tête de la BCE et le Belge Charles Michel nominé au Conseil européen. L’Allemande Ursula Von der Meyer, choisie pour être présidente de la Commission européenne est née en Belgique et est une parfaite francophone. Enfin l'Espagnol Joseph Borell, élu à la fonction de haut représentant pour les affaires extérieures de l’Union, a étudié en français et est marié à une francophone.

Pour Bruno Bernard, le français serait la langue commune et stratégique aux négociations. « L’usage de la langue française va permettre d’écarter certains trublions d’Europe de l’Est passés un peu trop rapidement au tout anglais. Par ailleurs, dans des réunions de travail de la commission, vous aviez parfois des représentants francophones qui ne maîtrisaient pas du tout l’anglais ou très mal et qui acceptaient parfois des choses sans vraiment savoir ce à quoi ils avaient dit oui… ».

L'Europe de l'Est pas représentée

Les nominés aux postes-clés sont tous ressortissants de l’Europe de l’Ouest. Une centralisation du pouvoir laissée à cette vieille Europe, qui peut surprendre dans une union à vingt-huit. Les pays de l’Est, notamment, sont exclus du casting. « J’entends dans les couloirs beaucoup de déception de la part des députés de l’Europe de l’Est qui se sentent totalement oubliés. Mais ce serait aussi aux gouvernements de ces pays d’expliquer pourquoi ils ont voté pour ces candidats de l’Ouest », explique l’assistant parlementaire Emmanuel Foulon.

Pour Bruno Bernard, les pays de l’Est sont trop divisés et différents pour nouer entre eux des relations équivalentes à celles qu’entretiennent les nations de la vieille Europe et ainsi peser dans les négociations. « Il y a eu tous ces mouvements nationalistes en Pologne, en Hongrie, en République Tchèque... Ces nationalistes n’étaient pas soutenus par une majorité d’électeurs. Les pays se sont alors un peu divisés entre eux. En réalité, ce bloc de l’Est n’a jamais vraiment été uni. Les pays de la vieille Europe ont cela de particulier qu’ils ont partagé un destin commun pendant des siècles ». Des pays aux sphères d’influence trop différentes et diffuses qui n’ont pas su s’unir pour essayer de placer leurs candidats.