En Ouzbékistan, Chavkat Mirzioïev, un réformateur bien autoritaire

Le président sortant de l'Ouzbékistan, Chavkat Mirzioïev, a été réélu à 87,05% des voix lors de la présidentielle anticipée de dimanche 9 juillet dans ce pays d'Asie centrale à l'issue d'un scrutin manquant de "véritable compétition". Portrait d'un homme au pouvoir depuis 2016.

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Chavkat Mirzioïev vote

Sur cette image diffusée par le service de presse de la présidence de l'Ouzbékistan, le président Chavkat Mirzioïev dépose son bulletin dans un bureau de vote lors des élections anticipées à Tashkent, Ouzbékistan, dimanche 9 juillet 2023.

Bureau de presse de l'Ouzbékistan via AP
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Le président de l'Ouzbékistan Chavkat Mirzioïev, réélu dimanche 9 juillet et pour un mandat jusqu'en 2030, a extirpé par des réformes son pays d'Asie centrale de décennies d'isolement. Mais pour ses détracteurs, les vieux démons de l'autoritarisme ouzbek sont toujours là.

M. Mirzioïev, un homme trapu aux cheveux grisonnants âgé de 64 ans, a remporté haut la main la présidentielle face à trois adversaires, méconnus du grand public alors que les cinq partis politiques autorisés en Ouzbékistan sont tous peu ou prou loyaux au dirigeant.

Il reste donc à la tête de l'ex-république soviétique qu'il dirige depuis la mort, en 2016, de son terrible prédécesseur, Islam Karimov.

Un pays autoritaire

Lorsqu'il arrive au pouvoir après le règne brutal de 25 ans de Karimov, marqué par le travail forcé d'écoliers dans les champs, la torture des détenus ou encore le massacre de centaines de civils en 2005, M. Mirzioïev, Premier ministre sortant, suscite l'espoir en desserrant l'étau politique, modernisant l'économie étatisée et en ouvrant le pays.

Mais cet esprit réformateur a montré ses limites avec une répression accrue des voix critiques à l'approche des élections.

L'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) a noté une "campagne discrète, reflétant l'absence d'opposition au président sortant".

Vladimir Poutine et Chavkat Mirzioïev se serrent la main

Le président russe Vladimir Poutine, à gauche, et le président de l'Ouzbékistan Shavkat Mirziyoyev se serrent la main lors de leur rencontre pendant les célébrations du 78e anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale à Moscou, Russie, mardi 9 mai 2023.

(Vladimir Smirnov, Sputnik, Kremlin Pool Photo via AP)

Human Rights Watch juge quant à elle que le pays reste autoritaire.

"De graves violations telles que le recours à la torture [et] les poursuites à motivation politique. Les services de sécurité continuent de harceler des journalistes, visés par des accusations portant atteinte à la liberté d’expression", explique l'ONG

Député dans les derniers mois de l'URSS

Né en 1957 dans la province de Djizak, dans l'est de l'Ouzbékistan, M. Mirzioïev se lance en politique après avoir décroché un diplôme d'ingénieur agronome.

Il devient député dans les derniers mois d'une URSS mourante. Dans un Ouzbékistan désormais indépendant, il devient gouverneur de plusieurs régions avant de devenir, en 2003, Premier ministre de Karimov, jusqu'à la mort de ce dernier.

Après le décès du dirigeant ouzbek, il s'impose en évinçant notamment son principal rival, Roustam Inoïatov, puissant et redouté chef des services secrets.

Ouverture du pays

Ayant les mains libres, M. Mirzioïev ouvre le pays en supprimant les visas pour les visiteurs de nombreux pays dans l'espoir de développer le tourisme.

Il assouplit également le contrôle de l'islam, la religion de la quasi-totalité de la population, alors que le régime Karimov réprimait toutes les expressions publiques de piété, prétextant la menace islamiste.

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Sur le front économique, Mirzioïev s'attaque au travail forcé dans les champs de coton, y compris d'enfants, une pratique répandue en Ouzbékistan et qui a fini par coûter bien des contrats au pays.

Dans cette économie ultra-étatiste, il a permis l'émergence d'acteurs privés qui produisent des textiles au lieu d'en exporter simplement la matière première.

Répression

En raison de toutes ces réformes, les Ouzbeks "vivent libres et sans crainte", s'est récemment félicité M. Mirzioïev.

Mais, loin de partager ce constat, les détracteurs du président pointent l'arrestation de plusieurs blogueurs critiques ces derniers mois, de quoi réveiller le souvenir du règne de fer de son prédécesseur.

Une loi pénalisant la critique en ligne du président est d'ailleurs entrée en vigueur en mars.

M. Mirzioïev, qui est père de trois enfants, s'est aussi attiré des accusations de népotisme après que l'une de ses filles, Saida Mirzioïeva, a occupé une fonction dans l'agence de communication du gouvernement.